DÉCOUPÉ DE GRANDEUR NATURELLE
Toilette de visite. — Première jupe en satin pensée, bouillonnée devant et garnie de volants de côté et sur la traîne; Tunique de velours de même nuance qui forme l’écharpe et se relève d’un seul côté sur l’épaule; elle se garnit d’une frange de fantaisie en soie avec glands et filet. Sur cette tunique, très-belle passementerie imitant en relief des poires et leurs feuillages : tout cela en acier. — Manches de satin.
IL — Gravures noires du texte Première page.
1 . Toilette de Promenade couleur prune ( chapeau Lamballe) . — Première jupe en cachemire, volants en pareil alternant avec des volants de faille. Tunique arrondie devant, à pans carrés derrière : elle est garnie d’un volant de faille avec plume de coq lui faisant tête. Corsage à basques rondes, boutonné devant. Confection ajustée, longue devant et courte derrière. Chapeau Lamballe.
2. Toilette de Visite en satin et velours grenat. — Le tablier en satin, se prolongeant très en arrière, est bouillonné du haut, tandis que du bas le garnissent des volants de velours et de dentelle : un triple pli, très-profond, fait la traîne. Confection en velours grenat avec bord de fourrure (choisir la fourrure). Chapeau Fleur-de-Thé.
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Pages du milieu.
Jeune fille de quatorze ans. — Costume en cheviotte : le fond est uni et tous les biais, ainsi que la ceinture, sont en cheviotte rayée. La tunique se fait de trois tabliers superposés. Chapeau en pareil avec garniture de plume (choisir la plume).
LA MODE
Toilettes de bal : vaporeuses mais très-ajustées, avec
UN EXEMPLE. — LEURS TISSUS, POUR LES JEUNES FILLES, POUR LES JEUNES FEMMES ET QUELQUES GARNITURES ET DES DISPO¬ SITIONS (une, PARMI TOUTES. ÉTRANGE). - BROUILLARDS
d’or et de pierreries; puis des robes sombres ou nuancées.
Paris, le t5 novembre iS/J.
Comme deux fils, l’un de soie ou même de laine et l’autre d’or, qui s’interrompent et se rattachent entre eux, mêlés dans leur dessin annuel, alternent ici et l’évolution de la mode durant la Saison, et les fêtes. Aucune transformation très-sensible dans le Costume, qui se soit manifestée depuis quinze jours ou que ne montrent d’elles-mêmes les Toilettes de Bal, sujet de notre étude. Les robes de ces solennités mondaines, c’est la fantaisie même, aventurée parfois, hardie et presque future, qui se fait jour à travers des habitudes anciennes. Qui regarde, y voit, mêlés au satin, des symptômes dont se révèle déjà le secret, sous la gaze, sous le tulle ou sous les dentelles.
La tradition, à laquelle plus ou moins obéissent toutes les Toilettes de Bal, je la définis : rendre légère, vaporeuse, aérienne pour cette façon supérieure de marcher qui s’appelle danser, la divinité apparue en leur nuage.
Quant aux caractères particuliers qui semblent s’imposer au début de l’hiver, dépourvu encore de grandes réunions de plaisir sauf dans l’arrière-saison châtelaine ou dans la prime fleur des régions officielles, voici (ce que, du moins, j’ai saisi, un peu sur nous, un peu chez les autres, beaucoup près des grandes couturières ou de leurs rivaux les couturiers) :
Article premier et unique :
Si les tissus classiques de bal se plaisent à nous envelopper comme d'une brume envolée et faite de toutes les blancheurs, la robe ellemême, au contraire, corsage et jupe, moule plus que jamais la personne : opposition délicieuse et savante entre le vague et ce qui doit s'accuser.
Exemple de cette règle, qui vient de trop absolues souveraines de la Mode pour n’être pas suivie tantôt par mille sujettes ravies, c’est : corsage ajusté de haut en bas, prenant
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les hanches et jupe plate devant, celui-ci venant brider celle-là à mi-corps, puis écharpe; l’Europe n’a-t-elle pas appris ce goût nouveau de l’Orient?
A l’article unique ou tout au moins premier qu’il faut écrire, afin de le méditer, sur le carnet de nacre et effacer, avec les derniers noms de danseurs restés de l’autre année, seulement dans l’après-midi d’avant le bal : je joins deux détails ou trois, parfois divers, jamais contradictoires.
