‹ [Œuvres complètes]Chapitre 21 sur 48 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

Halein, le 5 juin 1809.

Mon cher Louis y

Deux ans après la Création, Haydn,- animé par le succès et encouragé par son ami Van Swieten, composa un nouvel oratorio, les Quatre Saisang. Le baron descriptif en avait tiré le texte de Thompson. Il y a moins de sentiment que dans la Création; mais le sujet admettait la gaieté, la joie des vendanges, Famour profane : et les Quatre Saisons seraient la plus belle chose du monde, dans le genre de la musique descriptive, si la Création n'existait pas.

La musique y est plus savante et moins sublime que dans la Création. Elle surpasse cependant sa sœur aînée en un point : ce sont les quatuors. Du reste, pourquoi blâmer cette

musique? Elle n'est pas ilalieune, dit-on : à la bonne heure. J'avoue que la symphonie convient aux organes difficiles à émouvoir des Allemands ; mais nous en profitons. C'est ainsi que, dans les arts, il n'est pas mal que chaque pays ait une physionomie particulière. Les jouissances du monde entier s'en augmentent. Nous jouissons des chants napolitains de Paisiello et des symphonies allemandes de Haydn. Quand verrons-nous Talma, après avoir joué un jour Andromaque, nous montrer le lendemain le malheureux Macbeth entraîné au crime par l'ambition de sa femme? Il faut savoir que les Macbeth, Hamlet, etc., de M. Ducis, sont de fort bonnes pièces, sans doute, mais ressemblent autant aux pièces du poète anglais qu'à celles de Lope de Vega. Il me semble que nous en sommes, pour les pièces romantiques, précisément au même point où nous nous trouvions il y a cinquante ans pour la musique italienne. On criera beaucoup ; il y aura des pamphlets, des satires, peut-être même des coups de bâlon de distribués dans quelque moment où le public, dans une profonde tranquillité politique, sera juge compétent en littérature. Mais enfin ce public, excédé des plats élèves du grand Racine, voudra voir Hamlet et Othello. La comparaison ne cloche qu'en un seul point : c'est que ces pièces ne tueront point Phèdre et Cinna, et que Molière restera sans rival, par la raison simple quMl est unique.

Le texte des Quatre Saisons est un pauvre texte. Quant à la musique, figurez-vous une galerie de tableaux différents. par le genre, le sujet et le coloris. Cette galerie est divisée en quatre salles; au milieu de chacune d'elles parait un grand tableau principal.

Les sujets de ces quatre tableaux sont, pour le premier : la neige, les aquilons, le froid et ses horreur».

Pendant rélé, la tempéle ; dans i*automne» la chasse ; et pour l'hiver, la soirée des villageois.

On voit d'abord qu'un habitant d'un climat plus fortuné n'aurait pas mis la neige et les horreurs de l'hiver dans la peinture du printemps. Suivant moi, c'est un assez triste commencement d'ouvrage. Suivant les amateurs du genre, ces sons rudes préparent merveilleusement an plaisir qu'on aura par la suite.

Avec vous» mou ami, je ne suivrai point pied à pied les Quatre Saùons.

Haydn, dans la peinture du soleil d'été, a été obligé de lutter contre le premier lever du soleil dans la Création: et cet art, qu'on veut faire descriptif, est si vague, si autidécrivant, que, malgré les soins incroyables que s'est donnés le premier symphoniste du monde, il est tombé un peu dans la répétition. L'abattement, l'anéaniissement de tout ce qui respire, et même des plantes, pendant la grande chaleur d'un jour d'été, est parfaitement bien rendu. Ce tableau, trèsvrai, finit par un silence universel. Le coup de tonnerre qui commence la tempête vient rompre ce silence. Ici Uaydn est dans son fort : tout est feu, cris, rumeur, épouvante. C'est un tableau de Michel-Ânge. Cependant la tempête finit^ les nuages se dissipent, le soleil reparait, les gouttes d'eau dont sont chargées les feuilles des arbres brillent dans la forêt, une soirée charmante succède à l'orage, la nuit vient, tout est silencieux ; de temps en temps seulement le gémissement d'un oiseau nocturne et le son de la cloche éloignée,

Ghe pare il giorno pianger che si niuore,

yienneul rompre le silence universpl»

iSO ŒUVRES DE STENDHAL.

