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STATUTS DE L'INQUISITION D'ÉTAT

(16 juin 14 j4.)

6* Sia procurado dà noi, e dk nostri successori de baver più numéro de racordanti che sia possibile, tanto del ordene nobîle qoanto de cittadini^ e popolari, corne anco de religiosi.

12* Per haver questa intratura se puol servire de qualchc tacordante reiigioso o de qualche sudio, che sono persone che facilmente trattano con tutti.

16* Se occoresse che per el nostro magistrato se dovesse dar la morte ad alcun, non se faccia mai dimostration pubhiica, mk questa secretamente si adempisca^ col mandarlo ad annegar in canal Orfano di notte tempo.

28* Se qualche nobile nostro venisse ad awertirci di esser ^xx tentado per parte de aicun ambassador^ sia procurado che el continua la pratica, tanto che se possa concertar de mandar a retenir la persona in fragrante e quando se possa in quelle isunte fertficar el dito di quel nobile nostro, quella persona sia mandada subito ad annegar, mentre pcr6

6' Le tribunal aura le plus grand nombre possible d'obsenrateuis choisis, tant dans l'ordre de la noblesse que parmi les citadins, les populaires et les religieux.

12** On fera faire les ouvertures par quelque moine ou par quelque juif, ces sortes de gens s'tntroduisant partout.

16* Quand le tribunal aura ji^é néces* saire la mort de quelqu'un, l'exécution ne sera jamais publique. Le condamné sera noyé secrètement, la nuit, dans le canal Orfano.

28* Si quelque noble vénitien révèle au tribunal des propositions qui lui auraient été faites de la part de quelque ambassadeur, il sera autorisé k continuer éette pratique; et, quand on aura acquis la certitude du fait, l'agent intermédiaire de cette intelligence sera enlevé et nojé, pourvu que ce ne soit ni l'ambassadeur lui-même, ni le secréuire

ANGELO

non sta l'ambassador istesso e anco il suo secretario, perché ij altri se pu^ iinzerde non conoscerli.

29* . . . E quando non se possa far altro , ij siano fatti ammazar privatamente.

40* Sia procurado dal magistrato nostro di baver racordanti, non solo in A^netia^ mk anco nelle nostre cittk principali, massime de confîn, li quali doi volte Tanno debbano personalmente comparir al tribunal, per riferir se li rettori nostri hayessero qualche commercio con i principi confinant! , cpme anco altri particolari importanti circa i loro portamenti. E quando se intendesse cosa alcuna contro il suto, sia provisto da noi vigorosatnente.

delà légation, mais une personne que Ton puisse fieindre de ne pas reconnaître.

29* ... On emploiera tous les moyens pour Tarrétcr, et si, enfin, on ne peut foire autrement, on le fera assassiner secrètement.

40* n j aura des surveillants, non seulement k 'N^nise, mais encore dans les principales villes de l'état, et principalement sur les frontières, lesquels devront se présenter en personne deux fois l'an devant le tribtmal, pour j déclarer s'il est k leur connaissance que les gouverneurs, ou d'autres personnages marquants, aient quelques intelligences avec les princes voisins, ou qu'ils se conduisent mal. Au moindre avis de quelque désordre nuisible au service public, le tribunal j remédiera avec vigueur.

AGGIONTA FATTA AL CAPITULAIS

DBLU iNQyisrrou di stato.

I* Siano incaricati tutti li racordanti, di quai si voglia condition, ad invigilar k quesu sorte di discorsi, e di tutti darne parte al magistrato nostro, e doveremo noi e li successori nostri, in ogni tempo che cio succéda, ht chiamar quelli che havessero havuto ardimento di proferir concetti si licentiosi, efarli risoluu ammonition che mai p'th. ardiscano proferir cose simili in pena délia viu; c quando pure se facessero unto licentiosi e disobedienti di rinovar questi discorsi, provau che sia giudiciaramente, o vero estragiudiciaramente la recitk, siano con ogni prestezza mandato uno ad annegar per esempio dell* altri, zccïb se estirpi a fatto questa arroganxa.

3* A tra questi che vivono più presenti scelieme uno che habbî conditione di buon zelo verso la patria, di ingegno habile k maneggiare un negocio, e bisogno di migliorare le sue fortune, come sarebbe inquesu considcratione, per esempio un vescovo di titolo. Scetu che sij la persona, fare che con ogni riguardo s'abbochi prima con alcuno di noi inquisitori, e per ultimo con tutti trè; e k questo prelato resti offerito un premio sicuro di cento ducati al mese.