1. Les jupes de soie ne se font plus avec poujfs pour soirées, mais se froncent du haut; et la fronce est répétée cinq ou six fois (de façon à couvrir un espace d'environ trente centimètres de hauteur).
Qjiant à la garniture, c'est, dans le bas, des volants ou des bouillons et, au-dessus ou fort au-dessus, des écharpes de gaze placées très-haut sur le tablier et se nouant sur la traîne.
2. Les tailles se font à petites basques toutes rondes ou bien à pointes très-arrondies formant un peu basque.
Telles quelques-unes des nouveautés introduites par le commencement de la saison : appréciables particulièrement dans les fêtes princières de la fin d’octobre.
Mille combinaisons exquises, déjà connues ou encore neuves, peuvent naître de l’imagination d’une Lectrice impatiente du premier bal de l’hiver, mais le choix même de l’étoffe remise à la faiseuse s’y mêle trop intimement pour que nous les isolions.
Étoffes et garnitures et même certaines dispositions principales qui dessinent la toilette plutôt qu’elles ne l’agrémentent simplement, écoutez tout à la fois. A ces avis tout pratiques s’impose la seule distinction à faire : entre les robes destinées aux jeunes filles et les robes destinées aux jeunes femmes.
Mesdemoiselles, je parle pour vous.
Vos robes seront en tulle illusion de toutes nuances, mais surtout blanc; avec écharpes plissées ou bouillonnées, retenues sur la traîne ou de côté par une touffe ou un bouquet de fleurs, ou par une guirlande, ce qui est du dernier goût. Les pardessous en satin sont généralement préférables à ceux en faille ou en poult de soie, comme plus chatoyants sous le tulle ou la gaze : car de très-jolie gaze de Chambéry se déchire peu dans l’élan de la danse, mais fait à mon avis plutôt toilette de dîner que de bal. L’adoptez-vous ? elle se garnira de beaucoup de chicorée en pareil, reposant sur un plissé effrangé de chaque côté; cet effilochage joue la plume, bien joliment.
A votre tour, maintenant, Mesdames.
Robes de danse en satin ou en faille voilées de tulle illusion blanc relevé de côté gracieusement par des masses de fleurs, puis d’autres entièrement garnies de plumes véritables et de dentelles, soit point d’Alençon, soit applica-
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tion de Bruxelles. J’ajoute : toujours, beaucoup de blondes blanches perlées de jais blanc, ainsi que de broderies en soie plate sur tulle. Mille effets ravissants à tirer de ces garnitures reproduisant la flore du songe ou bien de nos parterres, parfois comme givrée et toute blanche!
Fermant les yeux à d’adorables motifs dont me tente la description, je poursuis, stricte et brève.
Que des nœuds papillons soient, avec un heureux manque de symétrie, posés, pour compléter des volants espacés et plissés très-fin; que des floraisons courent en girandoles et en espaliers : c’est là un luxe ordinaire et presque facile. Le génie qui métamorphosa des tissus en papillons et en fleurs, le cède encore devant la splendeur pure et simple des tissus eux-mêmes, tulle blanc lamé d’argent à côté de bandes de satin blanc, ou poudré d’or ainsi que de la poussière de gemmes multicolores. Pas d’ornementation inutile dans ce cas, ni de surcharges vaines, autres que les mille complications tirées de la façon seule de la jupe, volants, bouillonnés, placés comme ceci, comme cela, hauts, bas : rien de plus que ce prestige éparpillé et lumineux.
Assez, et au risque de vous étonner, chères Lectrices, je ne vous donnerai pas d’idées (ce qu’on cherche, à bon droit, dans un Courrier de Modes, mais après seulement qu’il a suivi et indiqué la marche du goût). Or, nous en sommes aux premiers mots : et nous ne citerons que comme une superbe d’excentricité, celle-ci, aperçue chez un tailleur pour dames célèbres : Robe de tulle blanc, garnie de plissés de blondes perlées, le tout relevé par un feuillage des plus singuliers : des artichauts, la tige et le légume lui-même ornemental en architecture et, paraît-il, en mode. Baroque ? non, cela ne l’était point; c’était même beau; mais emblématique de quoi (s’il est vrai, comme le disent les poètes qu’une robe veuille dire quelque chose) ? Vraiment, le jardin ou la serre étant là, recourir au potager ?
