II. — ier par. : ébénéen au lieu de « ébénien
II. — dernière ligne : cette parole... Alléluia ! au lieu de « ces paroles... O filii et hliae. »
III. — 3e par. : Sa parole est, sans fin... au lieu de « sa parole est sans hn... »
III. — 3e par. : l’enchantement édenéen... au lieu de « l’enchantement ideunéon ».
III. — 4e par. : aux heures de splendeur... au lieu de « aux heures de gloire ».
A ce premier texte à peine corrigé étaient jointes des épreuves portant le titre : Trois livres de vers sur mon divan.
Ces épreuves corrigées font paraître un texte que nous donnons ici, à titre de document sur l’épuration et le resserrement du style mallarméen au cours des années 1870-1880 :
« Trois Livres de Vers sur mon Divan.
« Muse moderne de l’Impuissance qui me défends le Rhythme, et condamnes une jeunesse, supplice cher de relire, jusqu’au jour où tu m’auras enveloppé dans ton irrémédiable hlet, l’ennui, et tout sera fini, — quelques-uns dont la beauté me désespère; ennemie et enchanteresse aux breuvages perfides et aux mélancoliques ivresses, je te dédie, comme une raillerie ou, — le sais-je, — un gage d’amour, ces lignes écrites dans les heures clémentes où tu ne m’inspiras pas la haine de la création et un stérile amour du néant. Tu y découvriras les jouissances d’une idée purement
NOTES ET VARIANTES
passive qui n’est que femme encore, et qui demain peut-être ne sera rien.
« Une de ces matinées exceptionnelles où l’esprit, lavé de crépuscules quotidiens, s’éveille aux Paradis, trop imprégné d’immortalité pour une jouissance, mais autour de soi regardant avec une candeur l’exil. Tout ce qui environne a désiré revêtir ma pureté; le ciel lui-même ne me contredit pas, et son azur, sans un nuage depuis longtemps, a perdu l’ironie de sa beauté, qui s’étend au loin adorablement nue. Précieuse heure, dont je dois prolonger l’état de grâce avec d’autant moins de négligence que je sombre chaque jour en un plus cruel; mais trop puissamment lié à la Bêtise, pour me maintenir par une rêverie personnelle à la hauteur du charme que je payerais volontiers de la vie, je recours à l’Art, je lis les vers de Théophile Gautier aux pieds de la Vénus éternelle.
« Une insensible transfiguration s’opère, et la sensation de légèreté se fond peu à peu en une de perfection. Tout mon être spirituel, — le trésor des correspondances, arabesque accord des couleurs, le souvenir du rhythme antérieur, et la science du Verbe, — est requis, et ensemble s’émeut, sous l’action de la rare poésie que j’invoque, avec une si merveilleuse justesse que du jeu combiné résulte la seule lucidité.
« Maintenant qu’écrire... Qu’écrire, puisque je n’ai pas voulu l’ivresse qui m’apparaît grossière et une vile injure à ma béatitude. (On s’en souvient, je ne jouis pas, mais je vis dans la beauté.) Même louer ma lecture salvatrice, point, malgré qu’à la vérité un grand hymne sorte de l’aveu, que sans elle j’eusse été incapable de garder l’harmonie surnaturelle où je m’attarde : quel autre adjuvant terrestre, violemment, par le choc du contraste ou par une excitation ne détruirait pas un autre équilibre qui me perd en ma divinité. Je n’ai plus qu’à me taire, — non dans une extase voisine de la passivité, mais parce que la voix humaine est ici une erreur, — comme le lac, sous l’immobile azur que ne tache pas même une blanche lune des matins d’été, se contente de la refléter en une muette admiration que troublerait un ravissement. Toutefois s’amasse, écume au bord de mes yeux calmes, une larme d’exquise volupté, diamant appelé par cette lecture trop sublime : de quelle source qu’elle naisse, je laisse sa limpidité raconter qu’à la faveur de cette poésie virtuelle et qui exista au répertoire de tout temps avant sa moderne émersion du cerveau de l’impeccable artiste, une âme dédaigneuse du banal coup d’aile d’un enthousiasme humain peut atteindre la plus haute cime de sérénité où nous ravisse la beauté. »
Les corrections, et leur arrêt, montrent évidemment que l’auteur n’était pas parvenu à l’établissement d’un texte définitif. Il devait, plus tard, opérer de façon draconienne et, dans le recueil Divagations, , ne laisser subsister de l’ensemble que le passage suivant singulièrement raccourci :
NOTES ET VARIANTES
Autrefois, en marge d’un Baudelaire :
« Muse de l’impuissance, qui taris le rythme et me forces de relire; ennemie avec des breuvages, je te rends l’ivresse qui vient d’autrui.
