CLXXVI I
Au mesme lict où pensif je repose, Presque ma dame en langueur trespassa
Devant-hier, quand la fièvre effaça Son teint d'oeillets, et sa lèvre de rose.
Une vapeur avec sa fièvre esclose, Dedans le lict son venin me laissa, Oui par destin, diverse m'offensa D'une autre fièvre en mes veines enclose.
L'un après l'autre elle avoit froid et chaut : Ne l'un ne l'autre à mon mal ne défaut : Et quand l'un croist, l'autre ne diminue :
L'accès fiévreux tousjours ne la tentoit, De deux jours l'un sa chaleur s'alentoit : Amour nourrit la mienne continue.
MURET
Au mesme lict.) Se reposant dans un lict où sa dame avoit esté tourmentée par quelque temps d'une fièvre tierce, il dit que dans ce mesme lict il endure une autre fièvre, c'est à sçavoir une fièvre amoureuse. Mais il y a différence entre la sienne, et celle de sa dame. Car celle de sa dame faisoit, qu'elle avoit maintenant froid, maintenant chaut : mais la sienne fait, qu'il a froid et chaut tout ensemble. Sa dame n'estoit tourmentée que de deux jours l'un : mais il est tourmenté perpétuellement.