Très-bien, pour celles d’entre vous, chères Lectrices, qui s’apprêtent à danser, mais j’en sais d’autres, mères à plus d’un titre, dont la satisfaction bienveillante sera d’assister au triomphe d’une fille, d’une bru, qui sait peut-être ? chose charmante, d’une petite-fille. Redire un lieu commun pareil à celui-ci : que la nuance, car nous entrons maintenant dans les couleurs, obéit à l’âge, à l’aspect de la personne, non! ni même rappeler, chose beaucoup plus fréquemment oubliée, qu’il faut compter encore avec la couleur ou la nuance des tentures, c’est-à-dire des fonds où l’on s’adosse dans chaque salon. Je ne puis, après ma nomenclature des étoffes en pièce faite il y a quinze jours, que citer une étoffe privilégiée ou deux : soit, encore près des éblouissements de
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tout à l’heure, le tulle gris argent et (si nous passons sur toutes les teintes), le tulle noir entièrement brodé de jais. Toutes les teintes, ce sont : mauve tendre, réséda, crépuscule, gris tzarine, bleu scabieuse, émeraude, marron doré..., mais je m’arrête.
Marguerite de Ponty.
GAZETTE DE LA FASHION
Les Robes, très-bien : il convient qu’un Courrier de la Mode les décrive jusqu’à la traîne. Tout le monde, de la couturière à la femme de chambre adroite, peut, nos descriptions lues, tailler presqu’un corsage, une tunique, une jupe, un tablier. Le Chapeau c’est bien autre chose! voilà du velours ou de la soie, voilà du feutre ou une forme (qui n’est souvent que l’absence même de forme) et je puis vous parler une heure : faites de tout cela quelque chose, même avec des fleurs, des plumes et mes paroles. Inévitablement, sauf une imagination très-spéciale, chacune de vous, Lectrices, prend le chemin de la Modiste en renom.
Il y a encore mille accessoires que les dames doivent acheter de confiance, le corset, les gants, les souliers : et ces quelques lignes doivent en traiter.
De tous les modèles entrevus les jours derniers, au bois, au théâtre, partout, aucun n’est plus ravissant que ceux de Marie Baillet; on peut difficilement égaler cette faiseuse, mais on ne peut la surpasser. Sachant manier avec art les nuances qui, pour toute autre seraient hasardées et les fleurs coutumières ou rares, elle en orne des formes mieux qu’excentriques, parisiennes : et autant que parisiennes, grande dame de tous les pays. Les capitales étrangères nous ont pris son chapeau Lamballe , coquet et seyant à toutes les jeunes femmes, même à de pas jolies s’il en était ! car il compose à lui seul un visage. Quant au chapeau Figaro, il est d’une originalité délicieuse : trop connu pour qu’on le décrive ici, et déjà donné par une de nos gravures d’il y a quinze jours.
Je puis et je dois louer aussi le contenu des cartons de Louise et Lucie : ce sont de merveilleuses fleurs faites par elles, avec quoi elles créent encore de merveilleuses coiffures. On pourrait dire de ces dames qu’elles ont les doigts de roses du matin, mais d’un matin artificiel, faisant éclore des calices et des pistils d’étoffes. A propos de roses, je remarque surtout, dans cette collection nouvelle, une guirlande de cette fleur trop mésestimée aujourd’hui, qu’entoure un feuillage au reflet d’or : puis une garniture de géranium pourpre, avec un splendide feuillage aussi de velours faisant traîne.
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Gants, souliers, etc., disions-nous ? Non, ce sera tout simplement pour cette fois le Corset. Choisissez le Corset Élégant, que fait Madame Gibert (rue du Bac, 187). D’une coupe spéciale (il est tout d’une pièce) et d’un travail si parfait qu’on ne le cache qu’à regret sous la robe ! cet objet est indispensable au port d’une toilette ajustée, comme celles de maintenant. Toute la Fashion reconnaît le talent, et je dirai l’amabilité de Madame Gibert, un point à noter : car elle-même se rend chez ses clientes, prépare, voit, essaye, etc. Un mot jeté à la poste quelques heures d’avance.
