CHAPITRE PREMIER
Mots simples et dérivation.
§ 1. Familles de vocables et mots isolés.
Relativement aux mots de terroir, c’est-à-dire aux vocables issus, pour l’Anglais actuel, du seul Anglo-Saxon; qu’y a-t-il à faire, après les citer ? Toute distinction à noter, entre des traces antérieures dans la langue qui vécut jusqu’à la Conquête et se transforma depuis, représente de prime abord à vos yeux quelque chose d’intéressant, mais de spécial comme un caprice historique. Le profit ? connaîtrez-vous mieux l’Anglais pour cela : plus tard, soit; mais ce dont il sied de se rendre compte, à présent, me paraît le rapport qui existe entre le sens des mots que je vais croire inconnu de vous, et leur configuration extérieure : et si quelqu’un de ces rapports concerne plusieurs vocables. Citer, disais-je tout-à-l’heure; je dis maintenant grouper et éliminer. Tous les mots d’une langue ne sont pas au nombre de deux ou de trois; mais non plus peut-être de mille et mille. Ceux de même famille, pourquoi ne pas les considérer ensemble; et d’autres, solitaires, les discerner un à un quand ils présentent quelque curiosité ? Captivante autant qu’utile, certes, voici l’unique investigation; mais l’esprit admet plus d’une réflexion préliminaire...
Tâche grave, il ne faut point se le dissimuler : si tous les mots du vocabulaire originel venaient ici s’assembler (car tous ont plus ou moins, peut-être, un lien de parenté vague qui les unit) ou si ce groupement donnait beaucoup moins qu’il ne semble d’abord promettre ! La vérité se trouve entre ces deux suppositions extrêmes : non, l’on n’aura pas simplement à rapprocher les uns des autres, dans un ordre différent, tous les vocables que sépare l’arrangement alphabétique du Dictionnaire; oui, le nombre en sera, après l’opération faite avec sagacité, en quelque sorte restreint. Pourquoi : parce qu’autant que possible il faut que la parenté visible de ces termes ne soit pas située bien au delà de leur état contemporain, celui de mots anglais; et que, d’un autre côté, quand plusieurs qui se sont quelque peu différenciés à leur venue en la langue longtemps ne firent qu’un aupa-
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ravant, ce serait pédantisme pur que ne pas les assembler selon leur passé véritable. Toute à l’appréciation judicieuse du Lecteur s’offre cette classification, faite ou mieux tentée, je crois, pour la première fois ici; et qu’il pourra, plus tard, remanier, lui, à son gré : faisant passer tel mot des Isolés aux Familles, ou dégageant l’une d’entpe celles-ci d’un arrièrecousin qui n’est qu’un parasite, et redressant les faiblesses et comblant les oublis. Un excellent exercice s’offre là aux étudiants désireux d’acquérir quelque sagacité en Philologie : mais tout porte à supposer qu’il ne contrariera pas du tout au tout la disposition des présentes Tables. Ce qu’on nomme du jeu, il en faut, dans une mesure raisonnable, pour réussir quelque chose comme ce travail complexe et simple : trop de rigueur aboutissant à transgresser, plutôt que des lois, mille intentions certaines et mystérieuses du langage. Quelle plus charmante trouvaille, par exemple, et faite même pour compenser mainte déception, que ce lien reconnu entre des mots comme house, la maison, et husband, le mari qui en est le chef; entre loaf, un pain, et lord, un seigneur, sa fonction étant de le distribuer; entre spur, éperon, et to spurn, mépriser; to glow, briller, et blood, le sang; well! bien, et wealth, la- richesse ou encore thrash, l'aire à battre le grain, et threshold, le seuil, tassé ou uni comme un dallage ? Venus de plus loin se rencontrer, même de trop loin, soit! certains vocables ne montrent pas cette conformité d’impression; mais alors comme une dissonance. Le revirement dans la signification peut devenir absolu au point, cependant, d’intéresser à l’égal d’une analogie véritable : c’est ainsi que heavy semble se débarrasser tout-à-coup du sens de lourdeur qu’il marque, pour fournir heaven, le ciel, haut et subtil, considéré en tant que séjour spirituel. Que nul ne se rebute devant l’apparente aridité des mots techniques qu’admettent fréquemment les Familles, exprimant des opérations ou des instruments en rapport avec les métiers nombreux. Termes quotidiens et populaires et de souvenir touchant, il sied de leur rendre honneur : quoique vous ayez pu vous attendre à trouver à leur place des vocables d’un sens général et synthétique (ceux-ci, l’âme même du langage, perdus entre les Isolés). Remarquer ce fait que les mots les moins usités servent souvent de conducteurs, inattendus et précieux, entre une double acception distante de deux termes considérables.