« Un paysage hante intense comme l’opium; là-haut et à l’horizon, la nue livide, avec une trouée bleue de la Prière — pour végétation, souffrent des arbres dont l’écorce douloureuse enchevêtre des nerfs dénudés, leur croissance visible s’accompagne malgré l’air immobile, d’une plainte de violon qui, à l’extrémité frissonne en feuilles : leur ombre étale de taciturnes miroirs en des plates-bandes d’absent jardin, au granit noir du bord enchâssant l’oubli, avec tout le futur. Les bouquets à terre, alentour, quelques plumes d’aile déchues. Le jour, selon un rayon, puis d’autres, perd l’ennui, ils flamboient, une incompréhensible pourpre coule — du fard ? du sang ? Etrange le coucher de soleil ! Ou ce torrent de larmes illuminées par le feu de bengale de l’artificier Satan qui se meut derrière ? La nuit ne prolonge que le crime, le remords et la Mort. Alors se voiler la face de sanglots moins par ce cauchemar que dans le sinistre bris de tout exil; qu’est-ce le Ciel ? »
C’est, assez étrangement, le seul témoignage que Mallarmé ait laissé dans son œuvre, avec le sonnet : le Tombeau de Baudelaire , de son admiration pour l’auteur des Fleurs du Mal, dont les débuts de son œuvre poétique révèlent encore si nettement, même après des modifications, l’influence.
En 1892, ayant à célébrer Théodore de Banville, peu après sa mort et à l’occasion de l’inauguration de son monument au jardin du Luxembourg, Mallarmé reprit la partie qui lui était ici consacrée, non sans y apporter quelques retouches et l’encadrer comme on le verra plus loin, page 1588.
POÈMES EN PROSE
(Tournon, 1864. — Paris, 1885-1887.)
Dans de nombreuses bibliographies, les deux premiers poèmes en prose publiés par Stéphane Mallarmé ont été indiqués comme étant la Pipe et Fusain et ayant paru dans la Saison de Vichy du 15 juillet 1865, alors que ce furent l’Orgue de Barbarie et la Tête (ce dernier intitulé par la suite : Fusain, puis Pauvre enfant pâle ) dans la Semaine de Cusset et de Vichy du 2 juillet 1864.
Ta Semaine de Cusset et de Vichy, journal politique, littéraire, agricole et judiciaire fondé en 1830, publiait chaque année durant la saison une chronique locale qui, en 1864, fut confiée à Albert Glatigny. Il y fit paraître, cette année-là, depuis le 14 mai jusqu’au 1 3 août, quelque poème, article ou chronique dans chaque numéro : un bon nombre des chroniques avaient trait à l’Établissement Thermal : sept étaient des chroniques théâtrales.
NOTES ET VARIANTES
Par l’entremise également de Glatigny, cette publication hebdomadaire publia des poèmes inédits de Théodore de Banville et de Joséphin Soulary et, dans le numéro du 28 mai 1864, un poëme en prose de Baudelaire, les Vocations, qui avait paru dans le Figaro le 14 février précédent.
Quand Albert Glatigny vint occuper le poste de chroniqueur à Vichy, au mois de mai 1864, il arrivait précisément de Tournon où il avait fait un séjour de trois semaines chez Mallarmé. Celui-ci semble bien avoir écrit ses premiers poèmes en prose en avril 1864, c’est-à-dire peu avant l’arrivée ou même durant le séjour de Glatigny à Tournon; ils étaient donc alors dans leur plus verte nouveauté.
L’erreur répétée par des bibliographes successifs au sujet des deux premiers poèmes en prose publiés par Mallarmé, semble bien imputable à celui-ci. Dans la Renne Indépendante, en 1886, parut, parmi les pages d’annonce (sur papier vert), une liste relevant chronologiquement les divers ouvrages publiés par Stéphane Mallarmé, en volumes, plaquettes et en revues, de 1863 à 1886. Dans cette liste figure la mention suivante :
« 1865 : Fa Pipe et Fusain dans la Saison de Vichy (dirigée par Glatigny). » « L’introuvable Saison de Vichy », écrivait, découragée, E. Noulet...
