P. 38. BRISE MARINE
(Tournon, mai 1865.)
« Il y a dans votre belle Brise Marine, au sujet de laquelle je vous adresse un malheureux sonnet indigne d’elle, deux vers que je ne comprends pas bien :
Car un ennui, etc... »
écrivait à Mallarmé Eugène Lefébure, le 10 juin 1865. Comme le poète était dans l’usage d’adresser alors à son ami ses poèmes sitôt achevés, tout porte à croire que celui-ci était de date fort récente lorsque Lefébure le reçut.
Au reste, le huitième vers de ce poëme suffirait à le dater, car il désigne la femme du poète même et leur fille, Geneviève, née à Tournon en novembre précédent. Ce poëme est, en quelque sorte, une réplique du Parfum Exotique de Baudelaire auquel le rattache non seulement tout son mouvement nostalgique, mais encore « l’exotique nature », et « le chant des matelots » final qui répond au :
Se mêle clans mon âme au chant des mariniers. du sonnet de Baudelaire.
En envoyant une copie de ce poëme, le 8 février 1866, à la cousine d’Henri Cazalis Mme Le Josne, l’auteur résumait ainsi le
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sens de la pièce : « ce désir inexpliqué qui vous prend parfois de quitter ceux qui nous sont chers, et de partir ».
« 11 y a au Louvre, a écrit R. de Gourmont, dans une collection ridicule, par hasard une merveille, une Andromède, ivoire de Cellini. C’est une femme effarée, toute sa chair troublée par l’effroi d’être liée ; où fuir ! et c’est la poésie de Stéphane Mallarmé. »
Ce poème parut dans le Parnasse Contemporain du 12 mai 1866, sous une forme, à la ponctuation près, identiquement reproduite par les éditions suivantes : Poésies (1887); Vers et Prose (1893); Poésies (Deman, 1899), à l’exception du 14e vers :
Sont-ils ceux que le vent penche sur les naufrages.
La Bibliothèque Jacques Doucet possède pourtant un manuscrit qui présente avec le texte définitif quelques variantes :
2e vers : Je veux aller là-bas où les oiseaux sont ivres D’errer entre la vague...
7e vers : Du papier qu’un cerveau châtié ?ne défend,
11e vers : Car un ennui, vaincu par les vides espoirs 13e vers : Et serai s-tu de ceux, Steamer , dans les orages.
Que le destin charmant réserve à des naufrages Perdus sans mâts, ni planche, à l’abri des ilôts...
Un autre manuscrit (collection H. Mondor) montre :
Ne gardera ce cœur qui dans la mer se trempe...
Lève l’ancre vers une exotique nature !...
Sont de ceux que te vent penche sur les naufrages.
Perdus, sans mâts, sans mâts, et fertiles îlots...