Le sens, certes, et le son, habilement essayés l’un à l’autre, voilà le double indice guidant le Philologue dans le classement familial. Sans s’aventurer jusqu’à réunir dry et thirst, offrant une relation dans l’idée, mais presque pas en la forme, on doit ne pas rapporter to mow , faucher, à mow, meule, où s’accordent l’esprit et la lettre, parce que celui-ci
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vient d’un mot qui veut dire tas et celui-là d’un mot qui indique couper : mais la filiation de vocables n’offrant qu’une analogie tout extérieure est principalement à éviter. Le Mot, dans sa personnalité si difficile à reconnaître, il faut en revenir à cela : quoique la Famille en compte de très divers, mais qui, tous, gravitent autour de quelque chose de commun. Simplement ne pas croire, en lisant un groupe, que les différents vocables rapprochés viennent fatalement les uns des autres; cela se peut faire, mais antérieurement à l’Anglais et ne vous préoccupe donc pas.
Un lien, si parfait entre la signification et la forme d’un mot qu’il ne semble causer qu’une impression, celle de sa réussite, à l’esprit et à l’oreille, c’est fréquent; mais surtout dans ce qu’on appelle les onomatopées. Le croirait-on : ces mots, admirables et tout d’une venue, se trouvent, relativement aux autres de la langue (exceptons ceux comme to Write, écrire, imité du bruissement de la plume dès le Gothique writh), dans un état d’infériorité. Pourquoi : faute de titres nobiliaires et immémoriaux; après plusieurs siècles d’existence, de tels vocables, qui ne sont point d’une race quelconque, paraissent nés d’hier. Vos origines ? leur demande-t-on ; et ils ne montrent que leur, justesse : il faut ne pas les humilier, cependant, car ils perpétuent dans nos idiomes, un procédé de création qui fut peut-être le premier de tous. Ces tard-venus causent, à qui veut distribuer une langue en familles, quelque embarras : car de fait ils n’appartiennent à aucune Famille. Historiquement, c’est vrai; logiquement, point cependant : et voici pourquoi les autres vocables montrent, eux aussi, plus d’une analogie du sens à la forme. Si de tels rapports que ceux fournis par un alphabet unique et des milliers de significations offrent nécessairement entre eux certaine similitude, à plus forte raison avec un mot juste, issu tout fait de l’instinct du peuple même qui parle la langue. Quelques onomatopées se trouveront donc presque toujours rangées ici dans les Familles; rarement dans les Mots Isolés, car peu existent sans quelque liaison ici ou là : la liaison se fera attache. A moins toutefois que ces inventions de la parole (quelquefois contemporaine) ne revêtent un caractère exceptionnel comme to fillip, frapper de l’ongle, to giggle, étouffer de rire, to mumble, marmotter, etc., etc., ceux comme hurly-burly, brouhaha, etc., ou des interjections tut! pshaw! bah! et chut! dont je préfère me débarrasser tout de suite.
La stricte observance des principes de la linguistique contemporaine cédera-t-elle devant ce que nous appelons le point de vue littéraire, ou de la langue une fois cultivée; rien, à proprement parler, de semblable ici : qu’il s’agit de l’âme même de l’Anglais. Notre classification quelquefois s’étend
fort loin ; mais elle se perdrait et s’effacerait, admis tels et tels secrets (banals pour quiconque écrit l’Anglais). Au poëte ou même au prosateur savant, il appartiendra, par un instinct supérieur et libre, de rapprocher des termes unis avec d’autant plus de bonheur pour concourir au charme et à la musique du langage, qu’ils arriveront comme de lointains plus fortuits : c’est là ce procédé, inhérent au génie septentrional et dont tant de vers célèbres nous montrent tant d’exemples, I’allitération. Pareil effort magistral de l’Imagination désireuse, non seulement de se satisfaire par le symbole éclatant dans les spectacles du monde, mais d’établir un lien entre ceux-ci et la parole chargée de les exprimer, touche à l’un des mystères sacrés ou périlleux du Langage; et qu’il sera prudent d’analyser seulement le jour où la Science, possédant le vaste répertoire des idiomes jamais parlés sur la terre, écrira l’histoire des lettres de l’alphabet à travers tous les âges et quelle était presque leur absolue signification, tantôt devinée, tantôt méconnue par les hommes, créateurs des mots : mais il n’y aura plus, dans ce temps, ni Science pour résumer cela, ni personne pour le dire. Chimère, contentons-nous, à présent, des lueurs que jettent à ce sujet des écrivains magnifiques : oui, sneer est un mauvais sourire et snake un animal pervers, le serpent, SN impressionne donc un lecteur de l’Anglais comme un sinistre digramme, sauf toutefois dans snow, neige, etc. Fly, vol ? to flow, couler ? mais quoi de moins essorant et fluide