Une de nos Cartes de visite placée sur la Couverture et que nous ne faisons, cette fois comme dans le cas de Mademoiselle Baillet, que de développer ici à loisir, donne déjà ces détails très-succinctement.
Miss Satin.
CHRONIQUE DE PARIS
Théâtres, Livres, Beaux-Arts;
Échos des Salons et de la Plage
Faire qu’en ces lignes, tracées avant que le balancier d’une petite pendule rocaille qui les scande n’en ait indiqué cent ou même le double ! tienne une semaine et une semaine encore de Paris : chimère. La sagesse sera d’oublier la ville et son hiver, et de causer d’autre chose; mais existe-t-il autre chose ? Toutes les premières représentations de pièces sans musique (à la Musique, annoncée par l’admirable mélodie de MUe Holmès dans la livraison d’aujourd’hui, sera dédiée la prochaine Chronique entière), en vain conspirent contre notre vœu d’ouvrir tout à l’heure des livres, de les lire et de les nommer simplement; rien ne nous troublera. La Veuve ? mais nous avions, dès il y a un mois, annoncé son succès d’hier au Gymnase, ainsi que la magnificence du Tour du Monde, décors inouïs, drame, figuration; puis tous les bonheurs ont été par nous souhaités à l’avance au Théâtre Lyrique qui vient de relever une première fois son rideau sur la Jeunesse du Roi Henri, par feu Ponson du Terrail. A notre table attendent, depuis l’apparition du journal, des volumes, entassés et les pages encore jointes; jouons du couteau de nacre et de l’œil, sans nous laisser par rien distraire.
Mlle Rousseil dans ITdole, aux Arts, se montrant chaque soir la plus grande tragédienne de ces temps ne nous ravira pas deux mots : et pour bannir de notre pensée toute l’obsession de son jeu sublime, il n’y a d’autre moyen que de déplier le vélin gris d’un billet amical où l’on nous décrit tout au long sa toilette. O désespoirs donc! Je copie : « Une longue traîne de faille brun pain brûlé, doublée de taffetas paille;
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le devant de la jupe à mille volants paille très-serrés autour du corps par des bandes posées en biais, représentant d’énormes fleurs orange foncé; le gilet sans manche, brun comme la traîne, laisse voir des manches paille. » A Cluny, autre maison sympathique de M. Weinksheink, les Héritiers de Rabourdin, eux-mêmes nous laissent muets; et cependant, quelle tentation vraiment irrésistible d’apporter dans ce malentendu qui sembla s’établir entre le public et l’admirable romancier, auteur de la pièce, M. Zola, notre humble avis (au contraire d’une partie de grande presse qui a tout aggravé, pouvant tout dissiper). Une œuvre de cette importance exige un commentaire où passeraient le Journal et sa couverture : car voici qu’avec elle la question du Candidat, par Flaubert, au Vaudeville, la saison dernière, recommence pour ne jamais peut-être finir.
Aux Livres.
La pieuse offrande qu’aux jours funèbres des souvenirs et des fleurs, le génie fait homme de ce siècle voua à la mémoire de chers êtres perdus, c’est un livre! Victor Hugo a apporté, sur la double tombe parisienne de ses deux fils, quelques pages justes, sereines, amies, lumineuses, qui vont aussi servir de préface à leur œuvre bientôt rééditée. Notre émotion nouvelle, à nous comme à chacun, c’est d’abord d’avoir entendu une fois de plus parler Victor Hugo : mais aussi de l’avoir entendu parler de Charles et de François- Victor Hugo. Seul, il avait le droit de proférer très-haut, à propos de ces deux jeunes hommes éclairés autrement que tous et autrement même que par la mort, ce que d’eux longtemps nous pensâmes tout bas. Mais involontairement encore on mêlait leur éclat à la splendeur paternelle; or, le père est venu séparer de sa gloire la leur, et dire avec autorité : « Non, ceci est le rayon de Charles, non, cela est la lueur de François- Victor. » Toutes les mères, avec une admiration triste, comprendront ce geste et le suivront des yeux.