Nous devons à l’obligeance de nos amis les professeurs Alajouanine et Lucien Cornil, d’avoir pu préciser cette première publication par Mallarmé de deux de ses poèmes en prose.
Des douze poèmes en prose de Stéphane Mallarmé, sept datent, sans contredit, d’avant l’été 1867 et doivent remonter, vraisemblablement, à trois années auparavant, comme semble bien l’indiquer la lettre que le poète adressait, de Besançon, le lundi 7 octobre 1867 à Henri Cazalis :
« J’ai mis ton nom en tête de quelques poèmes en prose que tu sais anciens et puérils et que Villiers me demandait pour sa revue. »
Par une lettre d’Eugène Lefébure à Mallarmé, datée du 13 mai 1864, on sait qu’à cette époque existaient déjà la Pipe et l'Orgue de Barbarie ( Plainte d' Automne) ; il dit, en effet, à son ami : « Je serre cette chère main qui a écrit l'Orgue de Barbarie, un adorable petit chef-d’œuvre que je sais par cœur » et « Je crois que vous donnez [dans la Symphonie littéraire ] la sensation vraie de vos trois poètes, comme dans la Pipe vous donnez la sensation vraisemblable de Londres. »
Révélée récemment, une lettre d’Henri Cazalis à Mallarmé témoigne, d’autre part, que le Phénomène futur était écrit en décembre de la même année : « Tu m’envoies, dit-il, une lettre adorable... puis l’autre jour un poëme en prose qui m’a fait jaloux, qui est d’une couleur splendide; le grand couchant avec des reflets rouges, et rayé de bandes noires, sur lequel se dessinent pâles, étirés, longs et maigres, les squelettes à peine vêtus de nos petits enfants, ce
NOTES ET VARIANTES
dernier saltimbanque et ce dernier débris des vieux âges, tout cela forme un tableau étrange d’une rare et vraie beauté, un de tes chefs-d’œuvre et que j’ai montré à tout le monde, mais ne puis plus montrer à personne, Coligny me l’ayant emporté pour /’ Artiste. »
Dans le souvenir un peu vague que Cazalis a, alors, gardé de sa lecture, on reconnaît le Phénomène futur. Ce poëme ne parut pas dans ./’ Artiste, mais onze ans plus tard seulement dans la République des Lettres.
Ce n’est donc pas par leur date de publication que l’on peut présumer de l’époque où furent composés ces divers poèmes. Le Démon de l'analogie nous en fournit une autre preuve. Ce poëme ne parut qu’en 1874 dans la Revue du Monde Nouveau ; nous avons cependant la preuve formelle qu’il était composé bien avant, puisqu’il faisait partie des « quelques poëmes en prose » que Mallarmé envoya à Villiers de lTsle-Adam pour la Revue des Lettres et des Arts. Le 27 septembre 1867, celui-ci lui écrivait :
« Je viens de lire vos admirables poëmes en prose ! |e lirai samedi, c’est-à-dire demain soir, à 9 heures et demie chez fLeconte] de Lisle le Démon de l'analogie que j’étudie profondément. »
La correspondance échangée entre Mallarmé et ses amis ne contient, à notre connaissance, d’autre allusion à ces poëmes en prose qu’un passage d’une lettre de Théodore de Banville du 31 mars (1865) où il dit : « J’ai trouvé le plus grand charme à la lecture de vos poëmes en prose qui ont une saveur si pénétrante et qui me prennent, comme tout ce que vous faites, par une sincérité d’impression délicieuse. Je les ai portés tout de suite à la Revue de Paris , mais paraîtront-ils ? » Ils n’y parurent pas : la revue cessant sa publication vers ce moment. Le titre que le poëte leur donna, dès 1867, Pages oubliées, donne à entendre que déjà, à cette époque, il les considérait comme des œuvres anciennes. Ces douze poëmes peuvent former, au regard de leur création, deux groupes :
L’un, datant de 1864, comprend sept de ces poëmes :
Plainte d’ Automne (d’abord appelé l'Orgue de Barbarie ); Frisson d' Hiver (d’abord, Causerie d’ Hiver); Réminiscence (d’abord, l'Orphelin); Pauvre enfant pâle (d’abord, la Tête); la Pipe, le Phénomène futur, le Démon de l’ Analogie.