que ce mot flat, plat. Des analogies de ce genre que l’étudiant, ambitieux de se livrer plus tard à la culture littéraire de l’Anglais, saisira dans les familles de Mots, comme dans les Mots Isolés, qu’il les confie à ses souvenirs : et attende; maintenant il ne fait autre chose sinon de considérer les lettres, sous lesquelles viennent se ranger des groupes de vocables, comme des initiales patronymiques. Que pour rompre par quelque causerie une liste, monotone à qui doit la parcourir, ainsi que pour relier entre elles deux classes de mots fournis contenus dans chaque série, tantôt apparaisse ici une tentative d’expliquer par la Consonne dominante la Signification de plus d’un vocable : c’est là un recueil de notes, fournies par l’observation, utiles à quelques efforts de la Science, mais ne relevant pas d’elle encore. Noblement distraits tout à l’heure par une des beautés du style, revenez à notre investigation modeste. Les mots, qu’ici l’on appelle Isolés, paraissent offrir un intérêt moindre que ceux apparentés : naturellement; il est toutefois à constater que certains des plus importants du Langage se trouvent dans le nombre, et que le lien qui les peut unir à d’autres vocables habituels au Lecteur, ceux grecs et latins, vu déjà dans les familles, se présente d’une façon plus fré-
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quente et plus suivie, non qu’il en soit ainsi de fait, mais par notre velléité seule d’illustrer de quelque façon une nomenclature un peu sèche. Un point à établir relativement à ces rappels classiques, que je vous donne ici comme fortuits, si vous le voulez, avant qu’il n’en soit inféré quelque conclusion importante à la fin des dernières pages de cette Philologie : c’est que des mots de même Famille en Anglais peuvent avoir pour corrélatifs en Latin et en Grec des vocables que n’alliait dans ces langues ni leur son ni leur sens; et le contraire, ou que le même mot latin, grec, et ses analogues làbas viennent ici s’inscrire loin les uns des autres, dans des groupes fort différents. Loin de rechercher les liaisons très lointaines, je les évite; et ne donne point lingua à la suite de to lick et de tongue, quoiqu’il les unisse dans une certaine mesure : ni xeqjaXï] près de head, parce qu’il me faudrait passer par kaupt, tête, en Allemand. Gardez-vous bien surtout (je parle, non à l’un de mes Lecteurs, trop faits déjà aux habitudes des Philologues pour que cette recommandation les atteigne, mais à quiconque ouvre par hasard ce volume) oui, de vous figurer que l’apparition à certaines lignes ici de mots grecs et de mots latins implique en quoi que ce soit le fait que les mots anglais accolés en descendent. Nul rapport historique, dans l’Anglais (du moins) et c’est à une origine commune immémoriale qu’il faut demander la raison de ressemblances autorisant un rapprochement.
Observations a la Table.
Familles de vocables donc, et mots isolés : voilà notre classification des mots simples. Grouper le tout, en allant de la forme ou d’une notion relativement simples à telles autres effacées ou complexes, apparaît comme l’étude la plus intéressante et aussi la plus productive qu’on puisse faire du vocabulaire originel de l’Anglais : enfin l’isolement même des vocables réfractaires au groupe les signale d’une façon notoire. Rien de plus pratique; ni qui soit mieux d’accord avec la théorie d’un Langage, ou avec la mnémotechnie intelligente. Séparés après s’être souvent rejoints depuis une origine commune, ces mots arrivent à se rejoindre une fois de plus, grâce à votre réflexion, dans un état du Langage, considéré avec ordre : l’Anglais s’embellit à l’esprit.
Cette table est dressée, pour ce qu’on peut appeler les mots régulateurs, ou ceux inscrits en marge, d’après la première de leurs lettres : quant aux vocables alliés, le plus ou moins de ressemblance entre le sens et le son cause leur éloignement ou le rapprochement autant qu’il y a lieu. L’ordre suivi est autre que celui du Dictionnaire, on y reconnaîtra la distribution en labiales, gutturales, dentales, liquides,
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sifflantes et aspirées, non par un emprunt fait à l’appareil scientifique, mais peut-être à cause de rapports entre la signification totale et la lettre : qui, s’ils existent, ne le font qu’en vertu de l’emploi spécial, dans un mot, de tels ou tels des organes de la parole.
Plus d’une critique visera la traduction en Français de ce vocabulaire : parfois donnant le sens primitif et à présent le moins usité ou fondant dans une stricte généralité mille nuances quotidiennes; c’était à faire. Un cas fréquent même c’est, afin de rattacher un mot connu à quelque parent très éloigné, qu’on ne montre de la signification de celui-là qu’une nuance presque accessoire.