Ici rimitation physique est portée aussi loin qu'elle peut aller. Mais cette peinture tranquille fait une fin peu frappante pour Télé, après le morceau terrible de la tempête ^

* Jti prie qu'on me permette une répétition. J*ai envie de citer une lettre que j'envoyais en original à mon ami, en même temps que celle-ci. Elle fut écrite en français par une aimable chanoinesse de Brunswick que nous pleurons aujourd'hui.

Elle finissait ainsi une lettre sur Werther, qui, comme on sait, est né à Brunswick, et était le fils de M. l'abbé de J***. Elle décrivait >

exactement, à ma demande, l'espèce de goût que Werther avait pour I

la musique. i

c La musique étant l'art qui peint le mieux les nuances, et

dont les descriptions suivent ainsi le plus loin les mouvements de l'ftme, je crois distinguer la sensibilité à la Mozart de la sensibilité à la Gimarosa. |

c Les figures comme celle de Whilhelmine de M*** et de l'ange du tableau du Parmesan que j*ai dans ma chambre * me semblent annoncer de ces êtres dont la force est surmontée par hi sensibilité, qui, dans leurs moments d'émotion, deviennent l'^ofton elle-^némê» Il n'y a plus de place pour autre chose ; le courtige, le soin de la réputation, tout est, non pas surmonté, mais banni. Tel serait, je crois, le joli ange dont je vous parle chantant aux pieds d'une marraine adorée :

Yoi che sapete.

« Les peuples du Nord me semblent être les sujets de cette musique : Whieh M thar queen,

< Quand vous connaîtrez mieux l'Allemagne, et que vous aurez rencontré quelques-unes des malheureuses filles qui, chaque année, y périssent d'amour, ne riez pas, monsieur le Français, vous verrez

* C'était une copie de la Madama aU Umgo eoHo, qui est au Musée de Paris, D. 1070. 11 s'agit de Tange qui est à la droite de Marie et qui regarde le spectaleur.

La chasse du cerf, qui ouvre l'automne, est un sujet heureux pour la musique. Tout le monde se rappelle rouverlure du Jeune Henri.

le genre de pouvoir que notre musique exerce sur nous. Voyef, le Jimancbe soir, à Uantzgarten, et dans ces jardins anglais où toute }i jeunesse des villes du Nord va se promener le soir des jours de l'Ole; voyez ces couples d'amants, prenant du café à côté de leurs parents, tandis que des troupes de musiciens bohèmes jouent avec leurs cors leurs valses et leur musique lente et si touchante ; voyez leurs yeux se lixer; voyez-les se serrer la main par-dessus la petite table, et sous les yeux de la mère, car ils sont ce qu'on appelle ici promis; eh bien! une conscription enlève Tainant, sa promise n'est pas au désespoir, mais elle est triste; elle lit des romans toute la nuit; peu à peu elle est attaquée de la poitrine, et elle meurt 5-ans que les meilleurs médecins aient trouvé un remède à ce mal-là. Mais rien ne parait à l'extérieur. Vous l'aviez vue quinze jours auparavant chez sa mère, tous offrant du thé ; vous ne l'aviez trouvée que triste ; vous demandez de ses nouvelles : a La pauvre une telle ! vous ré- « pond-on; elle est morte de chagrin.]» Ici une telle réponse n'a rien d'extraordinaire. « Et le promis, où est-il? — A l'armée, mais on < n'a plus de ses nouvelles, i

Voilà les cœurs que Hiendel, Mozart, Beccheriui, Benda, savent toucher.

Ces femmes brunes et pleines d'énergie que produit le Midi de l'Europe doivent aimer la musique de Cimarosa. Elles se poignarderaient pour un amant vivant, mais ne se laisseraient pas mourir de langueur pour un infidèle.

Les airs de femmes de Cimarosa et de tons les Napolitains annoncent de la force même dans les moments les plus passionnés. Dans les Nemici gentrosi, qu'on donna à Dresde il y a deux ans, notre Mozart eût fait une chose divinement tendre de

Non son villana, ma son dama.

