NOMS PROPRES
L’Étude consacrée aux Mots d’un parler resterait incomplète, ses Noms Propres négligés : ils relèvent presque toujours de procédés de composition très primitifs, ce qui les rend curieux à plus d’un titre. Mêlés encore à la Langue, leur sens tient l’imagination en éveil; autrement, incompréhensibles ou anciens, c’est par leur aspect presque bizarre.
Les Noms Propres s’appliquent aux Lieux et aux Personnes.
Rivières, monts et bois, ou cités, tirent leur appellation (on l’a déjà vu) d’anciennes formes, ou celtiques, ou latines de la Conquête Romaine, ou Scandinaves : les Mots ou les fragments de Mots usités alors ne sont pas à revoir. Rien de plus, sinon qu’outre ces vestiges durables, l’Anglais a recours aussi aux termes en vigueur pour dénommer, soit une villa, soit une terre de construction ou d’acquisition récentes; à moins que, par un procédé inverse de l’ordinaire, ce bien ne s’appelle d’après son maître.
Un usage prévaut depuis une époque à peu près contemporaine de la formation des Langues Modernes. A savoir qu’une appellation, dite aujourd’hui encore en anglais Surname parce qu’elle a d’abord consisté véritablement en un Surnom, demeure, pour les hommes et femmes, celle patronymique; c’est le Nom de Famille, qui s’accote au Prénom par les Anglais désigné en tant que Christian name, comme par nous Nom de Baptême. Appliquée, comme chez les Romains et les Grecs, à un personnage dont elle louait les qualités ou raillait les défauts, une même épithète, plus ou moins transparente, se perpétue souvent de père en fils.
Quelques exemples de ces Noms de Familles ou Surnarnes se groupent ici autour des quatre principaux motifs attribuables à leur choix, qu’ils représentent : des dénominations plus anciennes de domaines ou de villes, ainsi que la chose a lieu avec les nobles; des titres de métiers, de charges ou de fonctions; enfin des particularités extérieures ou de l’âme, et de même un simple Nom de Baptême, porté par le père ou l’aïeul, à quoi s’adjoint un reste de cas, notamment le possessif. Avec la forme où le de Normand est simplement traduit par of en Anglais, the dure of Sutherland, on voit des Mots comme Brooks, ruisseaux, Forrest,
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forêt, Hill, colline, Wood, bois; ou Fleming, flamand, Scott, pour Scotch, écossais, tous vocables saxons, devenus Noms Propres. Butler, Steward, Carpenter, Smith et Turner, eux, veulent dire sommelier, charpentier, — febvre (comme dans orfèvre) et tourneur, noms que nous possédons aussi, avec ou sans l’article; quant à Fletcher, c’était le faiseur de flèches, Lyster, le teinturier, Baxter, le boulanger : de jadis ou de tard, que l’origine en soit saxonne ou française. Black, c’est Noir ou Lenoir, Brown, Brun ou Lebrun, White, Blanc ou Leblanc, Reid, pour red, Lerouge, etc., Little, Petit, Strong, Lefort, Young et Good, Lejeune et Lebon, et Auld, pas autre chose cju’Old, vieux. Richard, Adam et John, se perpétuent en tant que Richards, Adams et Johns, du chef de famille à ses héritiers; ou, avec le Suffixe SON, Richardson, Adamson, Johnson, FIarrison, représentant PIarry’s son, ou le fils d’ Harry, lui-même un diminutif à' Henry. Pour ne rien omettre, il faut citer, à la suite de ces noms, le mac écossais, qui fut celtique, de Mac-Donald, etc. ; et le P — initial gallois, abréviation d’AP, fils, dans Pritchard, pour ap-Richard : qui traduit absolument le fitz normand, notre fils, ex. Fitz-James, fils de Jacques. Quant à l’O irlandais, je l’isole exprès : car il signifie petit-fils dans O’Connel ou O’Nore.
Certains ne sont visiblement que des Noms étrangers, acclimatés : mais on citera, au nombre de ceux dont la langue, à divers âges ou dans ses patois, ne présente pas l’explication, Dudgeon, épée, en Gallois; Todd, renard, en Écossais; Lloyd, gris, Bain, blanc, Dow, noir, et Don ou Dun, brun, en Gaélique ou Celte : vieilles appellations encore traditionnelles.