L’autre, d’un style visiblement différent, comprend quatre poëmes qui ne durent pas être composés longtemps avant leur publication et qui sont :
Le Nénuphar blanc, paru dans l'Art et la Mode du 22 août 1885 ; la Gloire, dans les Hommes d'aujourd'hui en 1886; l’Ecclésiastique, dans la Gasgetta lettcraria, en décembre 1886; la Déclaration foraine, dans l’Art et la Mode du 12 août 1887.
Entre ces deux groupes, un poëme, un Spectacle interrompu, publié à une date intermédiaire en 1875, participe par son style de l’une et l’autre période, et il est malaisé de dire si nous nous
NOTES ET VARIANTES
trouvons, là aussi, devant une « page oubliée » et reprise par la suite, ou devant la création d’une époque, — celle du Toast funèbre , — où le poëte commençait à adopter le style de ses derniers ouvrages.
Il nous paraît impossible d’apporter une précision plus grande à la chronologie de ces douze poëmes. On trouvera plus loin, sur chacun d’eux, quelques indications historiques et bibliographiques.
Si même la publication de deux de ces poëmes en prose dans le numéro du 2 juillet 1864 de la Semaine de Cqsset et de Vichy n’était précédée de la dédidace : A Charles Baudelaire, on ne pourrait douter que ces poëmes en prose, de même qu’un certain nombre des premières poésies de Mallarmé, ne soient nés de sa ferveur baudelairienne. On peut seulement s’étonner que le désir de rivaliser avec Baudelaire dans ce domaine soit né aussi tardivement que 1864, car ce dut être dès 1861 que Mallarmé put lire pour la première fois quelques-uns des Petits poëmes en prose. Baudelaire en publia neuf, cette année-là, dans le numéro de novembre de la Revue fantaisiste qu’avait fondée quelques mois plus tôt le tout jeune Catulle Mendès. Si peu répandue que fût cette revue qui n’allait pas tarder à disparaître, elle ne passa pas inaperçue de Mallarmé et nous savons qu’il souhaita même y collaborer : une lettre de Catulle Mendès décline aimablement l’envoi de certains Bals masqués dont nous ne savons que le titre et que Mallarmé avait envoyés. Il devait donc, à cette époque, quoiqu’il fût à Sens et loin de tout milieu littéraire, ne pas perdre de vue une publication à laquelle il espérait prendre part.
Au cours de 1862, Baudelaire publia, dans la Presse, en août et septembre, vingt poëmes en prose, dont six de ceux qui avaient paru dans la Revue fantaisiste ; puis huit ou neuf autres, dans la Revue Nationale et le Boulevard entre juin et décembre 1863 ; c’est-àdire alors que Mallarmé se trouvait à Londres.
Avide comme il était alors de tout ce qui touchait Baudelaire, et en contact avec un fervent baudelairien comme Cazalis qui habitait Paris, il est peu probable qu’il n’ait pas été averti de l’apparition de ces trois numéros de la Presse qui contenaient entre autres poëmes en prose, le Confiteor de l'Artiste, l’Étranger, le Mauvais vitrier, le Vieux saltimbanque, un Hémisphère dans une chevelure et l'Invitation au voyage dont les thèmes ne pouvaient que rencontrer une résonance profonde dans l’esprit du jeune admirateur de l’auteur des Fleurs du Mal.
On sait que les Petits poëmes en prose en leur ensemble ne parurent qu’en 1869, c’est-à-dire près de deux ans après la mort de leur auteur; mais la dédicace du recueil, à Arsène Houssaye, si importante, avait paru dans la Presse dès août 1862. Mallarmé ne dut pas rester indifférent à la question qu’y posait Baudelaire :
« Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouve-
NOTES ET VARIANTES
ments lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? »
Il ne le fut certainement pas à l’indication que donnait cette même « dédicace » :
« C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis n’a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux ?) que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque. »
Nous savons, en effet, par des lettres de Mallarmé à Victor Pavie, le premier éditeur de Gaspard de la Nuit , qu’il fit, un temps, sa lecture fréquente de ce livre. Le 50 décembre 1865, il lui écrivait :
« J’ai comme tous les poètes de notre jeune génération, nos amis, un culte profond pour l’œuvre exquis de Louis Bertrand de qui vous avez eu la rare gloire d’être l’ami. Exilé, pour un temps, dans une petite ville de province, je souffre beaucoup de voir ma bibliothèque, qui renferme les merveilles du Romantisme, privée de ce cher volume qui ne m’abandonnait pas quand je pouvais l’emprunter à un confrère. » (Cité dans Aloysius Bertrand par J. -Charles Pavie, Revue de Paris, 15 août 1911.)