Cimarosa a fait de cette déclaration un petit air léger et rapide, parc6

Les vendanges, où des buveurs chantenl d*un côté, pendant que la danse occupe les jeunes gens du village, forment un tableau agréable. Le chant des buveurs est mélangé avec Tair d'une danse nationale de rAutricbe, arrangée en fugue. L'effet de ce morceau plein de verve est très-piquant, surtout dans le pays. Ou le joue souvent en Hongrie pendant les vendanges. G^est la seule fois, je crois, que Haydn, en imitant directement la nature, se soit fait un moyen de succès des souvenirs de ses compatriotes.

Les critiques reprochèrent aux Quatre Saisons d'avoh* encore moins de chants que la Création, et dirent que c'était une pièce de musique instrumentale, avec accompagnement de voix. L'auteur vieillissait. On lui objecte aussi, assez ridi> culement suivant moi, d'avoir mêlé un peu de gaieté à un sujet sérieux. Et pourquoi sérieux ? Parce que la pièce de musique s'appelle oratorio. Le titre peut être mal choisi ; mais la symphonie qui n'émeut pas bien profondément n'est-elle pas trop heureuse d'être gaie quelquefois? Les frileux lui reprochent, avec plus de raison, d'avoir mis deux hivers dans une seule année.

La meilleure critique qu'on ait faite de cet ouvrage est . celle que Haydn m'adressa lorsque j'aHai lui rendre compte de la représentation qu'on venait d'en donner au palais de Schwarlzenberg. Les applaudissements avaient été unanimes. Je me hâtai de sortir pour aller faire mon compliment à l'auteur. Je commençais à peine à ouvrir la bouche, que le loyal compositeur m'arrêta :

« J'ai du plaisir que ma musique ait plu au public; mais

qHO la situation l'exigeait ; mais une Allemande n'eût pas prononcé ces paroles sans larmes...

de vous je ne reçois pas de compliment sur cet ouvrage. Je sais convaincu que vous sentez vous-même que ce n'est pas là la Création; et la raison, la voici. Dans la Création, les personnages sont des anges; ici, ce sont des paysans. » Cette objection est excellente, appliquée à un homme dont le talent était plutôt le sublime que le tendre.

Les paroles des Quatre Saisons, assez communes en elles* mêmes» furent platement traduites en plusieurs langues. On mit la musique en quatuors et quintetti, et elle servit plus que celle de la Création aux petits concerts d'amateurs. Le peu de mélodie qiii s*y trouve étant davantage dans Torchestre, en 6tant les voix, le chant reste presque en entier. Au reste, je suis probablement mauvais juge des Quatre Saisons, Je n'ai entendu cet oratorio qu'une fois, et encore étaisje fort disirait.

Je disputais avec un Vénitien assis à côté de moi, sur la quantité de mélodie existant dans la musique vers le milieu du dix-huitième siècle. Je lui disais qu'il n'y avait guère de chant dans ce temps-là, et que la musique n'était sans doute alors qu'un bruit agréable.

A ces mots, mon homme bondit sur sa chaise, et se mit à me conter les aventures d'un de ses compatriotes, le chanteur Alessandro Stradella, qui vivait vers 1650.

Il fréquentait les maisons les plus distinguées de Venise, et les dames de la première noblesse se disputaient l'avantage de prendre de ses leçons. Ce fut ainsi qu'il fit la connaissance d'Hortensia, dame romaine qui était aimée d'un noble vénitien. StradeUa en devint amoureux, et n*eut pas de peine à supplanter son rival. Il enleva Hortensia, et la conduisit à Rome, où ils se firent passer pour mariés. Le Vénitien, furieux, mit sur leurs traces deux assassins, qui,

après les avoir cherches inutilemenl dans plusieurs villes d'Italie, découvrirent enûn le lieu de leur retraite, et arrivèrent à Rome un soir que Stradella donnait un oratorio dans la belle église de Saint-Jean de Latran. Les assassins résolurent d'exécuter leur commission lorsqu'on sortirait de Yéglise, et entrèrent pour veiller sur une de leurs victimes, et chercher si Hortensia ne serait point parmi les spectateurs.