Que plusieurs noms de Familles concourent souvent à désigner une seule personne, soit à la suite d’adoptions (c’est le cas d’Edgar Allan Poe) ou d’hymens sanctionnés par quelque raison sociale, etc. : ces faits dépendent de la Grammaire, plutôt que du Lexique; et je ne m’y arrête pas, de crainte que l’énoncé de l’inextricable Code, régissant la transmission des Noms dans les familles nobles, ne prolonge à l’excès ce bref Appendice.
Une nomenclature exacte des Noms de Baptême ou Christian narnes reproduirait presque tous les cas analysés dans l’étude de la Langue : il y en a surtout de saxons et de français, les mêmes à la fois, souvent; et tous ceux de nos Prénoms qui ne sont point classiques, mais sont germaniques, se retrouvent ici et là. Des principaux seuls, suit la liste; où l’on remarquera parfois une Terminaison Latine étrange à côté d’un Corps de Mot barbare : réminiscence du moyen-âge. Alaric, Attila, Canute, Conrad, Hildebrand, Tancred, etc., ces Noms appartiennent à l’histoire
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générale, point à une langue aujourd’hui en vigueur plutôt qu’à une autre : négligez-les ; et ne vous rappelez que
Adélaïde, ou Noblesse,
Adolphus, Adolphe, ou le Noble Loup, et Adolph,
Albert, ou le Tout-Brillant,
Alfred, ou le Noble,
Bertha, ou la Brillante,
Bertram, ou le Corbeau noir, notre Bertrand,
Charles, ou I’Homme, qui fait Charly,
Edgar, ou la Lance qui défend les biens,
Edmund, ou le Protecteur des biens,
Edward, ou PAmi des biens, qui fait Ned et Neddy, Ted et Teddy,
Edwin, ou PAmi des biens,
Emma, ou la Nourrice,
Frederick, ou Qui fait régner la Paix, et Fred, Gérard, ou la Lance Ferme,
Gertrude, ou la Fiancée de guerre,
Gilbert, ou le Gage brillant,
Godfrey, ou la Paix de Dieu, notre Godefroy,
Gustavus, ou le Bâton de Dieu,
FIalbert, ou la Brillante Pierre,
Henry, ou le Maître, qui fait Harry,
Herbert, ou le Guerrier Brillant,
Hubert, ou le Brillant Esprit,
Hillebrand, ou PÉpée de Combat,
Léonard, ou le Fort comme un lion,
Lewis, ou le Guerrier glorieux, notre Louis,
Minna, ou la Mémoire,
Randolph, ou le Loup du Logis, et Randal,
Raymund, ou le Protecteur des Sages,
Reginald, ou Puissant dans le Conseil,
Richard, ou le Roi Sévère, qui fait Dick et Dicky, Robert, le Renom brillant, qui fait Bob,
Roger, ou la Lance Renommée,
Roland, ou la Gloire du Pays,
Rolph ou Rollo, le Loup Renommé,
Rupert, ou le Renom brillant,
Sigismund, ou la Protection victorieuse,
Siward, ou le Tuteur victorieux,
Walter, ou le Guerrier puissant, notre Gauthier, qui fait Wat, William, Au fier haume, notre Guillaume, qui fait Will et Willy, Bill et Billy.
Qu’est-ce que ces mots imprimés en petit texte, car ce sont bien des Mots; tous dans le génie de l’Anglais quand ils sont réussis, à savoir brefs et nets et même d’aspect
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quelquefois tronqués : Bob, Ned, Ted, Harry, Dick et Will ? des Diminutifs, comme Marion, .Margot, Jeannette et Louison. Seulement, chez nous, le Diminutif allonge le Nom, comme en Latin ; il l’abrège, en Anglais : et ces appellations réservées ici à l’idylle ou à la parade, comme Jacquot ou Pierrette, demeurent là dignes, charmantes et intimes. Qui voudrait, dans le parler des enfants, mettre à côté de Betsy quelque chose comme Jaza, ou de Fan, Mini, se tromperait.
Juxtaposant l’ordre des Prénoms au plan du Livre, on doit maintenant citer quelques-uns de ceux venus à l’Anglais de nous ou du Latin et du Grec, comme Augustus, Boniface, Cecilia, Flora et Florence, Francis, Juliet, Lawrence, Luke, Martin, Maurice, Patrick, Quentin, Rufus, Tristram, Vincent; Agnès, Andrew, Catherine, Dorothy, Ellen, Eleanor, Eugénie, George, Peter, Stephen, etc. : tout cela tantôt français ou retrempé aux sources furieusement, tantôt anglicisé non sans quelque charme étrange.