A cette époque, exilé depuis près de deux ans à Tournon, il faisait allusion évidemment à une période de sa vie qui avait précédé cet exil, c’est-à-dire aux années 1862-1863, soit qu’à Sens il eût emprunté ce Gaspard de la Nuit dès 1842 à Emmanuel des Essarts; à Paris, à Henri Cazalis; à Londres même, à ce chevalier du Châtelain curieux de poésie dans l’une et l’autre langue, et avec lequel nous savons qu’il se lia.
Et lorsque, dans la Revue des Lettres et des Arts où, en 1867, Villiers de l’Isle-Adam publiait cinq des Pages oubliées, il faisait également place à des poèmes en prose extraits du Gaspard de la Nuit, Mallarmé était peut-être à l’origine de cette résurrection dont on ne pourrait relever, pour cette période, que de bien rares exemples.
Baudelaire et Aloysius Bertrand sont donc bien, de toute évidence, au point de départ de l’incursion que fit Mallarmé dans le domaine du poème en prose où, dès ses premiers pas, il se fraya un chemin qui lui est propre et ne rappelle pas étroitement ses grands devanciers.
Ces Pages oubliées, outre un style et un accent qui leur sont propres, présentent, dans plus d’un cas, un caractère très nettement et visiblement autobiographique.
Entre 1864, date de la première publication de ces poèmes en prose dans la Semaine de Vichy-Cusset et 1891, date de leur réunion complète, ils furent publiés et réédités à maintes reprises, plus ou moins isolément; outre la Revue des Lettres et des Arts qui, en 1867,
NOTES ET VARIANTES
en publia cinq et la République des Lettres quatre, dont un inédit, la plus notable de ces publications en revue est la réédition qu’en 1872 donna de cinq de ces poèmes l’Art libre de Bruxelles.
On trouvera ci-après pour chacun de ces poèmes en prose, les indications précises de leur publication en revues avant leur réunion en un recueil. Précisons ici, pour ce qui est des recueils, que dans Y Album de Vers et de Prose (Bruxelles, 1887) parurent :
Plainte d’automne , Frisson d’hiver, la Gloire, le Nénuphar blanc. Dans Pages (Deman, Bruxelles, 1891), les douze poèmes, dans cet ordre :
Le Phénomène futur. Plainte d’automne. Frisson d’hiver, le Démon de l’analogie, Pauvre enfant pâle, la Pipe, un Spectacle interrompu. Réminiscence, ta Déclaration foraine, le Nénuphar blanc, la Gloire , l’Ecclésiastique.
Dans Vers et Prose (Perrin, Paris, 1893), sous le titre Plusieurs pages :
Le Phénomène futur. Plainte d’automne. Frisson d’hiver, la Pipe, la Pénultième (Je Démon de l’analogie), la Gloire, le Nénuphar blanc, l’Ecclésiastique.
Et enfin, de nouveau, dans Divagations (Bibliothèque Charpentier, Paris, 1896), les douze poèmes, dans un ordre identique à celui de Pages, sauf pour les deux derniers, la Gloire étant placé après l’Ecclésiastique, et suivi dans ce recueil, du morceau intitulé Conflit ; le tout sous le titre général Anecdotes ou poèmes.
Au cours des cinq années qui s’écoulèrent entre la publication de ces poèmes en prose dans Pages et dans Divagations, l’auteur apporta à son texte quelques changements que nous signalons ici :
Le Phénomène futur :
Les arbres s’ennuient : et, sous leur feuillage blanchi... (Pages.) Les arbres s’ennuient et, sous leur feuillage blanchi... ( Divagations .) Des seins levés comme durs d’un lait éternel (Pages.)
Des seins levés comme s’ils étaient pleins d’un lait éternel (Div.)
Plainte d’Automne :
Laquelle, Orion, Altaïr, est-ce toi, verte Vénus ? (Pages.) Laquelle, Orion, Altaïr, et toi, verte Vénus ? (Div.)
... que j’ai passé de longues journées avec mon chat... (Pages.)
... que j’ai passé de longues journées seul avec mon chat... (Div.) Et dans la journée l’heure où je me promène... (Pages.)
