‹ OEuvres complètesChapitre 120 sur 655 · LE VER VAINQUEUR · texte numérisé non relu

LE VER VAINQUEUR

(Page 195.)

« juste au milieu de la nuit, pendant laquelle elle mou- I rut, elle m’appela avec autorité auprès d’elle, et me fit répéter certains vers composés par elle peu de jours auparavant. Ces vers les voici. »

LES POEMES D’EDGAR POE

Suivent sans titre les cinq stances intitulées dans les poëmes : Le Ver vainqueur.

— « O Dieu ! cria presque Ligeia, se dressant sur ses pieds et étendant ses bras vers le ciel dans un mouvement spasmodique, comme je finissais de réciter ces vers, — ô Dieu ! ô Père céleste ! — Ces choses s’accompliront-elles irrémissiblement ? — Ne sommes-nous pas une partie et une parcelle de toi ! Qui donc connaît les mystères de la volonté, ainsi que sa vigueur. L’homme ne cède aux anges et ne se rend entièrement à la mort que par l’infirmité de sa propre volonté. » Histoires extraordinaires. — Ligeia. — Traduction de Charles Baudelaire.

Ces strophes ont-elles précédé leur insertion dans le conte favori de Poe; ou n’en devons-nous la musique étrange qu’à l’exaltation ici prêtée par le poëte : un problème pour la solution de quoi manquent les documents.

ULALUME

(Page 196.) \

«/^>e poème, peut-être le plus original et le plus étrangement suggestif de tous*, à première vue ressemble à un paysage de Turner, apparu comme sans forme et nul, avec les ténèbres sur la face. Néanmoins, il est, dans son fondement, sinon par la correspondance précise des dates, simplement historique. Telle fut la promenade de minuit solitaire du poëte, tel, parmi des souvenirs meurtris et le décor de l’heure, fut l’espoir subitement né dans son cœur pour l’enflammer à la vue de l’étoile du matin, le croissant de diamant d’Astarté se levant comme un beau précurseur du bonheur et de l’amour qui l’attendaient encore dans le futur inexploré; et tel le changement soudain de sentiments, la crainte mêlée de triste présage, qui survint à la découverte d’un point inaperçu d’abord, c’est que l’astre brillait comme un avertissement ou une ironie, droit au-dessus du sépulcre de la morte Ulalume. »

* Je souligne, comme pour la transcrire en mon nom, cette hrase d’un jugement éloquent porté par Mrs SarahHelen Whitman.

LES POEMES D’EDGAR POE

Au passage extrait d’un livre enthousiaste et vengeur, j’ajoute quelques explications inédites, qui m’ont été données par l’auteur au cours d’une lettre datée de novembre 1876 : « Avez-vous déjà fait la traduction d ’Ulalume ? C’est de tous les poëmes peut-être le plus imaginatif et celui dont l’interprétation reste la plus difficile. On se méprend souvent sur l’allusion à l’Astarté, dont on fait une allusion à la lune. Fredericks, qui passe pour un de nos plus habiles artistes, dans une vignette illustrative du poëme, la représente ainsi, et un critique récent en parle également comme de « la lune prête à se coucher ». Bien sûr, ce n’est pas la lune, mais l’astre à croissant de l’espoir et de l’amour qui, dans une nuit d’horreur et de désespoir, tentait le poëte à l’espérance d’un bonheur qui ne devait plus lui appartenir. Je confesse que je ne compris pas moi-même le poëme, quoique captivée par son décor funèbre et la sorcellerie de sa musique, avant que le thème ne m’en eût été expliqué par Poe : il l’écrivit ou le conçut, une nuit, à Fordham, dans l’automne qui suivit la mort de sa femme Virginie; près de sa maison était une avenue de grands arbres, il passait des heures à aller et à venir d’un bout à l’autre, songeant à son suprême isolement et interrogeant le Futur, pour savoir si des lointains gardaient encore pour lui quelque rayon d’espoir ou d’amour en la profondeur sinistre de leur ombre. Une de ces promenades solitaires faites dans l’Octobre désolé de sa plus immémoriale année, minuit était passé depuis longtemps sans qu’il y prît garde, et les cadrans des étoiles déjà parlaient du matin, quand il vit à l’horizon oriental la planète Vénus, étoile à croissant d’espoir et d’amour, monter, entrant dans la constellation du Lion.

Monter à travers la caverne du Lion Avec l’amour dans ses feux lumineux.

« Pendant un instant béni, espérant à l’encontre de l’espoir, il la salua, ainsi qu’au nom d’un bonheur susceptible d’être encore : jusqu’à ce qu’il découvrit que la planète se levait juste au-dessus du sépulcre de Virginie. Alors, accablé par cette superstition de remords qui semble l’avoir toujours visité quand ses pensées se détour-

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naient de quelque rêve de bonheur renouvelé, vers le souvenir d’un amour perdu, il s’écrie :

Ah ! quel démon m'a vers ces lieux tenté !

« Accédant à ma requête d’effacer la dernière stance d’ U l alu me que j’avais toujours jugée obscure (celle, du moins, qui, originairement, était la dernière), M. Poe, peut-être, n’a fait que laisser plus douteux le sens général du poëme.

« Bien sûr, il ne vit pas réellement « la double corne » d’une planète, et les vers omis auraient montré que ce qu’il voyait n’était que le spectre d’une planète, par les miséricordieux démons du bois évoquée pour séduire d’espoirs visionnaires son chagrin et le tromper sur le secret épouvantable caché dans leur touffe. »

Les détails de cette lettre sont pleins d’intérêt et de charme pour le curieux : proclamons toutefois, lecteur, qu’avant de les apprendre, le paysage, la notation inconnue du chant et jusqu’au mystère suffisaient à nous faire goûter Ulalume pleinement, comme l’un des types proposés par la poésie terrestre.

Le haut fait littéraire de Mrs Whitman est ici d’avoir, avec une justesse de vue que d’ordinaire posséda Poe à un degré plus haut que tous, obtenu la suppression d’une dernière stance, avec laquelle le poëme apparut d’abord sans nom d’auteur. L’effet total était affaibli ; et rien dans la stance elle-même d’une versification peut-être inférieure à toutes et d’un concept moins frappant, ne semble à regretter.

« Nous dîmes alors — tous deux , alors — Ah ! se peut-il que les goules des lieux boisés^ les miséricordieuses goules pleines de pitié nous aient ainsi barré le sentier et soustrait le secret caché dans les bois — aient fait surgir le spectre d'une planète hors des limbes des âmes lunaires — de l'Enfer des âmes planétaires cette planète fautivement scintillante. »

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