Est-ce tout ? point : et les Noms tirés des Ecritures ! Plusieurs autres, qui ne paraissent ni Bibliques ni Classiques, mais barbares, ensemble omis dans le tableau, sont Celtes.
Noms Bibliques (ceux-là seuls que nous ne possédons point ou transcrivons tout différemment) : Ann, Elisabeth, John et Jane, Madeline, Martha, Mary, Tobias, etc. Noms Celtes, avec leur signification : Arthur, ou le Haut, Bridget, Brigitta, ou la Force, Cadwallader, ou P Ordonnateur de la bataille, Evan, le Jeune guerrier, Kenneth, V Avenant, Lachlan, le Guerrier, Oscar, le Guerrier bondissant, Oswen, V Agneau ou le Guerrier.
Etc.
Du Syriaque, vient Thomas, et du Phœnicien, Hannibal; du Slave, Stanislas; du Gallois, Rice ou Rhuys, le Guerrier, etc. : mais quelle que soit leur origine, espagnole encore ou italienne, de tels Prénoms, une fois Anglais, deviennent susceptibles de Diminutifs ou Noms d’amitié. Mille exemples, dont quelques-uns ici : Naneg, Nanny et Nan, pour Ann, qui donne aussi Anna; Tony, pour Antoin, et Alick, pour Alexander; Ben, pour Benjamin; Kit, pour Christopher; Betzy, Betty et Bess, pour Elisabeth; Fan, pour Fanny; Franck, pour Francis; Jem et Jemmy, pour James, ou Jacques; et Jack ou Jacky, le même nom, très singulièrement pour John, ou Jean; Kate, pour Catherine; Maud et Maudlin, vieille prononciation normande, pour Madeleine; Dal ou Dally, pour Mary; Nick. pour Nicholas; Noll, pour Olivier; Sal, pour Salomon; Sam et S amm y, pour Samuel; Tom et Tommy, pour Thomas; Vickey, pour Victoire; etc., etc. Tantôt c’est une Finale
ordinaire remplaçant la Terminaison spéciale au Nom Propre; tantôt la chute de toute Terminaison et même de la pénultième, avec ou sans adjonction de cette Finale en Y ou ET revenue pour marquer comme un autre degré dans le Diminutif : et tantôt une interpolation complète du commencement du Mot, telle consonne cédant sa place à une autre pas de même famille, etc.; rien d’aussi capricieux. Les règles philologiques n’ont à faire avec presque aucun de ces cas.
Particularité, cependant, très intéressante de l’Anglais, que celle-là; et qui, seule, eût nécessité ce rapide coup d’œil jeté sur les Noms, grâce à elle aussi joliment défigurés : car il en résulte de vraies formations, appartenant exclusivement à la Langue, autochtones, uniques et exquises. Quiconque a participé à la vie britannique ou lu des récits d’outre-Manche, retrouvera, certes, dans ses souvenirs, mille autres appellations intimes; dont il grossira la nomenclature faite ici, résumé d’exemples comme toujours et non liste complète.
A la Philologie appartient un dernier cas, très différent de tous ceux qui jusqu’ici atteignent les Noms Propres. Mots de la Langue, disait-on, à propos des Diminutifs; presque : certains le sont tout à fait. Par mille interstices, il en est, se glissant dans la Langue, qui perdent l’habitude ordinaire de désigner des personnes, pour s’appliquer aux choses. Raglan, Brougham, et Macadam, par exemple, ce vêtement , cette voiture , ce traitement voyer ? Usage aussi fréquent aujourd’hui que jadis d’appeler d’après une ville un objet issu de ses fabriques, Sedan, Arras, pour une chaise à porteur et une tapisserie murale. Les quelques exemples qu’il sied de donner à la suite de Noms Propres restés intacts, affectent ceux-là seuls où s’est produite une telle détérioration de leur forme exceptionnelle, qu’on ne saurait la reconnaître; ou les dérivés. Curiosités comme shalloon. pour étoffe faite à Châlons, sherry, vin récolté à Xérès, worsted, lainage produit par un village anglais Worsted, Mii.liner, modiste, autrefois Milanaise. Ou to lynch, traduit chez nous par lyncher , du nom du promoteur de cette justice hâtive, et mieux nickel, métal de Nicholas: ou un mot comme Shaksperean, si l’on veut employer ici un Adjectif glorieux et cher à côté de ces Substantifs, par exemple le Puseism ou le Weysleyanism, doctrines.
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