Et, dans la journée, l’heure où je me promène... (Div.)
... l’approche rajeunissante des barbares... (Pages.)
... L’approche rajeunissante des barbares... (Div.)
... la grande allée de peupliers dont les feuilles me paraissent jaunes même au printemps (Pages.)
... la grande allée des peupliers dont les feuilles me paraissent mornes même au printemps (Div.)
NOTES ET VARIANTES
... le violon ouvre à l’âme déchirée la lumière... (Pages.)
... le violon donne aux fibres déchirées la lumière... ( Div .)
D’où vient que sa ritournelle m’allait au rêve (Pages.)
D’où vient que sa ritournelle m’allait à l’âme (Div.)
Frisson d’Hiver :
Par les longues diligences, autrefois (Pages.)
Par les longues diligences autrefois (Div.)
Le Démon de l’Analogie :
Avez-vous jamais eu des paroles inconnues chantant sur vos lèvres les lambeaux maudits d’une phrase absurde ? (Pages.)
Des paroles inconnues chantèrent-elles sur vos lèvres, lambeaux maudits d’une phrase absurde ? (Div.)
Dorénavant à travers la voix entendue jusqu’à... (Pages.) Dorénavant à travers la voix entendue, jusqu’à... (Div.)
... cassait sans doute, et j’ajoutais... (Pages.)
... cassait sans doute et j’ajoutais... (Div.)
... mon esprit naguère seigneur, c’est quand je vis... (Pages.)
... mon esprit naguère seigneur c’est quand je vis... (Div.)
Pauvre Enfant pale :
Aucune variante.
La Pipe :
l’ai revu par la fenêtre... (Pages.)
J’ai revu par les fenêtres... (Div.)
Un Spectacle interrompu :
... une absence d’ami y témoignant du goût général... (Pages.)
... une absence d’ami y témoignait... (Div.)
... l’accident, le plus neuf ! (Pages.)
... l’accident le plus neuf ! (Div.)
... répondre ne savoir; élancé aux régions de la sagesse (Pages.) ... répondre ne savoir, élancé... (Div.)
Réminiscence :
Aucune variante.
La Déclaration foraine :
... un suranné tambour duquel se levait les bras décroisés afin de signifier inutile l’approche de son théâtre sans prestige un vieillard, que cette camaraderie avec un instrument de rumeur et d’appel peut-être séduisit à son vacant dessein : puis, comme si... (Pages.)
NOTES ET VARIANTES
... un suranné tambour duquel se levait, les bras décroisés afin de signifier inutile l’approche de son théâtre sans prestige, un vieillard que cette camaraderie avec un instrument de rumeur et d’appel, peut-être, séduisit à son vacant dessein; puis comme si... ( [Dit) .)
(A partir de « Merci », tous les paragraphes dans Pages sont encadrés de guillemets supprimés dans Divagations.)
Le Nénuphar blanc :
Le Nénufar blanc (Pages.)
Le Nénuphar blanc. (Div.)
... d’un grand geste net et assoupi... (Pages.)
... d’un grand geste net assoupi... (Div.)
Ce Juillet de flamme... (Pages.)
Ce juillet de flamme... (Div.)
... un paysage plus que l’autre, chassé avec son reflet... (Pages.) ... un paysage plus que l’autre chassé avec son reflet... (Div.)
... son miroir intérieur à l’abri de l’indiscrétion... (Pages.)
... son miroir intérieur, à l’abri de l’indiscrétion... (Div.)
Si vague concept se suffit : et ne transgresse point le délice... (Pages.) Si vague concept se suffit : et ne transgressera le délice... (Div.)
La pause se mesure au temps de sa détermination (Pages.)
La pause se mesure au temps de ma détermination. (Div.)
... l’un de ces magnifiques nénufars... (Pages.)
... l’un de ces magnifiques nénuphars... (Div.)
... en déramant peu à peu, sans du heurt briser (Pages.)
... en déramant peu à peu sans du heurt briser (Div.)
La Gloire ;
... par les libéralités conjointes de la Nature et de l’État... (Pages.) ... par les libéralités conjointes de la nature et de l’état... (Div.)
L’Ecclésiastique :
Le texte est identique dans l’un et l’autre recueil.
Dans Pages : « quand à moi... » coquille visible pour « quant à moi ».
Les deux recueils comportent, à la dernière phrase : « se plût » pour « se plut », corrigé à ¥ erratum de Divagations.