A UN PAUVRE
Prends le sac. Mendiant. Longtemps tu cajolas — Ce vice te manquait — le songe d'être avare ?
N' enfouis pas ton or pour qu’il te sonne un glas.
Évoque de l'Enfer un péché plus bigarre.
Tu peux ensanglanter les sales horizons Par une aile de Rêve, ô mauvaise fanfare !
Au treillis apaisant les barreaux de prisons.
Sur l'azur enfantin d'une chair éclaircie.
Le tabac grimpe avec de sveltes feuillaisons.
Et l’opium puissant brise la pharmacie !
Robes et peau, veux-tu lacérer le satin Et boire en la salive heureuse l’inertie.
Par les cafés princiers attendre le matin ?
Les plafonds enrichis de nymphes et de voiles.
On jette, au mendiant de la vitre, un festin.
Et quand tu sors, vieux dieu, grelottant sous les toiles D'emballage, l'aurore est un lac de vin d'or.
Et tu jures avoir le gosier plein d’étoiles !
Tu peux même, pour tout reprendre ce trésor.
Mettre une plume noire à ton feutre ; à compiles Offrir un cierge au Saint en qui tu crois encor
Ne t'imagine pas que je dis des folies.
Que le diable ait ton corps si tu crèves de fah?i.
Je bais l’aumône utile et veux que tu m’oublies
Et surtout, ne va pas, drôle, acheter du pain !
NOTES ET VARIANTES
Ce dut être au moment de l’inclure dans son premier recueil de Poésies en 1887, que Mallarmé reprenant ce poème, comme il le fit de plusieurs autres, lui donna l’aspect définitif sous lequel nous le connaissons aujourd’hui et que reproduit notre édition.