SUPPLÉMENT AUX CAPITULAIUBS DBS INQyiSITBU&S D^^TAT.

I* Les surveillants de toutes conditions sont chargés d'écouter attentivement et de rapporter au tribunal les discours absurdes qui pourraient mettre le trouble dans la république. Il est arrêté que, dans toute occurrence semblable, ceux qui auraient proféré des paroles si audacieuses seront mandés ; on leur intimera l'ordre de ne pas se permettre de pareils discours, sous peine de la vie; et, s'ils étaient assez hardis pour recommencer, et qu'on pût en acquérir la preuve judiciaire ou extra-judiciaire, on en ferait nojer un pour l'exemple.

3* Parmi les prélats qui résident plus habituellement k Venise, on en choisira un dont le zMe pour la patrie soit bien connu, l'esprit habile k manier les affaires, et la fortune assez médiocre pour qu'il ait besoin de l'augmenter, comme pourrait être un évêque de titre {m partihm). Le choix fait, un des inquisiteurs d'abord, et ensuite tous les trois, s*aboucheront avec ce prélat pour lui offrir un traitement de cent ducats par mois (afin d'en faire tm espion).

17" SU anco in avvantaggio scritto ail' ambasciador nostro in Spagna, che applichi ringegno per conumtnare alcun huomo délia natione loro; acci^ fîngeado qualche negotio particolare in lulia^ si porti in A^netia, e con lettere di raccommandatione di alcun soggetto autorevole di quei contorni, procuri adito e hospitio in casa dell' ambasciadore Spagnuolo résidente appresso di noi, ove fermandosi qualche tempo ^ corne forestière, non dara sospetto alcuno alla corte, e ne meno ad altri che pratticassero nella medestma, col supposto di essere persona sconoscentCy e applicato solo a servigio particolare; in tal modo potrebbe questo ule riferire tutti li andamenti délia corte stessa a chi sara poi apostato da noi.

28* Formato il processo, e conosciuto in conscienza che si) reo di morte, s'opcri con puntualissimo riguardo che alcun carceriero, mostrando affetto di guadagno, le ofFerisci modo di romper la carcere, e di notte tempo fugirsi, e il giorno antécédente alla fuga le sij nel cibo dato il veleno, che operi come insensibilmente e non lassi segno di violenza : in tal modo sark suplito al riguardo publico c al rispetto privato, e sark uno stesso il fine délia giustitia, benchè con viaggio un poco più longo, ma pi& sicuro.

17 II sera écrit k l'ambassadeur de la république en Espagne de chercher un homme de cette nation qui, sous le prétexte de ses affaires particulières, fasse un vojage en Italie, et, arrivé k Venise avec des lettres de recommandation de personnes considérables de son pajs, se procure un srccès facile chez l'ambassadeur espagnol résidant auprès de nous. Cet étranger s'y fixera pendant quelque temps, sans être suspect ni au ministre ni aux autres habitués de la cour, parce qu'il passera pour n'être point au courant des affaires et occupé uniquement des siennes; il pourra par conséquent observer facilement tout ce qui se passe dans le palais de l'ambassadeur, et communiquer ses observations k un agent que nous aurons aposté près de lui.

28*" Si l'instruction du procès donne la conviction de la culpabilité du détenu et le fait juger digne de mort, on aura soin que quelque geôlier, feignant d'avoir été gagné pour de l'argent, lui offre les moyens de s'enfuir la nuit, et, la veille du jour oh il devra s'évader, on lui fera donner parmi ses aliments un poison qui n'agisse que lentement et ne laisse point de trace j de cette manière on n'offensera pas le regard public et le respect privé, et le but de la justice sera atteint par un chemin un peu plus long, mais plus sûr.