A peine eurent-ils entendu pendant quelques instants la yoi}L délicieuse de Stradella, qu'ils se sentirent attendris. Ils eurent des remords, ils répandirent des larmes, et enfin ne songèrent plus qu'à sauver les amants dont ils avaient juré la perte. Us attendent Stradella à la porte de Téglise ; ils le voient sortir avec Hortensia. Us s'approchent, le remercient du plaisir qu'il vient de leur donner, et lui avouent que c'est à Timpression que sa voix a faite sur eux qu'il est redevable de son salut. Ils lui expliquent ensuite l'affreux motif de leur voyage, et lui conseillent de quitter Rome sur-le-champ, pour qu'ils puissent faire croire au Vénitien qu'ils sont arrivés trop tard.

Stradella et Hortensia se hâtèrent de profiter du conseil, et se rendirent à Turin. Le noble Vénitien, de son côté, ayant reçu le rapport de ses agents, n'en devint que plus furieux. Il alla à Rome se concerter avec le père même d'Hortensia. Il fit entendre à ce vieillard qu'il ne pouvait laver son déshonneur que dans le sang de sa fiHe et de son ravisseur. Ce père dénaturé prit avec lui deux assassins, et partit pour Turin, après s'être fait donner des lettres de recommandation pour le marquis de Villars, qui était alors ambassadeur de France à cette cour.

Cependant la duchesse régente de Savoie, instruite de l'avenluie des deux amants à Rome, voulut les sauver. ËUe

fil entrer UorteDsîa dans un couvent, et donna à Stradella le titre de son premier musicien, ainsi qu^un logement dans son palais. Ces précautions parurent suffisantes, et les amants jouissaient depuis quelques mois d'une parfaite tranquillité, îluand, un soir, Stradella, qui prenait Tair sur le rempart de la ville, fut assailli par trois hommes qui le laissèrent pour mort avec un coup de poignard dans la poitrine. C'était le père d'Hortensia et ses deux compagnons, qui se réfugièrent aussitôt au palais de l'ambassadeur de France. M. deVillars, ne voulant ni les protéger après un crime qui avait fait au^ tant de bruit, ni les livrer à la justice après leur avoir donné un asile, les fit évader quelques jours après.

Cependant, contre toute apparence, Stradella guérit de sa blessure, et le Vénitien vit échouer ses projets pour la seconde fois, mais sans abandonner sa vengeance. Seulement, rendu prudent par le manque de succès, il voulut prendre des mesures plus assurées, et se contenta pour le moment de faire épier Hortensia et son amant. Un an se passa ainsi. La duchesse, de plus en plus touchée de leur sort, voulut égitimer leur union et les marier. Après la cérémonie, Hortensia, ennuyée du séjour du couvent, eut envie de voir le port de Gènes. Stradella Ty conduisit, et le lendemain de leur arrivée ils furent trouvés poignardés dans leur lit.

On fixe cette triste aventure à Tan 1670. Stradella était poète, compositeur, et le premier chanteur de son siècle.

Je répliquai au compatriote de Stradella que la seule douceur des sons, quand ils seraient privés de toute mélodie, donne un plaisir bien réel, même aux âmes les plus sauvages. Lorsqu'on 1637 Murad IV, après avoir pris Bagdad d'assaut, ordonna qu'on fit main basse sur tous ses habitants, un seul Persan osa élever la voix : il s'écria qu'on le conduisit

àrempereuTy qu'il avait des choses importantes à lui com* muniquer avant de mourir.

Arrivé aux pieds de Murad, Scakculi (tel était le nom dir Persan) s'écria, la face contre terre : « Seigneur, ne fais pas périr avec moi un art qui vaut tout ton empire ; entends-mof chanter, et puis tu ordonneras ma mort. » Murad ayant fait un signe de consentement, Scakculi sortit de dessous sa robe une petite harpe, et improvisa une espèce de romance sur la ruine de Bagdad. Le farouche Murad, malgré la honte qu'éprouve un Turc à laisser paraître la moindre émotion, répandit des larmes et fit cesser le massacre. Scakculi le suivit à Goustantinople, comblé de richesses; il y introduisit la musique persane, dans laquelle aucun Européen n'a jamais pu distinguer un chant quelconque.

