‹ OEuvres complètesChapitre 109 sur 655 · A MA MÈRE · texte numérisé non relu

A MA MÈRE

Parce que je sens que, là-haut, dans les Cieux, les anges l’un à l’autre se parlant bas, ne peuvent, parmi leurs termes brûlants d’amour, en trouver un d’une dévotion pareille à celui de « Mère »; en conséquence, je vous ai dès longtemps de ce nom appelée, vous qui êtes plus qu’une mère pour moi et remplissez le cœur de mon cœur, où vous installa la Mort en affranchissant l’esprit de ma Virginie. Ma Mère — ma propre mère, qui mourut tôt n’était que ma mère, à moi; mais vous êtes la mère de Celle que j’ai si chèrement aimée; et m’êtes ainsi plus chère que la mère que j’ai connue, de cet infini dont ma femme était plus chère à mon âme, qu’à cette âme sa vie.

LES POEMES D’EDGAR POE

De tous ceux qui saluent ta présence comme le matin — de tous ceux pour qui ton absence est la nuit — le total effacement du sacré soleil dans le haut ciel, — de tous ceux qui, pleurant, te bénissent journellement à cause de l’espoir — de la vie — ah ! surtout de la résurrection de la foi au fond d’eux ensevelie — cela en vérité — en vertu — en humanité, • — de tous ceux, qui, sur le lit inconsacré du Désespoir gisant pour mourir, se sont soudainement levés à tes paroles murmurées doucement « Que la lumière soit !» — à tes paroles murmurées doucement qui eurent pour accomplissement le séraphique élan de tes yeux, — de tous ceux qui te doivent le plus — dont la gratitude de plus près ressemble au culte — oh ! rappelle-toi le plus vrai — le plus fervemment dévoué et pense que ces faibles lignes sont écrites par lui — • par lui qui, comme il les trace, tressaille de penser que son esprit est en communion avec celui d’un ange.

Tu voudrais être aimée ? Donc que ton cœur ne s’écarte de son sentier présent ! Étant de tout point ce que tu es maintenant, ne sois rien de ce que tu n’es pas. Ainsi, pour le monde, tes nobles façons, ta grâce, bien plus que beauté, seront un thème sans fin de louange; à l’amour — un simple devoir.

Bien-aimée parmi les maux pressants qui s’attroupent autour de mon sentier terrestre — morne sentier, hélas ! où ne croît pas même une rose solitaire, mon âme

LES POEMES D’EDGAR POE

a, du moins, un soûlas dans des rêves de toi, et y sait un Éden de chers repos.

Ton souvenir est pour moi comme une île enchantée au loin dans une mer tumultueuse — quelque océan vaste et libre, tressautant de tempêtes — mais où néanmoins les deux les plus sereins sourient continuellement juste au-dessus de cette brillante île.

Je ne prends point garde que mon sort terrestre n’a presque rien de la terre, que des années d’amour ont été oubliées dans la haine d’une minute : mon deuil n’est point que les désolés mêmes ne soient plus heureux, — bijou ! que moi, mais que vous vous chagrinez de mon sort, moi qui suis un passant.

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