PAR LES TERMINAISONS
Le changement devait d’abord porter sur les sons français que ne possède pas l’Anglais, au nombre desquels la voyelle u, telle que nous la prononçons, occupe la première place.
U, lorsque cette lettre n’adopte pas purement et simplement une intonation anglaise, comme dans dû, qui fait due (pr. diou), devient EW ; ex. mu(er), to mew, vue, view, etc. : orthographe déjà présentée par le mot Saxon d’origine, new, nouveau.
(Le son vocal U Y devient O Y (pr. oï) dans to annoy, d’ennuyer, certes; mais il se trouve que, contrairement, angoisse donne anguish).
01, ne fait pas El, comme on serait tenté de le croire d’abord : car il sera montré plus loin que certains mots anglais, en El ou AI, viennent de vieux vocables français, ainsi écrits; il devient OY (pr. toujours oï) comme dans joy, joie, OO, comme dans to choose, de choisir, et même EA, comme dans pea, de pois, prenant mille formes pour éviter notre diphthongue si française à laquelle l’Anglais
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est rebelle. Manor et mirror pour manoir et miroir, parlour pour parloir, où il s’agit de terminaisons, trouvent une place tout exceptionnelle au nombre de ces exemples.
Mais c’est devant ce qu’on appelle à juste titre Voyelles Nasales, que se montre nécessairement l’embarras de l’Anglais, qui jamais ne nasalise. Un tel jeu de la voix inconnu d’une phonétique, n’y a-t-il pas un moyen bien simple à elle d’en éviter l’émission : c’est de le décomposer ? EN ou EM, le son existe, décomposé dans l’Anglais; et de deux choses l’une : ou cette langue le prononcera suivant son mode, ex. to enter (enn...) entrer, hemp (emm...) chanvre; ou, dans les terminaisons, elle l’assourdira, ne laissant de valeur presque qu’à la consonne. Ainsi pour IN ou IM qui, par la sonorité même de l’Anglais, donne dans le corps des mots une syllabe que nous prononcerions à la latine, et, en terminaisons, se développe à la faveur d’un E muet; ex. engin, engine; magasin, magazine; tambourin, tambourine; utérin, uterine; tandis que parfois origine s’abrégera en origin et terrine s’allongera en tureen.
Une des singularités qui s’attachent encore à ces sons nasals, c’est l’interpolation des voyelles : pourquoi cendre fait-il cinder, et frange fringe, et banc bench, rampart rempart : atténuation presque régulière de l’éclat vocal alors que s’évanouit la stabilité, neutre et grave, que lui confère une M ou une N.
Rien de plus anglais que ce son UN, dont l’émission garde quelque chose de notre nasalisme tout en détachant très nettement VN : empruntez aux tables des Familles ou des Mots Isolés saxons bun, un beignet; to run, courir; sun, le soleil. Toutefois, ce fait singulier a lieu que notre UN ne revêt presque point la forme équivalente anglaise, qui paraît prête à le recevoir; et se déforme, dans commun en ON, common, dans brun en OWN, brown, dans parfum en U prononcé iou à la faveur d’un E muet perfume.
