‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 99 sur 336 · ÉDITION DE · texte numérisé non relu

ÉDITION DE

NOTE

L'auteur a dit ailleurs : confirmer ou réfuter des critiques, ceH la hestgne du temps. C'est pour cela qu'il s'est toujours abstenu et qu'il s'abstiendra toujours de toute réponse aux diverses objections qui accueillent d'ordinaire à leur apparition les ouvrages, d'ailleurs si incomplets, qu'il publie ou qu'il lait représenter. Il ne veut pas cependant qu'on suppose que, s'il se tait, c'est qu'il n'a rien à dire; et, pour prouver, une fois pour toutes , que ce ne sont pas les raisons qui lui manqueraient dans une polémique à laquelle sa dignité se refuse, il répondra ici, par exception et seulement pour donner un exemple, à l'une des critiques les plus radicales, les plus accréditées et les plus fréquemment répétées ({xiAngelo ait eu à subir. La partie du public qui fait attention à tout se souvient peut-être qu'à l'époque oà Angelo fut représenté une des principales objections, sinon la principale, qu'éleva contre ce drame la critique parisienne presque unanime, avait pour base Y invraisemblance et Yimpopbilité Ac ces corridors secrets , de ces couloirs à espions , de ces portes masquées, de ces clefc mystérieuses, moyens absurdes et ftiux, disait-on, inventés par l'auteur, et non puisés dans les mœurs réelles de Venise, commodes pour faire jaillir de quelques scènes im efiet mélodramatique, et non la vraie terreur historique, etc. — Or voici ce qu'on lit dans Amelot : Histoire du gouvernement de Venise, t. I , p. 245 :

«Les inquisiteurs d'état font des visites nocturnes dans le palais de Saint-Marc, oii ils entrent et d'oii ils sortent par des endroits secrets dont ils ont la clef; et il est aussi dangereux de les voir que d'en être vu. Ils iraient, s'ils voulaient, jusqu'au lit du doge, entreraient dans son cabinet, ouvriraient ses cassettes, et feraient son inventaire, sans que lui ni toute sa famille osât témoigner de s'en apercevoir. »

Qu'ajouter après cela ?

Observons en passant que cette jalouse et insolente puissance de l'espionnage n'est pas chose nouvelle dans l'histoire. Toutes les tyrannies aboutissent à se ressembler. Un despote vaut une oligarchie. Tibère vaut Venise. Vrétàpua miseriarum pars, dit Tacite , erat videre et aSfnà,

L'auteur, appuyé, à défaut de talent, sur des études sérieuses, pourrait démontrer par des preuves non moins concluantes la réalité de tous les autres aspects historiques de ce drame, et ce qu'il dit pour Angelo, il pourrait le dire pour toutes ses pièces. Selon lui , les œuvres de théâtre doivent toujours être , par les mœurs , sinon par les événements, des œuvres d'histoire. A ceux qui, non sans quelque étourderie ou sans quelque ignorance, reprochent à ses drames italiens l'usage et, ajoute-t-on communément, l'abus du poison, il pourrait faire lire, par exemple, entre autres choses curieuses, cette page du voyage de Burnet, évêque de Salisbury :

«Une personne de considération m'a dit qu'il y avait à Venise un empoisonneur général, qui avait des gages, lequel était employé par les inquisiteurs pour dépêcher secrètement ceux dont la mort publique aurait pu causer quelque bruit. Il me pro-

testa que c'était la pure yérité, et qu'il la tenait d'une personne dont le iirère avait été sollicité de prendre cet emploi. »

M. Daru, qui avait été au fond des documents dans lesquels l'auteur a tâché de ne pas fouiller moins avant que lui, dit, au tome VI de son histoire, page 219 :

«C'éuit une opinion répandue dans Venise que, lorsque le baile de la république partait pour Constantinoplc , on lui remettait une cassette et une boite de poisons. Cet usage s'était perpétué, dit-on, jusqu'à ces derniers temps, non qu'il fiiille en conclure que l'atrocité des mœurs était la même, mais les fermes de la république ne changeaient jamais. »

Enfin, l'auteur ne croit pas inutile de terminer cette longue note par quelques extraits étranges et authentiques de ces célèbres Statuts de finfuisithn ihat, restés secrets jusqu'au jour oii la république française, en dissolvant par son seul contact la république vénitienne , a soufflé sur les poudreuses archives du conseil des Dix , et en a éparpillé les mille feuillets au grand jour. C'est ainsi qu'est venu mourir en pleine lumière ce code monstrueux, qui, depuis trois cent cinquante ans, rampait dans les ténèbres. Éclos dans l'ombre à coté du fatal doge Foscari en 1454, il a expiré sous les huées de nos caporaux en 1797. Nous recommandons aux esprits réfléchis ces extraits pleins d'explications et d'enseignements. C'est dans ces sombres Batuts que l'auteur a puisé son drame ; c'est là que Venise puisait sa puissance. Dominatioffù arcana.

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