ACT AND DEED, HEAD AND CHIEF, MIRTH AND JOLLITY, STEEDES
and palfreys. Singulière figure que cet accouplement, consacrant par la sanction attribuable à des écrits (chefsd’œuvre et honneur de l’Anglais) la double origine de cette langue ; une des formes de style les plus exquises de la poésie anglaise moderne en provient, placer un nom entre deux adjectifs; car l’ancêtre magistral dont il est ici question a d’abord dit :
I see the woful day fatal corne
simplement afin que la fatalité s’attachant à ce jour frappât également, quelle que soit leur naissance, les uns et les autres parmi les admirateurs du vers.
Une expression, dont il a été fait usage à l’instant, n’a pu rester inaperçue de maint lecteur, l’Anglais du Roi; quel roi ? c’est le roi Édouard III et quel Anglais ? c’est l’Anglais, celui que parlera toute la société polie et aussi le peuple jusqu’au temps d’Élisabeth et du Théâtre anglais.
Quelques explications, relatives à l’apparition d’une langue nationale et stable, inaugurée par les derniers d’entre les chefs-d’œuvre littéraires dont on vient d’apercevoir des extraits, mènent à reprendre les choses à peine de plus haut. La traduction de la Bible par Wiclif et le Piers Plowman, deux œuvres importantes, fournissent surtout des spécimens des dialectes anciens : car des dialectes ont régné durant la confusion qui précéda l’Anglais tout comme en France, lors de la formation de notre langue. Quoique chaque localité, dans l’adhésion de plus en plus étroite du peuple à son parler indigène, universellement adoptât, pour mieux éluder le Français à la faveur du charme exercé par un jargon du crû, mille expressions de clocher, on peut ramener tout à de grands dialectes principaux, les deux que l’histoire de l’ Anglo-Saxon a toujours vus en présence l’un de l’autre : l’ancien Northumbrian, Englisc pur, et l’ancien Saxon de
LES MOTS ANGLAIS
l’Ouest, Wessex; entre quoi se fit jour le Mercien, produisant le Midland, parlé depuis lors dans les comtés à l’ouest de la chaîne du Pennie ainsi que vers l’Est, et dans tout le district du Midland avec la Tamise au Sud pour limite. Le Northern ou septentrional, c’est donc le patois des Lowlands d’Ecosse, des Northumberland, Durham et presque tout Yorkshire; le Southern, ou méridional, c’est îe patois parlé en Somersetshire, Gloucestershire, des portions du Herefordshire et du Worcestershire : car ce qui parut dialecte devint là, comme partout, patois, une fois la suprématie reconnue d’une langue. Tout son passé plus haut évoqué, il y aurait injustice à quitter le vieux langage du Nord, sans jeter aussi les yeux sur son avenir. L’Ecosse, au xve siècle, se fait royaume, événement historique qui redonne une vigueur à l’antique Northumbrian, maintenant l’Écossais : un poète comme toujours apparaît, sacrant l’Écossais, Dumbar. Animé du feu lyrique des premiers hymnes, avec sa chanson Burns et Walter-Scott dans maint dialogue qui interrompt la langue de ses romans, rajeunissent la vieille gloire de leur patois natal. Digression que ceci; non, car insister sur le caractère taciturne et patriote des dialectes, hostiles à tout mélange avec l’idiome imposé par le continent, c’est montrer la cause d’un fait considérable : le retour aux traditions et au vestige du langage indigène, avec la naissance de l’Anglais du Roi. Sous Henri III, au moment du triomphe des barons, ces chefs, anxieux d’expliquer au peuple leur conduite, ne trouvent rien de mieux pour se faire comprendre, que l’emploi du parler vulgaire jadis méprisé d’eux. Henri III, lui-même à plusieurs comtés d’Angleterre adresse une proclamation en Anglais à dessein entaché de provincialisme en 1258. Quatre-vingt-dix ans plus tard, ce n’est toutefois pas avant 1362 que, par un édit exprès, l’Anglais se trouve officiellement promulgué. Comme un langage vivant tout organisé et tout cultivé ne peut, cependant, plaire à un Parlement et surgir! il sied (ainsi que je l’ai fait) de rapporter, autant qu’à cet acte royal servant de sanction, l’existence, durable et neuve, de l’Anglais du Roi au prince de la langue, Chaucer.
Shakespeare, Milton, Shelley et Byron et tant de merveilleux prosateurs, voilà des génies qui se sont, à travers les siècles, transmis le trésor double du langage ici étudié; sans qu’aucun de ces maîtres n’ait tenté par un patriotisme mal entendu, de séparer dans la langue l’élément barbare de l’élément classique, c’est-à-dire français : tous tirant des effets très beaux de l’indissoluble hymen qui a fait de l’Anglais le plus singulier et l’un des plus riches d’entre les idiomes modernes. Le vieux parler de la métropole a
LES MOTS ANGLAIS
traversé l’Océan; et il refleurit sur le nouveau continent, aux mêmes conditions toujours, soit qu’il s’y adapte à la pensée d’un Poe ou d’un Whitman : nulle tentative sérieuse, au loin non plus, de secouer une origine indéniable, mais quelque propension là à effacer dans l’orthographe, la trace française, pour ne laisser en face l’une de l’autre que l’influence anglo-saxonne et l’influence grecque et latine. A quoi bon contredire des annales certaines!
Annoncé dans les Préliminaires, le troisième cas de formation linguistique, ni artificiel, ni naturel absolument, vous l’avez vu : celui d’une langue quasi faite versée dans une langue presque faite, un mélange parfait s’opérant entre les deux. Quelle différence avec les lentes dégradations subies par un seul idiome dont le rameau donne pendant les siècles deux fruits, par exemple ceux-ci, le Latin et le Français; non moindre, cependant, qu’avec l’opération factice qui, chez nous, a mûri aux fourneaux d’une alchimie savante des vocables tout entiers évoqués : rien de tel. La greffe seule peut offrir une image qui représente le phénomène nouveau; oui, du Français s’est enté sur de l’Anglais : et les deux plantes ont, toute hésitation passée, produit sur une même tige une fraternelle et magnifique végétation.
Que ce fait se manifeste toujours mais à un degré différent, soit : et le Grec a mêlé de ses mots au Latin; et d’un parler germanique, nous-mêmes, puis de l’Espagnol et de l’Italien en grand nombre, avons reçu maint vocable à peine distinct aujourd’hui du fond de notre langue. Dans chacun de ces cas il n’y a eu qu’accident; au lieu que pas d’Anglais sans Français, Philologues demandez-le aux Littérateurs; ce caractère, nouveau dans les annales du Langage et particulier à un idiome il en sera tenu compte quand viendra l’instant de juger l’Anglais, c’est-à-dire, les trois Livres de la présente Philologie épuisés, dans la Conclusion, à laquelle se rattache par ce trait l’Introduction.
LES MOTS ANGLAIS