Régulièrement, avec des ressources parallèles trouvées dans son propre fonds, ou comme par le hasard de nuances diverses, l’Anglais vient à bout de trois d’entre les cinq voyelles nasales, mais hésite à prendre avec les deux autres semblable liberté. AN et ON, ces sons si particulièrement français, lui semblent, en effet, deux agrégats que rien ne peut imiter. AN, n’est-ce pas, cependant, un son (et que dis-je ? un mot) anglais; ON aussi : et pas d’opération plus simple à première vue que de prononcer tout bonnement comme chez soi. Non; une certaine fixité spéciale apparaît ici, toute à mobiliser, l’A et l’N, l’O et l’N semblant comme se disjoindre avec peine pour se radapter aussitôt. Un U s’intercalera et déjà nous n’avons plus de voyelles nasales; mais ces diphthongues nasales, moins homogènes, moins
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cohésives, moins absolues : AUNT, OUNT. Voyez avaunt,
GAUNTLET, HAUNCH, HAUNT, TO LAUNCH (de lancer ) ; TAUNT
(de tancer ) ; tawny (de tan, fauve) ; to vaunt (se vanter) ; etc. Ainsi, to announce, to bound ( bondir ) ; bounty, country counter (part) ; to found (fonder) ; mount, ounce, profound, counter (rencontre)', to renounce; etc. Renom fait renown, un W remplaçant VU; et quant à frontier (frontière), il est presque seul à demeurer. Telle, cette véritable corruption, dans leur matière, de deux des plus beaux sons de notre langue, dissous par l’introduction habile d’une lettre. Ceci généralement à l’intérieur des mots : AN, en terminaison, précédé d’un D, comme dans errand, commission, ou d’un T, ainsi que dans fragrant, embaumé, se prononce tout bonnement à l’anglaise, c’est-àdire A du nez et N avec le D ou le T isolés; quant à ON final, il ne subit de défaite qu’après avoir vu sa voyelle dûment doublée en diphthongue, ce qui procède fort, à vrai dire, du traitement employé tout-à-l’heure. Regardez balloon, buffoon (bouffon) ; cartoon, dragoon (le dragon militaire) ; festoon, galloon, harpoon, macaroon, maroon (la couleur et le nègre fugitif) ; moussoon (mousson, le vent) ; mousçhjetoon, pantai.oon, platoon (peloton militaire) ; poltroon, pontoon, QUADROON (un quarteron) ; saloon; etc. L’habitude française d’accentuer de la voix la dernière syllabe se montre visiblement la cause de cette réduplication : seul, griffin, pour griffon, où toute l’attaque porte sur le commencement, ne suffit pas à démentir cette assertion.
Pas de consonne française, ou même de geste vocal plus complexe, que ne figure, à la faveur d’une lettre ou de plusieurs, l’Anglais : sauf L mouillée. Altérer l’émission d’un grand nombre de nos vocables, en y prononçant les deux LL comme une seule qui, elle-même, reprend son articulation ordinaire ? faux-fuyant trop aisé : car si notre cas consiste en la modulation d’un / invisible et très faible après VL simple ou double, c’est que ladite lettre apparaît toujours écrite avant. Lire éventa-i-l, ve-i-Ile, fam-i-lle et dépou-i-lle. Trois solutions s’offrent à un organisme étranger rebelle : de faire disparaître cet I, comme dans apparel, corbel, counsel et marvel, pour E; et mall (un mail), medal, portal, rascal (coquin, de racaille), represal, avec A : ou de lui faire rejoindre, en formant une diphthongue, la voyelle précédente, comme detail, entrails, etc. (prononcez ai-1). Que si une langue cède et se plie à imiter l’autre, ce sera, précisément, en déplaçant le même i d’avant après, c’est-à-dire en figurant notre prononciation, ainsi qu’elle a été plus haut analysée : MEDALLION, PALLIASSE (une paillasse), PAVILION, VALIANT
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et vermilion. Indifférence complète, dans ce traitement, au nombre d’L, là ou chez nous ; la question portant où je l'ai placée, sur I. Toutefois, on pourrait dire, au détriment de l’E muet des terminaisons et toujours au bénéfice de cet I fondamental, que celui-ci nécessairement gardé et celui-là disparu parfois, IL , simple, ne demeure point sans quelque réminiscence de son mouillé; ex. lentil, pastil, moril, pupil (avec le sens ordinaire d’élève), etc. A ces sons très nets, assimilez ceux plus complexes de to cuil pour cueillir, ou de foil pour feuille (du clinquant) : or, ce n’est pas à l’intégralité d’U et d’O juxtaposés à I pour former un alliage douteux, que nous devrons que le son se mouille, non, mais bien au maintien à’ IL entier; écoutez to boil et to broil, bouillir et brouiller ou d’autre part patrol, une patrouille, ou même to growl, grouiller.
