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III. — LES VOYAGES

(La ligne de Lyon, Paris a la Méditerranée)

Les premiers express chauffés sont depuis longtemps partis, emportant dans la buée chaude qui s’attache aux vitres de leurs compartiments et les voile, tout un peuple frileux, tranquille, enveloppé, inattentif aux paysages invisibles du parcours. Quitter Paris, arriver là où le ciel est pur, c’est leur songe; et ils n’ont pas le temps de le refaire une fois, après le coup de sifflet jeté du départ, que déjà ces noms éclatent, comme des paroles d’enchantement : Marseille, Toulon (et entre leurs deux hivernages d’adorables séjours peu dispendieux, dont La Ciotat et son Bec de l’Aigle, Saint-Cyr et sa baie des Lecques, Bandol, Ollioules !) Hyères et les Iles Saint- Raphaël, Antibes, Cannes, Nice, Monaco, Menton ou Saint- Remo...

Tous les voyageurs sont-ils des malades ? Non, pas plus que les promeneurs de l’été ne suivent un traitement au bord de la mer.

Une coutume, naissante et propre à nous faire renaître, que je ne saurais assez développer dans le monde de Lectrices riches et libres qui nous suit, consiste à quitter Paris, une fois ou deux ou trois même dans l’hiver, pour goûter quelques heures de soleil et d’azur. Une semaine au temps invariablement maussade, la fatigue chez elles, de plaisirs, ou, chez leurs maris, d’affaires : assez pour déterminer Monsieur et Madame à user d’une des faciles magies que

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la vie moderne met à la disposition de quiconque l’entend comme il sied. Changement de décors pour les yeux et pour l’âme, où se ranime la santé : quoi de plus extraordinaire, cela en quelques heures ou pour quelques louis ! Les listes de Déplacements et Villégiatures publiées par la presse mondaine nous initient à ce goût nouveau, appelé à déterminer une saison d'hiver pour les voyages, differente de celle d’été et faite de fugues brèves au jour choisi par les fugitifs.

Quant aux Nomades véritables, ils choisissent, pour leur absence d’une saison entière, des sites qui seraient véritablement lointains, si la rapidité du railvvay n’était continuée par celle des steamers : Alger, Le Caire, et tant de lieux bienfaisants de la Sicile aux Baléares.

Madère, l’île caressée par de tièdes courants, est, en 1874, le point d’émigration très-aristocratique.

La Ligne de Paris-Lyon-Méditerranée seule délivre des billets pour tous ces paradis.

CORRESPONDANCE AVEC LES ABONNÉES Avis

Mainte surprise prochaine a été annoncée par M. Marasquin dans son Résumé des Trois Mois précédents de la Dernière Mode : la première, c’est l’emploi, pour une Gazette de Toilettes et mondaine, de caractère elzévirien, réservé jusqu’ici à l’impression de livres luxueux et rares. Type des belles éditions d’autrefois subitement, comme la guipure et les bijoux anciens, revenu à la Mode, il faut pour l’accompagner, un papier d’autrefois : ce n’est pas à ce goût archaïque et répandu aujourd’hui que nous avons cédé seulement, en dotant le papier, fabriqué pour le texte, de sa teinte jaunie et spéciale, mais au désir que nos belles gravures noires jouissent d’un ton chaud et riche. Satins, velours et toutes les étoffes du soir, prennent là un chatoiement ou une profondeur, qu’une autre nuance, employée comme fond, serait inhabile à y apporter.

Paris, le 20 décembre 1S/4.

Mme de V..., à Rome : Très-vraie, chère Abonnée, votre observation, qui prouve que, si vous lisez le Courrier de Modes jusqu’à la dernière ligne, vous n’en commencez pas moins par la première. Mme de Ponty confesse que c’est en songeant à tout autre chose qu’elle a daté du lendemain de Noël un article écrit dans les premiers jours de décembre : il fallait bien, au lieu de 26, lire le 6. (Programme et Correspondance, sans parler du Frontispice, et tous les autres quantièmes épars dans la Livraison concouraient du reste,

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à indiquer cette rectification.) Merci. — MUe Marie de M. de Montf..., à... : Toutes nos félicitations, avant même que de répondre à votre charmante question, recevez-les, cordiales et souriantes, telles que je vous les adresse. Vous voulez, dites-vous, devoir votre Costume de Mariée à la Dernière Mode; notre publication ne vous doit-elle pas bon nombre de ses succès dans le groupe élégant de vos connaissances ? Jamais tâche ne m’a été plus douce que celle-ci : vous composer la toilette désirée. Je l’envoie, en trop peu de mots : Toilette de mariée en satin blanc, avec volants de crêpe lisse plissé à l’ongle, cachepoint en jais blanc, tunique-écharpe en satin blanc garni d’un volant comme ceux de la jupe. Nouée sur la traîne et l’un des pans retenu ensuite à la taille, cette tunique sera ravissante. Traîne de fleurs d’oranger, elles, partant de la ceinture et se terminant dans le nœud sur cette traîne. Corsage à basque ronde, très-longue devant et très-courte derrière. Fraise de gaze lisse entourée d’une guirlande de fleurs d’oranger. Ne pas croire, à la lecture de certains détails un peu différents de ce qu’annonce, comme la Mode prochaine, notre Courrier d’aujourd’hui, que rien soit ici démodé : les Costumes de Mariage, comme l’a dit un précédent Courrier, ne variant que les derniers et n’adoptant la Mode que consacrée. Quelque inconvenance, surtout loin comme vous l’êtes ! apparaîtrait même dans le désir manifesté par une Mariée d’arborer très-visiblement une mode à venir encore. — M. L. Van-...eck, à Bruxelles : La Toilette de Mlle Massin dans le Chemin de Damas, au Vaudeville, n’a jamais été décrite au Figaro, par le .Monsieur de V Orchestre, qui s’acquitte d’ordinaire à merveille de ce devoir. Vous avez raison, chère Madame, si notre mémoire est bonne : et, comme elle l’est, rappelons-nous ce que nous avons regardé à la Première représentation. C’était : robe de taffetas bleu céleste; des deux côtés de la jupe, ces ornements qu’on appelait autrefois des quilles (c’est-à-dire une longue bande descendant du haut en bas en s’élargissant par le bas) puis trois volants formant tablier en dentelle blanche brodée d’argent, surmontés d’une tête de velours noir découpé. Corsage cuirasse très décolleté. Toilette qu’on peut, à quelques changements près, reproduire, si l’on veut, toujours aussi charmante. — Mme ... à ... : Quoi! déjà des bals costumés à ... (vous voyez, chère Abonnée, que votre nom et celui du lieu que vous devez enchanter, sont par moi laissés en blanc, sur votre désir!) L’Opéra-Comique remplaçant en cela feu le grand Opéra (sans jeu de mot) a, seul, donné ici le signal du Carnaval : et ce n’est pas dans sa brillante cohue que j’ai à chercher rien pour vous. Pourquoi, les grands couturiers ne s’étant pas encore pour

