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Ha, Belacueil, que ta douce parolle Vint traistrement ma jeunesse offenser, Quand au verger tu la menas danser Sur mes vingt ans, l'amoureuse carolle.
Amour adonc me mit à son escolle, Ayant pour maistre un peu-sage penser, Qui sans raison me mena commencer Le chapelet de la danse plus folle.
Depuis cinq ans hoste de ce verger, Je vay balant avecque faux danger, Tenant la main d'une dame trop caute.
Je ne suis seul par Amour abusé :
A ma jeunesse il fault donner la faulte : En cheveux gris je seray plus rusé.
MURET
Ha, Belacueil.) Ce Sonet est tiré du Romant de la Rose, là où Belacueil meine l'amant dans le verger d'Amour. Par ceste fiction on peut entendre comment Amour abuse les siens.
En escrimant, le malheur eslança Sur le bras gauche une arme rabatue, Qui de sa pointe entre-mousse et pointue Jusques à l'oz le coude m'offença.
Ja tout le bras à saigner commença, Quand par pitié la beauté qui me tue, De l'estancher soigneuse s'esvertue, Et de ses doigts ma playe elle pança.
Las, dy-je lors, si tu as quelque envie De soulager les playes de ma vie, Et luy donner sa première vigueur :
l86 I. LIVRE DES AMOURS
Non ceste-cy, mais de ta pitié sonde L'autre qu'Amour m'engrave si profonde Par tes beaux yeux au milieu de mon cœur.
MURET
En escrimant.) Quelquefois escrimant d'une espcc rabatue, il se blessa bien fort au bras : Incontinent sa dame accourut vers luy pour le panser. Mais il dit que si elle avoit envie de luy donner guerison, elle devroit plustost se souvier de guérir la playe, qu'il a dans le profond du cœur. Arme.) Espée. Mousse.) Non tranchant. Mousse, est ce que les Latins disent, Hebes.
Tousjours des bois la cyme n'est chargée Sous les toisons d'un hyver éternel :
Tousjours des Dieux le foudre criminel Ne darde en bas sa menace enragée.
Tousjours les vents, tousjours la mer Egée Ne gronde pas d'un orage cruel :
Mais de la dent d'un soin continuel Ma pauvre vie est tousjours outrager.
Plus je me force à le vouloir tuer, Plus il renaist pour mieux s'évertuer De féconder une guerre en moy-mesme.
O fort Thcbain, si ta serve vertu Avoit encor ce monstre combatu, Ce seroit bien de tes faits le treiziesme.
MURET
Tousjours des bois.) Il dit, que toutes choses ont quelque intermission, fors son tourment, qui ne le laisse jamais en repos. Sous les toisons d'un hyver.) Sous les
neiges. Le foudre criminel.) Qui punit ceux qui ons commis des crimes et des forfaits. Tel mot en Françoit est actif et passif, comme criminel pour coupable, et Lieutenant criminel, qui punit les crimes. La mer Egée.) Qui est toutefois la plus tempestueuse mer, qu'on sçache : comme tesmoigne Denys en sa Cosmographie, Oj Y^p ~-s xeîvqj èvaXîyy.ix X'jfzxc' ôoÉXXei TtJ'oÔt p.op[i.'jpcov à'xepoi; Trôpoç àfxçiTptTïiç,
De féconder une guerre en moymesme.) De faire que une guerre naisse perpétuellement dedans moy. O fort Thebain.) Il s'adresse à Hercule, qui purgea la terre de monstres : et dit, que s'il pouvoit combatre la force du soin qui luy ronge l'esprit, on pourroit bien conter cela pour le treiziesme de ses beaux faits. Ta serve vertu.) Parce que tout ce que fit Hercule, fut en obéissant à Eurysthée. Le treiziesme.) Parce qu'on nombre douze principaux labeurs d'Hercule, combien qu'il y en a beaucoup d'autres.