Notre digramme GJV, quand, entre la voyelle après laquelle il est placé et lui, poind ce mystérieux I de tout-àl’heure, offre bien plutôt, par cela même, le caractère d’un son mouillé; s’il est seul, du reste, rien d’autre n’a lieu. Ainsi le prescrit l’Anglais, habitué chez lui à joindre purement et simplement ces deux consonnes en une double, au point qu’il les transpose, pour arriver à ce résultat, dans les participes présents et tous les mots en ING, comme thing et singing (pr. thign et signingn) : et s’il hésite devant sign, un signe, et ne prononce pas, le voici qui se décide à adopter le moyen d’imitation fondé sur un fait, que l’on a relevé déjà, c’est dans minion, pour mignon, trqnion, pour trognon, onion pour oignon, poniard, pour poignard. Exception, pareille aussi à l’une de celles rencontrées plus haut, to frown, se ( ren)frogner ; sans compter qu’à la fin des mots, AGNE, peut disparaître, oui, ex. mountain, de montagne, mais demeurer, ex. campaign (militaire) et champaign, le champagne.
Le rapprochement en une seule lettre de nos son purs T et CH doux, D et G doux ou J, si fréquente dans l’Anglais, n’appartient d’aucune façon au Français. Quoique possédant à part chacun de ces éléments, le T et le D, certes, et aussi un SH qui équivaut presque à notre CH doux, l’Anglais traduit néanmoins celui-ci par sa consonnance double; et, bien plus, inscrit le t comme dans un de ses mots quelconque, catch : et de boucher, il fait butcher, de crochet crotcher, de dépêche dispatch, de hacher to hatch, ou de huche itutch, etc. Pour notre G doux, que ne rend pas, dans sa simplicité, le J de jam (pr. djamm), vous le voyez néanmoins ainsi au commencement des mots, ex. jay pour geai, jest pour geste (des Chansons), jig pour gigue, etc.; et, souvent, à la fin des mots, s’inscrit le D prononcé, comme dans judge, juge, qui fournit à lui seul un exemple des deux
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cas, ou lodge, loge. S’agit-il de terminaisons, le plus souvent, toutefois, l’orthographe ne change pas : et de même qu’on a âge (pr. edje) âge, c’est-à-dire le G équivalent au J (cas exceptionnel étendu à un certain nombre d’importations françaises), on a encore charm, de charme, qui se prononce comme dans chap; et couch, comme dans much.
Ces sons (auxquels l’Anglais ne trouve point d’équivalents) une fois considérés ici, peut-être y aurait-il quelque sagacité à rechercher tout cas contraire : ou simplement s’il existe quelque articulation tout à fait anglaise, demandant d’autres efforts vocaux que ceux requis par notre alphabet; oui, TH, par exemple. Je m’attends que, porté à émettre ce son que le Grec posséda, l’Anglais en ait doté tels et tels de nos vocables : point ; et tout bien compté, ne vois guère qu’un mot d’origine classique, et le dérivé de celui-ci, ayant étrangement accepté ce cachet tout saxon, author, avec authority, d’AUCTOR et auctoritatem latins plutôt que d’auteur et d’autorité français.
U, dans les voyelles, 01, dans les diphtongues, les sons nasals et les sons mouillés (faits de toutes les voyelles et des consonnes M et N, ceux-ci; et ceux-là de la voyelle /, écrite ou prononcée, et des consonnes L simple et double) ; et G N dans les consonnes pures, enfin, notre G doux détaché d’aucun D initial et notre CH doux, très guttural, que s’est complu à ne pas traduire le SH, très palatal : voilà, en résumé, les cas spéciaux français que l’Anglais avait à tourner ou à affronter. La métamorphose de ces sons, dans les mots importés d’une langue à l’autre, se prévoyait et l’analyse à bon droit en rend compte : il y a, toutefois, des altérations plus gratuites qu’expliquera quelque détail purement historique ou constatera le hasard, c’est-à-dire une complexité vaste ou trop minutieuse de faits pour l’observation rapide.