TIIEAIRE.

iMrmiHKtig ^ATioN^i-r

226 ANGELO

PROCÈS D'ANGELO ET D'HEKNANL

Comme le Roi s'amuse, Hemani, Marion de Larme et Angelo ont eu leur procès. Au fond, c'est toujours la même affaire. Contre le Roi s'amme, c'était une persécution littéraire cachée sous une tracasserie politique; contre Hernani, Marion de Lmne et Angelo, c'était une persécution littéraire cachée sous des chicanes de coulisse. Il faut le dire , nous sentons quelque hésitation et quelque pudeur en prononçant ce mot ridicule .persécution littéraire, car il est étrange qu'au temps oh nous vivons les préjugés littéraires, les animosités littéraires, les intrigues littéraires aient encore assez de consisunce et de solidité pour qu'on puisse, en les amoncelant, en faire une barricade devant la porte d'un théâtre.

L'auteur a dû briser cette barricade. Censure littéraire, interdit politique, empêchement de coulisses, il a dû faire solennellement justice et des motifs secrets et des prétextes publics. Il a dû traîner au grand jour et les petites cabales et les grosses haines. La triple muraille des coteries, depuis si longtemps maçonnée dans l'ombre, se dressait devant lui , il a dû ouvrir dans cette muraille une brèche assez large pour que tout le monde y pût passer. Si peu de chose qu'il soit, cette mission lui était donnée par les circonstances; il l'a acceptée. Il n'est, il le sait, qu'un simple et obscur soldat de la pensée; mais le SDl.at a sa fonction comme le capitaine. Le soldat combat, le capitaine triomphe. Depuis quinze ans qu'il est au plus fort de la mêlée, dans cette grande bataille que les idées propres à ce siècle soutiennent si fièrement contre les idées des autres temps , l'auteur n'a d'autre prétention que celle d'avoir combattu. Quand les vainqueurs se compteront, il sera peut-être parmi les morts. Qu'importe ? on peut être à la fois mort et vainqueur.

Qu'on ne s'étonne donc pas si , au milieu de ce procès , l'affaire étant déjà engagée , il s'est levé tout à coup, et a parlé. C'est qu'il venait d'en sentir subitement le besoin ; c'est qu'il venait d'apercevoir soudain , au tournant de la plaidoirie de ses adversaires , un grand intérêt de morale publique et de liberté littéraire qui le sollicitait d'élever la voix; c'est qu'il venait de voir surgir brusquement la question générale du milieu de la question privée. Et il fera toujours ainsi. En quelque situation de la vie que le devoir vienne le saisir à l'improviste, il suivra le devoir.

Ce procès sera un jour de l'histoire littéraire; non, certes, à cause des trois pièces quelconques qui en étaient l'occasion, mais à cause du procès lui-même, à cause des révélations étranges qui en ont jailli, à cause de la lumière qu'il a jetée dans certaines cavernes, à cause des théâtres, dont il a dévoilé les plaies, à cause de la littérature, dont il a consacré les droits, à cause du public, dont il a si profondément éveillé l'attention et remué la sympathie.

Ce que nous avons fait pour le Roi s'amuse, nous le faisons pour Hernani. Nous joignons le procès au drame, la lutte à l'œuvre. Désormais, aucune édition ne sera complète si ce procès n'en fait pas partie. Nous imprimons les quatre audiences devant les deux juridictions d'après la Ga^e des Tribunaux, qui les a fidèlement

PROCÈS D'ANGELO ET D'HEKNANI

rapportées. Il y aura toujours dans cette lecture, nous le pensons, plus d'un genre d'enseignement et plus d'un genre d'intérêt. Il est bon que le public qui viendra après nous puisse savoir un jour, si par hasard les pages que nous écrivons arrivent jusqu'à lui, à quelles aventures les tragédies éuient exposées au dix-neuvième siècle. Et maintenant que l'auteur a expliqué toute sa pensée , qu'il lui soit permis de remercier ici , pas en son nom , mais au nom de la littérature entière , les juges consulaires dont l'admirable bon sens a si bien compris que dans une petite question il y en avait une grande, et que, dans l'intérêt du pointe, il y avait l'intérêt de tout le monde. Qu'il lui soit permis de remercier la cour souveraine , dont l'austère équité s'est si complètement associée à la probité intelligente des premiers juges. Qu'il lui soit permis de remercier enfin le jeune et honorable avocat pour lequel cette cause n'a été qu'un continuel triomphe, M. Paillard de Villeneuve, esprit incisif et noble cœur, beau talent dans lequel toutes les qualités ingénieuses et fines se corrigent et se complètent par toutes les qualités élevées et généreuses.

20 décembre 1837.

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