‹ Œuvres complètes. Texte de 1578 publié avec compléments, tables et glossaireChapitre 64 sur 68 · CCXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXVIII

Veu la douleur, qui doucement me lime.

Et qui me suit, compagne, pas à pas, Je prevoy bien qu'encor je ne suis pas Pour trop aimer, à la fin de ma rime.

Dame, l'ardeur qui de chanter m'anime, Et qui me rend en ce labeur moins las, C'est que je voy qu'agréable tu l'as, Et que je tiens de tes pensers la cime.

Je suis, Amour, heureux et plus qu'heureux De vivre aimé, et de vivre amoureux De la beauté d'une dame si belle,

Qui lit mes vers, qui en fait jugement,. Et dont les yeux me baillent argument De souspirer heureusement pour elle.

MURET

Veu la douleur.) 11 est assez aisé.

Le Jeu, la Grâce, et les Frères Jumeaux Suivent ma dame, et quelque part qu'elle erre, Dessous ses pieds fait esmailler la terre, Et des hyvers fait des printemps nouveaux.

En sa faveur jargonnent les oiseaux, Ses vents Eole en sa caverne enserre, Le doux Zephyre un doux souspir desserre, Et tous muets s'acoisent les ruisseaux.

Les Elemens se remirent en elle, Nature rit de voir chose si belle :

Je tremble tout, que quelqu'un de ses Dieux

Ne passionne après son beau visage, Et qu'en pillant le trésor de nostre âge, Ne la ravisse, et ne l'emporte aux cieux.

Le Jeu, la Grâce.) Il dit que sa dame est si belle, qu'il a crainte qu'elle ne luy soit ravie par un Dieu, faisant allusion aux anciennes amoureuses des Dieux, lesquelles furent ravies pour l'excellence de leur beauté, Acoisent.) Appaisent. Vieil mot François.

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