‹ OEuvres complètesChapitre 300 sur 655 · LIVRE PREMIER Élément gothique ou Anglo-Saxon Aperçu · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER Élément gothique ou Anglo-Saxon Aperçu

Analyser le double élément jusque maintenant entrevu de l’Anglais, ce semble, avant tout, la tâche par quoi, commencer. Au premier coup-d’œil et sans l’initiation historique (car cette dernière n’a vraiment eu d’autre but que d’habituer le Lecteur aux sujets traités par les trois livres de la Philologie mais strictement pourrait ne point y apparaître) se reconnaît l’un et l’autre des langages, maintenant si admirablement mêlés ensemble. Quelques erreurs, cependant, attendent le novice; ou ceci dit quelques surprises. Sans parler de mots, anglais d’apparence (à jurer qu’ils le sont) mais d’origine française, il y a une autre classe de vocables ayant tout l’air de nous appartenir, tels que block qui serait bloc, blue, bleu, brand, brand {on), to hail (saluer), héler, to hap (advenir), happer, to mark, marquer, to roll, rouler, to roast, rôtir, etc. Point; l’Anglais et nous, les avons pris à une source commune, celle germanique, qui ne laisse pas que de fournir au Français un vocabulaire assez nombreux : ce sont les mêmes mots indéniablement, mais surgis, chacun par sa propre vertu, dans deux langues destinées à s’unir. Cette observation faite, oui, l’on peut (à quelques exceptions près) discerner au regard seul le trésor original de l’Anglais. Des mots courts ordinairement, riches en consonnes et en diphtongues disposées autrement que dans les langues néo-latines; que ces termes appartiennent au fonds anglo-saxon constitutif de la langue, aux rameaux collatéraux, danois ou irlandais, écossais, hollandais ou flamand; enfin aux dialectes anciens de l’intérieur, dont l’Écossais. Semblable diversité de provenance ne peut recevoir de sanction dans une dissertation aussi rapide que la précédente; et chaque fois qu’il sera dressé un tableau de vocables avant tout certainement germaniques, ce sera sans aucune distinction faite entre ces frères d’aujourd’hui, d’hier, ou d’avant-hier. Le dépôt celte ne laisse pas que d’éparpiller beaucoup de sa vieille abondance ici et là : à cause de ce fait d’abord, que des mots celtes se sont si parfaitement amalgamés à l’Anglo- Saxon, qu’ils roulent perdus dans l’ensemble de cette vaste couche, ou tout au moins pareils au reste. La création linguistique, où je cherche à retrouver un ordre mystérieux.

consistant en le passage de l’Anglo-Saxon à l’Anglais, sans qu’il soit tenu compte, dans ce Livre tout spécial, de l’ingérence française, on ne peut me demander autre chose à présent que de reconnaître strictement ceux des mots anglosaxons qui ont passé tels quels à l’Anglais, abolis et en dehors de la formation régulière. Un tel phénomène éclate, oui, dans la composition des mots, parce que l’une des moitiés ou toutes les deux, groupées de longue date en un agglomérat spécial, ne s’en sont jamais détachées pour circuler librement dans la langue : ainsi que, dans mistletoe, le gui, mistle et toe, anglo-saxons, dénués d’analogues dans l’Anglais. Turnip, navet, c’est to turn, tourner d’où rond, puis n cepe un navet; rather, plutôt est un comparatif jadis en or de rath, tôt; et viennent behest, to ransack, peddle et wedlock, etc., etc., dans lesquels le causeur anglais lui-même, s’il n’a fait d’études rétrospectives, ne reconnaît ni hest, ordre, ni ran, pillage (joint à to seek) ; ni ped, panier, ni loc:k, cadeau, etc. Qui songe que Nightingale, le rossignol, n’est anglais que dans sa première moitié; la seconde signifiant de nos jours brise, mais n’étant pas ce mot : car pourquoi appeler brise de la nuit, celui qui en est le chantre, sens que traduit en Saxon gale, vocable fourvoyé. Tout ceci (malgré qu’il n’y ait en jeu que singularité de quelques cas) je l’explique pour remplir le Lecteur de prudence : qualité qui, dans la philologie, doit équilibrer ce don non moins utile, une vive perspicacité. V oir, oui ; et réfléchir, très bien.

Mots Simples et Mots Composés : à peine quelques recherches ont-elles surgi, avec des exemples même rares, que cette division fondamentale entre les vocables apparaît à l’étudiant, qui se voit en face de toute une portion de langage à analyser; elle offre une lueur de classification. Les éléments traités ici avant un ensemble, dessin naturel que suit une méthode : mais encore faut-il discerner de cet ensemble ces éléments. Tout élément enfin est-il pur, et tout groupe complet ? point, en philologie; car ce qu’on appelle du nom de radical (plutôt que racine ou que thème), se trouve fréquemment contenir des vestiges d’adjonction étrangère; or ces fragments se révéleront suffisamment à l’œil, pour qu’on les classe dans un paragraphe. Voilà pourquoi, entre l’étude des Mots Simples et de la Composition des Mots, celle des Affixes; qu’ils ouvrent, Préfixes, le vocable, ou Suffixes, le ferment : et, parmi ces affixes, certains montrent encore une si frêle ténuité, vague, évanouie, qu’on les considérera plutôt comme de légères touches appliquées au mot pour l’éclairer ici ou là, que comme une de ses portions significatives.

La division suivante du Livre actuel intitulé : Élément

LES MOTS ANGLAIS

Gothique ou Anglo-Saxon, s’impose donc au Lecteur : MOTS SIMPLES avec la DÉRIVATION DES MOTS ENTRE EUX (c’est cet échange d’imperceptibles différences fait pour les distinguer) ; puis compositions des mots, en passant par les affixes qui se rattachent un peu à la Dérivation et beaucoup à la Composition.

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