Du passé solennel et inoubliable, fable, légende, histoire, mais qui est maintenant fermé à l’éclosion de ces types miraculeux, Théodore de Banville, avec le recueil des Princesses, a ressuscité l’âme et le corps de Sémiramis, d’Ariane, d’Hélène, de Cléopâtre, d’Hérodiade, de la reine de Saba, de Marie Stuart, de la princesse de Lamballe et de la princesse Borghèse. Tout ce qui de cruauté, d’orgueil, de luxe et de candeur inhérents à la Femme même, s’est à travers les longs âges perpétué en des exemples précieux jusqu’à sa venue à lui, seul capable d’accepter un tel trésor! le poète le fait vivre dans une galerie de quelques Sonnets extraordinaires. Son vers, défiant les pinceaux, défiant la statuaire, a accompli ce prodige d’évocation; et jamais il n’accusa, entre les mains de ceux qui l’ont perfectionné
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jusque maintenant comme de ceux qui l’ont créé, plus de maîtrise, plus de fougue enjouée et d’aisance divine. A vous de plonger les yeux, Mesdames, dans ces tableaux profonds à l’égal de miroirs, où vous croirez toujours un peu vous contempler : car il n’est pas une petite fille assise aux bancs du pensionnat qui ne porte en elle une goutte de ce sang éternel et royal qui fit les grandes princesses d’autrefois.
Harmonieux, fervent et sage, œuvre d’un âge enthousiaste qui se baigna au flot antique et d’un âge savant qui plane dans les cieux supérieurs, le livre de M. Emmanuel des Essarts, poète et l’un des professeurs éloquents du jour, s’ouvre par ce groupe de composition : Les Chercheurs d’idéal et finit par un autre placé sous cette invocation : Excelsior. Mélancolies ou joies puisées dans la rêverie et l’imagination seules, telle est encore la partie moyenne et vivante des Élévations : Symboles et Tableaux. Les heures graves de l’existence, mais hardies, aux élans déjà tempérés par le souvenir, sont celles que va charmer cette lecture.
Le Harem : titre un peu vif peut-être pour quelques dames françaises, donné par M. d’Hervilly à son dernier livre de poésie. Qu’aucun éventail ne s’agite, effarouché : car ce gynécée tant que le tome qui l’emprisonne en ses stances demeure fermé sur votre étagère, va et vient, rit et babille aux climats divers, libre parmi les aiguilles de glace, les bananiers ou les obélisques roses. Par une loi supérieure à celle qui, chez les peuples barbares, enferme véritablement la femme entre des murs de cèdre ou de porcelaine, le Poète (dont l’autorité en matière de vision n’est pas moindre que celle d’un prince absolu) dispose avec la pensée seule de toutes les dames terrestres. Jaune ou blanche ou noire ou cuivrée, leur grâce est soudain requise par lui, quand il se met à l’œuvre; elle vient former les flottantes figures animant les livres, et, notamment cet album cosmopolite de vers dû à un voyageur (qui a surtout été de la place du Nouvel Opéra au premier lac du Bois de Boulogne). Secret, ô mes aimables lectrices, maintenant divulgué, de ces heures vides tout à coup et sans cause, et de ces quasi absences de vous-mêmes, auxquelles vous succombez quelquefois pendant l’après-midi; un rimeur quelque part songe à vous ou à votre genre de beauté.
A ce volume qui date d’avant le retour à la Ville (mais était-ce bien son temps et faisait-il autre chose que de se tenir prêt pour le commencement de la Saison ?) il faudrait ajouter le Cahier Rouge, point encore paru quand j’écris ceci, et peut-être classé déjà dans toutes les bibliothèques au moment où on le lira. Nombre des morceaux qui composent ce recueil prochain de François Coppée ont été applaudis par des mains aristocratiques ou charitables dans les réunions
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de bienfaisance, véritables clubs des dames, avant de captiver, imprimés, le regard, à la clarté familière d’une lampe de boudoir. La sympathie reste la même; car le vers du jeune pocte populaire, s’il frappe tout de suite et à jamais par la justesse de son intonation, supporte la rêverie et exhale, pour* qui s’y appesantît ou s’y laisse aller, toute une atmosphère de sentiments rares : double don presque contradictoire des œuvres décidément parfaites! aussi l’ovation immédiate, aussi la prédilection durable. J’ai d’exquises réminiscences de plages et de fêtes mondaines, sites donnés à des poèmes nouveaux que cet ami me lisait un soir de Mai dernier : et c’était bien, en effet, un cahier relié en rouge ! Tout intime et demandé au hasard, ce détail explique la cause d’un titre, qui étonnera d’abord plusieurs de vous, et que tous nommeront bientôt, sans plus y réfléchir, comme « Les Intimités », comme « Les Humbles », dans l’habitude tôt prise du charme de l’œuvre.
