‹ OEuvres complètesChapitre 500 sur 655 · P. 14. L’ENFANT PRODIGUE · texte numérisé non relu

P. 14. L’ENFANT PRODIGUE

(Sens, 1861.)

Ce poème manuscrit a été reproduit en fac-similé à la page 14 du N° 3 du Manuscrit- Autographe (mai-juin 1926) et recueilli, parmi les « Poèmes divers », dans l’édition à tirage limité des Poésies de Stéphane Mallarmé (la Compagnie Typographique : Paris, 1938).

Quoique aucune date ne ligure sur ce manuscrit et que celle de 1862 ait été proposée, le caractère évident d’imitation baudelairienne que présente ce poème nous induit à penser qu’il remonte plus probablement à l’année précédente, au moment où Mallarmé est encore sous la première impression du choc intellectuel que lui a fait éprouver la découverte des Fleurs du Mal. Plusieurs années encore, il subira le sortilège baudelairien : mais son expression, si elle en montrera les traces, ne les laissera plus paraître avec autant d’insistance. Ici, Mallarmé apparaît dans la posture du

NOTES ET VARIANTES

néophyte qui se perd soi-même dans l’enthousiasme de sa foi toute neuve, et ce poëme est peut-être un des plus parfaits « à la manière de Baudelaire » qu’on ait jamais composés. C’est, en cinq strophes, un répertoire du vocabulaire, de certains mouvements et de certains accents de la poésie baudelairienne. On pourrait aisément noter à chaque vers un ou plusieurs renvois à des poèmes des Fleurs du Mal, depuis le premier, qui emprunte son image à la première pièce de ce recueil :

... Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange Le sein martyrisé d’une antique catin ,

Nous volons au passage un plaisir clandestin

Que nous pressons bien fort comme une vieille orange...

(Au Lecteur.)

La correspondance de Mallarmé, ni celle de ses amis de jeunesse, 11e nous a révélé aucune allusion à ce poëme dont on voit bien * pour quelle raison l’auteur décida de l’exclure de ses œuvres : il en gardait pourtant un souvenir assez vif pour retrouver son accent en écrivant, trois ans plus tard, le sonnet intitulé finalement Angoisse , et un vers qu’il introduisit à la même époque dans Hérodiade, où

... Je les baise, et tes pieds qui calmeraient la mer... devient :

Et regardent mes pieds qui calmeraient la mer...

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