Je crois voir dans Haydn le Tintoret de la musique. Il unit, comme le peintre vénitien, àFénergie de Michel-Ange, le feu, Toriginalité, Tabondance des inventions. Tout cela est revêtu d'un coloris aimable, qui donne de l'agrément aux moindres parties. Il me semble cependant que le Tintoret d'Ëisenstadt était plus profond dans son art que celui de Venise; surtout il savait travailler lentement.

La manie des comparaisons s'empare de moi. Je vou. «ionfie mon recueil» à condition cependant que vous n'a, rirez pas trop. Je trouve donc que

.. ^ ( sont les Raphaël de la musique.

Gunarosa '

Paisiello

j est

Le Guide.

Durante,

Léonard de Vinci.

Basse ,

Rubens.

Haendel ,

Michel-Ange.

Galuppi p

iejBassan.

Jomeili »

Louis Garrache.

Gluck ,

Le Caravage

Piccini ,

Le Titien.

Sacchiûi .

Le Gorrége.

Vinci ,

Fra Barlolomeo.

Anfossi ,

L'Albane.

ZingarelU,

Le Guerchin.

Mayer,

Carie Maratte.

Mozart,

Le Dominiquiu.

La ressemblance la moins imparfaite est celle de Pai* siello et du Guide. Quant à Mozart, il faudrait que le Dominiquin eût eu un caractère encore plus mélancolique pour lui ressembler entièrement.

Le peintre a eu Fexpressiou, mais elle s'est à peu près bornée à celle de Tinnocence, de la timidité et du respect ^ Mozart a peint la tendresse lapins passionnée et la plus dé-^ licate dans les airs :

Vedrô mentr'io sospiro,

Du comte Âlmaviva,

Non so più cosa son cosa facio,

De Chérubin;

Dove 80D0 i bei momenti,

De la comtesse ;

Andiam, mio bene,

De Don Juan ;

* Voir les Deuœ jeunes Filles innocentes et craintives, n" 914, du

Musée, où l'on peut remarquer que la gaieté manque aussi au Demi-

iquin.Les anges, qui devraient exprimer les mystères joyeux, n'ont

point l'air heureux.

Voir aussi la Jeune Femme amenée au tribunal d'Akioandre, n» 919.

la grâce la plus pure dans

et dans

La mia Doraiice capace non è,

De Coii fan tuttê;

Gioyanni che fote al amore,

De Don Jutm,

La beauté et Tair de bonheur des figures de Raphaël se re* connaissent bien dans les mélodies de Gimarosa.

On sent que les figures qu'il a peintes dans Tinfortune sont ordinairement heureuses. Voyez Garolina, dans le Mariage secret. Celles de Mozart, au contraire, ressemblent aux vierges d'Ossian, de beaux cheveux blonds, des yeux bleus, souvent remplis de larmes. Elles ne sont peut-être pas aussi belles que ces brillantes Italiennes» mais elles sont plus touchantes.

Entendez le rôle de la comtesse, chanté dans les Noees de Figaro par madame Barilli; supposez-le joué par une actrice passionnée, par madame Strina-Sacchi, belle comme mademoiselle Mars, vous direz avec Sbakspeare *

Lika patience siting on her tomb.

Les jours de bonheur, vous préférerez Gimarosa; dans les moments de tristesse, Mozart aura Tavantage.

J'aurais pu allonger ma liste en y plaçant les peintres maniéristes, et mettant à côté de leurs noms ceux de Grétry et de presque tous les jeunes compositeurs allemands et italiens. Mais ces idées sont peut-être tellement particulières à celui qui les écrit, qu'elles vous sembleront bizarres*

VIE DE HATDN. ^89

Le baron de Van-Swieten voulait faire faire à Ilaydn un troisième oratorio descriptif, et il y aurait réussi ; mais la mort Tarrêta. Je m'arrête aussi, après avoir parcouru avec vous le recueil de toutes les compositions de mon héros.

Qui m'eût dit, en vous écrivant pour la première fois sur Haydn, il y a quinze mois, que mon bavardage se prolongerait autant r

Vous avez eu la bonté de ne pas trop vous ennuyer de ces lettres, et elles m'ont procuré deux ou trois ibis par semaine une distraction agréable. Conservez-les. Si jamais .ie vais à Paris, je les relirai peut-être avec plaisir.

Adieu.

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