Aucune Loi de Permutation entre les consonnes d’un même ordre, soit de la douce à la forte, comme de fente à vent, soit de la forte à la douce, comme de flacon à flagon, ou de 1’/? à l’L, comme de marbre à marble, ne s’appuie sur grand chose de plus que ces trois exemples : rien, dans ce triple phénomène, que d’accidentel. Quelques lueurs d’explication se font jour à travers le changement des voyelles : non que je parle de celui qu’amène évidemment, dans les mots restés les mêmes ici et là, une différence de valeur entre chacune des voyelles des deux langues. L’apparence de règles à discerner, infiniment plus subtiles, atteint même l’orthographe : la modifiant en raison même de l’espèce de dégradation que subissent nos voyelles et les autres. A, s’appelle É, E , I, éclaircissement; /, se décompose en AI, et U, en IOU, assombrissement; 0 demeure. Sui-
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vons : A, décroît presque vers l’E muet et se relève à peine jusqu’à l’I plein, dans fleam, to glean et jealous , flamme, glaner et jaloux, remplacé par la diphthongue EA; mais tandis qu’il s’obscurcit pleinement dans gauze, venu de gaze, transparent, une gaze, c’est AU, diphthongue qui sonne en A (pr. é) dans safe, de sauf, to save, sauver, et saviour, un sauveur, savage, sauvage, pour ne rien dire de to ghafe, échauffer par le frottement. Que se passe-t-il relativement à E ? Pour une sonorité d’a obtenue avec messe devenu mass et greffe devenu graff (en dépit de la loi grammaticale qui assigne à toute voyelle suivie, dans la syllabe, d’une ou de deux labiales, gutturales ou dentales, le son dit français) voici que : muets ou ouverts sans accent, dans beak, de bec, cease, de cesser, hearse, de herse, measure, de mesure, neat, de net, pearl, de perle; accentués et graves dans cream, de crème, feast, de fête, peach, de pêche, to preach, de prêcher, to search, de chercher, zeal, de zèle, nos É, ou È, ou Ê deviennent EA, soit aigu, soit sourd. Elle-même, la diphtongue AI, partage cela, to appease, eagle, ease, eager (origine, aigu), feasable et feat, grease [graisse), meagre, reason, season, treat et retreat, etc. ; stable le plus souvent ou gardant son T ancien, ex. gay, may, quay, etc., elle se change aussi, non seulement en EY ou El équivalents, heinous, money {monnaie), mais en El prononcé comme un i anglais, to seize, de saisir, ou en cet Y pur, fry, de frai (de poisson), même en / français, fit (de fait à...) et lizard, lézard : enfin È, l’imite, dans reign (les rênes) et rein (un renne). Contradiction, celle de limon ici, là lemon; mais passons sur ce peu de chose. Les autres voyelles : 0, il se fait guttural et s’adjoint un A, c’est dans apprqach et reproach, coach, coat (habit, de cotte), coast (de caste, maintenant côte), loach, moat {motte), to poach {pocher), to roast (de rostir, maintenant rôtir) ; il s’assombrit entièrement et devient les diphtongues OU dans to flourish (d e florir) et pough (la poche), OO (pr. ou fr.) dans boqt {botte) et brooch : remarquer la fréquence, en tels cas, de la finale CH. Glisse-t-il simplement vers U neutre (pr. d’œu à un), cutlet, (côtelette, dans le sens de petite côte), gulf, gum {gomme), nun {nonne), pullet {poulet), putty {potée) et to truck {troquer) ; voici par contre que la diphtongue OU fait de même : curt, cutlass {coutelas), crust {crouste, maintenant croûte), to furbish {fourbir), gusset, gutter {gouttière), musquet, muslin {mousseline), mustard {moutarde), mutton (viande de mouton), nurse {nourrice), puppe {poupée), to pursue {poursuivre), to purvey {pourvoir), to push {pousser), russet {roussâtre), rut (ornière d’une route), et tuft {touffe). Oublier l’U, prononcé iou, de rebuke, pour reboucher; et ne voyons rien, après cette simple transposition,
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non de son, mais de lettres, montrée par poupe , poop, et troupe, troop, sinon qu’il y a rapprochement d ’O dans to allow, permettre, pour allouer to avow, pour avouer, coward, lâche, pour couard, prow, pour proue, et prowess, pour prouesse, puis à la limite houe fait hoe : enfin, to recover {recouvrer), gormand et to govern ( gouverner ) touchent au but, O anglais y traduisant OU français. Assez : ici juste cesse toute recherche, exacte et point aventureuse.
Les autres changements, reconnaissables dans les diphthongues, sont, tous ou à peu près, spéciaux autant que celui de peuple en people, ou de paon en pea, tandis que faon fait