Comme ce fut l’adorable usage de certaines personnes très-riches et très-délicates d’attacher, autour de leurs bras, à la faveur d’une monture du xixe siècle et d’y mêler aux pierres précieuses quelque rangée admirable de médailles antiques ou de camées, c’est de même qu’on a de tout temps laissé auprès des morceaux absolus et définitifs d’André Chénier des vers inachevés, frustes parfois, divins toujours, accusant le profil d’une idée naissante. Joyau elle-même, la réimpression en un volume de format elzévirien, qu’avec la famille du maître fait de son œuvre l’éditeur Lemerre (à qui nous devons les œuvres de poésie par nous étudiées à l’instant) met au jour maint de ces petits fragments inconnus : ce qui a l’importance d’un événement littéraire.
Quoi! nous terminons sans que la pendule rocaille invoquée par nous au commencement de cette étude ait seulement sonné une de ces heures anormales jusqu’où se prolongent déjà les premiers bals de l’hiver. Arrêtés par le papier, le seul papier! nous n’avons dit que les vers {Mes Fils, ces pages de prose du maître des maîtres exceptées) ; soit! nous recommencerons par les romans. Ix.
LE CARNET D’OR
La Table, l’Ameublement fait par les dames, le Jardin et les Jeux
Douzième feuillet.
Menu d’un déjeuner ordinaire
Huîtres : Marennes, Ostende; Crevettes bouquet; Saucisson de Lyon (Beurre de Prévalaye) ; Petits pieds de cochon farcis à la Dûthé (chaud). — Côtes de mouton
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provençales an gratin, Poulet sauté Bourguignonne. - Grives rôties, Rémoulade de céleri. — Buisson d’écrevisses au vin du Rhin. — Dessert : fromage Camembert, miel de l’Hymette, Fruits et Gâteaux. — Café, Liqueurs : Rhum de la Jamaïque et veuve Amphoux. — Cigarettes russes au Dubèque aromatique (bureau spécial) ou de Havane (Régie); Cigares : Partagas et Cabanas (Grand-Hôtel). — Vins : Chablis Mouton; Grands ordinaires : Ile Verte (Médoc) 1870 et Moulin-à-Vent, Malaga G. Dôrr.
Le Chef de bouche chez Brébant.
Treizième feuillet.
Confiture de coco
Personne qui n’ait été une fois tenté de prendre aux étalages une noix de coco; et, achetée, n’ai su qu’en faire. Le fruit classique au loin, parmi les grenades, les oranges ou les ananas, demeure pour le Parisien à l’état de curiosité inutile : voici l’une des plus fines gourmandises des îles et des côtes, dont il devient l’ingrédient principal :
« Mettre 500 grammes de sucre et un demi-verre d’eau dans une bassine de cuivre; lorsqu’il est au petit cassé, jeter, en remuant avec une spatule en bois, 1 coco râpé dans le sucre. Mettre, quinze minutes après, 2 jaunes d’œufs et quelques gouttes d’eau froide dans une autre bassine; y verser le coco cuit en remuant toujours dans le même sens. Parfumez à la vanille, à la canelle ou à la fleur d’oranger; remettez au feu pendant cinq minutes, et, après avoir laissé refroidir pendant cinq autres minutes, versez dans un compotier et servez la confiture froide, accompagnée de gâteaux d 'arrow-root. »
(La noix de coco fraîche, provenant d’arrivages presque quotidiens, se vend, ainsi que les aromates ou les épices et le gâteau d 'arrow-root, au Buffet de dégustation des produits et des mets créoles ou orientaux, Boulevard Haussmann, 56 : y écrire, par exemple, de province.)