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nos réunions mondaines transformés en costumiers, hésiter, dès aujourd’hui, à prendre un des ravissants Costumes usités dans les opérettes en vogue, Madame l'Archiduc, les Prés Saint-Gervais ? Judic et Paola Marié sont à voir autant qu’à entendre : voyez l’une, en sa robe princesse gris-perle de grosse faille, avec brandebourgs d’or : aux cheveux elle a un foulard rouge tordu à peu près dans la forme de la résille de figaro. Cela, signé : Grévin. A l’autre sied un costume de Grisette très-court et très-bouffant en soie toute ruchée vert herbe tendre, et rose cœur de rose-thé : les bas sont roses, brodés de coins d’or, et les souliers, verts haussés de talons roses. — Yvonne de K...aun, à P... : Dieu! que c’est gentil à vous, ma mignonne, de me venger des très-durs reproches, auxquels je crois, cependant, avoir répondu victorieusement dans mon Courrier de tout à l’heure. Trop de règles concernant l’habillement des enfants, me disait un trio de visiteuses; et vous m’écrivez, bonne grande sœur que vous êtes : Pas assez sur ce chapitre. Oui, je continue, pour vous; et voici ce par quoi le manque de place m’a empêché de terminer l’étude de l’autre jour. « Très-sobre de garnitures, l’habillement des fillettes de onze ans, choisi dans les étoffes de bure, les cheviottes et le velours : avec jupes portées jusqu’à la cheville, toujours unies, tuniques fort simples, terminées par rien autre qu’une triple piqûre, et extraordinairement par une tresse de laine ou de soie. Je veux la petite jaquette assortie au costume; elle se noue sur la poitrine à la faveur d’un joli nœud en faille à longs bouts, mais j’interdis tout à fait le dolman, oui! jusqu’à dix-sept ou dix-huit ans. Le chapeau rond : pas de Lamballe, cette forme délicieuse appartient à l’amie ou à la sœur aînée. Quant aux jeunes gens, ils prennent enfin le costume de la première communion immémorial, sauf le col : trèsjournalier et qui aujourd’hui sera plus que grand, rabattu, fuyant en arrière; avec, posé au-dessous, un nœud coquet à coques longues et tombantes. Boutonnée au cou, la veste ne laisse pas voir la chemise, si l’on ne veut commettre une faute contre le goût d’hier et d’avant-hier. » J’ajoute même, à l’intention de votre chère maman, qui vous a, m’apprenezvous avec une soumission de bon aloi, autorisée à écrire vous-même : « A dater de ce moment, quoique l’intervention en ait pu s’accuser par de la fourrure au bord des vêtements, des bas rayés et toute la fantaisie mise au service de fées ou de lutins qui ne sont pas encore des demoiselles ou des messieurs, nous livrons ce joli monde à la Mode. Une seule remarque, non un conseil, non une prière : mères, tout en menant votre fille chez la faiseuse, votre fils chez le tailleur, essayez que l’un et l’autre gardent la grâce transitoire de leur âge, et que l’adolescence soit longtemps l’enfance. »

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CONSEILS SUR L’ÉDUCATION

Outre les livres faits pour être avant tout des livres, il y a des volumes composés de lignes souvent parfaites que l’inspiration dissémina au long d’une existence : l’existence brisée, les lignes survivent recueillies par une pieuse sympathie. Tels les Journal, Pensées et Correspondance de Joséphine Sazerac de Limagne, morte en 1873. Cette âme, qui m’apparaît très-supérieure encore aux brefs fragments laissés par écrit de sa pensée, revient toutefois presqu’ entière aux yeux de quiconque les lit attentivement, non moins dans les blancs divisant le texte que dans le texte lui-même. Haute, noble et très-religieuse dans le sens le plus strict de ce mot, la figure de jeune fille avec laquelle on fait ici connaissance ne s’efface pas aisément de la mémoire, mais se rattache bientôt à plus d’un type de femmes de l’ancienne noblesse française. Excellente lecture que celle de ce recueil pendant les années qui suivent la première Communion; et dont plus d’une jeune fille remerciera l’auteur anonyme de la notice biographique, intéressante et même, par deux ou trois fois, éclatante.

Mmc DE P.

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