‹ Œuvres complètes;Chapitre 64 sur 144 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Ihi Duel.

Le duel n'est point un préjugé, mais une manière; celui-là est un vice de la constitution, celle-ci un vice de l'esprit public. Les préjugés naissaient de la corruption

(l'un principe; on est devenu dévot après qu'on a méconnu la piété; fanatique après la dévotion, vain après qu'on eut perdu l'honneur. Le faux honneur dégénéré de la^vertu chevaleresque est ici le préjugé; le duel est une manière aveugle : tantôt il veut une goutte de sang, tantôt la vie; au sentiment qui l'a allumé succède le regret et la pitié; la saillie passe, le préjugé demeure.

Toutes les lois possibles portées contre le duel seraient violentes, et ne feraient que des assassins. Qu'on établisse contre le duel des lois relatives (jui donnent au.x hommes un esprit nouveau, le préjugé n'est plus, et le duel meurt.

Le duel est enfant du despotisme et de la liberté; quand ils sont réunis, l'un gâte les lois, l'autre les hommes, et la violence doit décider entre eux. Depuis plusieurs siècles les Rois|de France ont porté de terribles édits contre ce crime; ils ne firent que l'irriter au lieu de l'éteindre; c'étaient des lois injustes, elles arrêtaient la vengeance et point l'injustice; maison était bien loin de vouloir arrêter la tyrannie; on força seulement les spadassins à se cacher, et le faux honneur subsistant toujours, la vertu même fut contrainte à s'oublier entre le meurtrier et le bourreau, la honte et l'infamie Tout bien dérive de la bonté des lois, tout mal de leur corruption.

L'impuissance des édits était telle, qu'on vit les parties condamnées demander raison à leurs propres juges, et se battre avec eux : le juge qui eut refusé le combat eut passé pour infâme. Cela devait èlre, la loi était mauvaise; elle condamnait l'épée et ne déshonorait point le bras.

L'inviolabilité des représentants de la Nation fut une chimère contre le duel; tous les règlements qu'on eût imaginés contre cet abus auraient semblé le prétexte d'une lâcheté dans l'occasion. Le duel de MM. Castries et Lameth souleva Paris à la vérité, mais qu'on ne s'y trompe point, le peuple craignait la perte de ses défenseurs.

Si la constitution est vigoureuse, le duel se consumera de lui-même. Les vices viennent de la faiblesse; ils périssent avec elle et ne se corrigent point.

20i (aiuviŒs cumim.i:tes de saint-jlst

CIIAPITIIE XV

Des Manières.

Le Français n'a rion perdu de son caractère en saisissant sa liberté, mais il a changé de manières. Comme auparavant la pauvreté manquait de prétextes, le luxe se surpassait lui-même et devenait une passion impuissante, furieuse. Après la révolution les tributs étant excessifs et religieux, et Tégalitô croissant par l'indigence, la simplicité vint de l'orgueil.

Le vieux sel de la nation étant conservé, la tyrannie parut un ridicule, la liberté une plaisanterie, l'esprit une vertu.

On vil beaucoup de déclamateurs parce ({u'on avait plus d'esprit que de sens; la tête était libre, le cœur ne l'était pas.

La politesse devint affectueuse, on ne se salua plus, on s'embrassa.

On vit beaucoup de gens de bien et de génies ardents; la liberté fut une passion plutôt qu'un sentiment; les amis de la patrie formèrent des sociétés où régnait le plus habile. Celle des Jacobins fut la plus fameuse. Elle était remplie de (juatre hommes vraiment grands, et dont nous parlerons un jour ; rien n'est mûr aujourd'hui.

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