Tout inconnue, cette deuxième recette exotique est due, comme la première, à l’infatigable Propagateur déjà présenté par nous. Ajoutons que notre collaborateur est prêt à offrir, tout fait, à l’heure du lunch, ce régal, sur un simple billet du matin envoyé par nos Lectrices : tel qu’il le donne ici et tel qu’il le tient de
Zizi, bonne mulâtre de Surate.
Quatorzième et Quinzième feuillets.
Sirop pour guérir du rhume
Deux médecins, l’un allopathe, l’autre homéopathe appartiennent à la Rédaction; et ce ne sera pas une des
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moindres surprises montrées par le Journal que la double consultation signée de noms très-parisiens, qui s’offrira, en cas de mal régnant, aux adeptes de chacune de ces thérapeutiques, sur deux feuillets juxtaposés du Carnet d’Or.
Pas d’autre fléau, maintenant que l’hiver, saison des plaisirs et de quelques indispositions et de quelques bobos : inutile donc que paraisse, autre part qu’en soirée, la cravate blanche de l’un ou l’autre de nos docteurs.
Parlons, sans eux, du Rhume d’abord :
Si vous voulez, Madame dont la toux est légère ou très forte, ne pas troubler par ces accès la fête qui se donne dans trois jours, ou n’inquiéter pas à la maison votre entourage familier, prenez : Mousse de Corse (lichen gélatineux), Lichen d’Islande, racines et fleurs de Guimauve, Lierre terrestre, Capillaire, Coquelicots (au total, chez l’herboriste, la valeur de dix sols) ; jetez dans une bouilloire et versez beaucoup d’eau, faites bouillir et réduire, ajoutez un bon quart de sucre, et faites encore réduire, le temps que cela passe d’un état gélatineux à un état s(y)rupeux.
Vous retirez et versez, refroidi, ce sirop (couleur de mûre et au bon goût de plantes pectorales) dans le pot de votre cabaret de Saxe ou dans une fiole de Venise ou de Bohême : ici cesse mon ingérance.
Prendre une cuillerée à bouche de temps à autre, soit d’heure en heure.
Remède compliqué ? Non, simple : tandis que le rhume simple est souvent, lui, compliqué!
Onguent contre les engelures
Gardez du déjeuner les écailles de quelques huîtres.
Pourquoi ? pour les mettre au feu : pourquoi ? pour les faire chauffer à blanc : pourquoi ? pour en avoir la cendre.
Mêlez ce résidu mat et pulvérisé à de l’axonge ou du saindoux : c’est tout.
Étalez cet onguent sur l’enflure ou la plaie (ainsi qu’il sied, avec chiffon, etc.), comme tout à l’heure un jour, deux jours, trois jours; la guérison s’en suivra.
Voyageur, je notai (écrites, alors, qui sait ? et publiées, maintenant, à coup sûr pour la première fois) ces deux traditions populaires de pays, humide, la Hollande, froid, la Norvège.
Ordonnances, celle-ci et celle-là, de bonne femme? Certes; et que la digne personne qui me les dicta, expérimentées depuis des âges dans sa famille, aimerait à voir nommer ainsi : n’était un sentiment de respectueux souvenir qui m’impose de les signer à cause d’elle
Une Aïeule.
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NOUVELLE ET VERS
Note pour la bibliothèque : Poésie tirée d’un recueil publié à part : les Princesses avec un frontispice à l’eau-forte. Les dames qui n’auront pas l’habileté ou le bonheur de mettre quelque part la main sur ce volume de Théodore de Banville (malheureusement, pour elles! épuisé chez l’éditeur Lemerre, après une heure de vente) en retrouveront les vingt sonnets dans le prochain tome de l’œuvre du Maître (t. IV). — Nouvelle, à défaut d’un extrait donné par nous de l’un des deux grands romans O mp draille s-le- Tombeau-des-Lutteurs et l' Homme-à-la-Croix-aux-Bœufs dont l’apparition sera un des événements littéraires de l’hiver, prise aux Va-nu-pieds de notre collaborateur Léon Cladel : un autre livre que le succès a fait introuvable. Lue ainsi qu’il sied, cette page initie nos Lectrices à un monde étrange et peu connu d’elles, dont les personnages comportent une assez grande beauté pour devenir comme ici d’humbles et admirables symboles.