‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 103 sur 336 · AUDIENCE DU 5 DECEMBRE · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU 5 DECEMBRE

A rouverture des portes, une foule considérable se précipite dans la salle. On remarque dans les rangs du public un grand nombre de littérateurs et d'artistes dramatiques.

M. Victor Hugo a quelque peine k se placer dans la tribune particulière qui lui a été réservée et qui est déjà envahie par des avocats.

M* Delangle prend la parole en ces termes :

«En 1829, M. Victor Hugo présenu k la Comédie Marion de Lorme; il était le chef de cette école qui, se frayant des routes nouvelles, annonçait la prétention et manifestait Tespérance de raviver la littérature. L'ouvrage fut lu, reçu, le contrat était formé; mais la censure empêcha la représentation; cette intervention éublissait la force majeure, et la pièce fut retirée.

«En 1830, Hemaui fut accepté et monté avec soin; M"' Man y remplissait le principal rôle; tout fut mis en œuvre pour exciter la curiosité. Un journal, donnant son opinion sur ma plaidoirie devant le tribunal de commerce, a dit que je n*éuis pas un homme littéraire. Je n'ai pas de prétention k ce dtre; mais il me sera permis de rappeler, comme un fait notoire, que certains spectateurs, k l'occasion de la pièce nouvelle, dépassèrent toutes les limites connues de l'admiration, et que, dans leur enthousiasme, ils voulurent imposer leur sentiment d^une façon peu littéraire; il faut le dire, on se battit au

parterre. Ce fut, jii reste, un nouvel attrait pour l'avide curiosité du public. Quarantehuit représenutions produisirent de bonnes recettes.

«Survint la révolution de juillet et l'abolition de la censure. Les comédiens se rappelèrent la déconvenue de Atariott de Ltrme, ils la redemandèrent k l'auteur, qui refusa, par l'honorable morif qu'on pourrait voir dans cet ouvrage des allusions k la récente expulsion du roi Charles X. Depuis, Mariom de Larme fut par lui donnée k la Porte-Saint- Martin, 0^1 elle eut soixante-huit représentations. Le contrat originaire, deux fois brisé, cessait donc d'enchaîner aucune des parties k l'égard de cet ouvrage.

«Le 12 août 1832 , le Kois'amme devint, entre M. Victor Hugo et M. Desmousseaux, artiste du Théâtre - Français , agissant au nom du comité d'administration, l'occasion d'un traité spécial. M. Desmousseaux promettait de reprendre Hematêi pour le courant du mois de janvier 1833. Il était nécessaire de distribuer de nouveau les rôles. M"' Mars renonçant k celui de dona Sol, et Michelot, chargé de celui de Charles-Quint, ayant quitté le théâtre. En outre, pour plaire k l'auteur, on engageait M""Dorval; puis on lui accordait une prime avantageuse dès avant la lecture.

«Il n'y eut aucun reurd dans l'exécution de la première de ces promesses , le Koi s'amme

ANGELO

fut rcprëscQté ; mais la pièce fut défendue par la censure après la première représentation. Fut-ce par l'effet d'une intrigue littéraire ? Ce qui est certain, c'est qu'un procès, fait par l'auteur au Ministre de l'intérieur, devant le tribunal de commerce, demeura sans succès, et que les comédiens, qui avaient dépensé pour monter la pièce vingt mille francs et beaucoup de temps, en furent pour leur temps et leur argent.

«Un nouveau traité intervint, le 24 février 1855, avec M. Jouslin de Lasalle. Quel éuit M. Jouslin de Lasalle ? Il remplaçait le comité d'administration jusque-lk chargé de faire les marchés relatifs )l l'exploiution du théâtre, mais avec l'obligation de prendre l'avis du conseil judiciaire et d'obtenir le visa du commissaire royal, dépendant lui-même du Ministre de l'intérieur. Le traité avait pour objet la reprise à*Heruani dans les six mois qui suivraient le 10 avril lors prochain, la réception de Mario» de L/nwe, la représentation à*Aitfflû, tyrau de.PadoMej et l'allocation kM. Victor Hugo d'une prime de quatre mille francs payable même avant la lecture. Ce traité était-il légal? On reconnaîtra au moins que le passé était purgé et que la plainte n'était plus permise k l'égard du retard qu'avait éprouvé la reprise à^Hfmani,

«Aujourd'hui, procès, et assignation au tribunal de commerce; elle ne tendait ^ rien moins qu'k des dommages- intérêts pour le passé, et k la reprise des trois pièces dans le plus bref délai. Le débat s'est agrandi devant le tribunal ; on a signalé le monopole exercé par certains auteurs et le favoritisme dont ils sont l'objet, tandis que la nouvelle école est l'objet de l'anathème et du dédain. M. Victor Hugo lui-même n'a pas dédaigné de prendre la parole, et le lendemain les amateurs de comptes fidèlement rendus ont pu lire son discours dans la Ga*(rUe des TrihiitMHX. La Comédie répondait que le traité n'était pas obligatoire; que, si une obligation en résultait, il n'était dû néanmoins aucuns dommages-intérêts pour le passé; enfin qu'un délai suffisant devait être accordé pour reprendre les trois pièces de M. Victor Hugo.

«La contagion ayant en quelque sorte gagné les juges du tribunal de commerce, ils ont rendu, par des motifs moitié en droit, moitié littéraires, le jugement sévère qui est déféré \ la Cour.»

«Dans ce jugement, dit l'avocat, on rencontre Il la fois la théorie littéraire et l'appréciation des actes et des faits. Toutefois, bien qu'il n'y ait k s'occuper que des actes, un mot sur la théorie. C'est le reflet des plaintes de M. Victor Hugo; mais il n'y a pas ombre de justice. Il suffit de rappeler comment l'illustre écrivain était accueilli au Théâtre- Français, et quelle belle part lui était fiite, y compris les quatre mille francs de prime qui lui étaient alloués, même avant la lecture de ses drames. Mais c'est ainsi que raisonne l'intérêt personnel. Lorsqu'à la Chambre des députés il fut questipn de la subvention Il allouer au Théâtre -Français, on se récria contre la nature des ouvrages joués depuis quelque temps sur ce théâtre. Je veux que ces doléances soient venues de personnages du contraire parti ($n rit)\ mais enfin, après de telles plaintes, après les préférences, on peut le dire, dont il éuit l'objet, M. Victor Hugo n'avait pas le droit de se plaindre. Qu'on dise, comme l'a fait le tribunal de commerce, «qu'il est digne d'un peuple qui doit à la cul- «ture du drame tragique et comique une de «ses gloires les plus belles d'ouvrir k tous les «systèmes de littérature, k tous les ulents, «un théâtre national oh. ils puissent, k leurs «risques et périls, se produire devant un pu- «blic éclairé, et, par une lutte de gloire plu- «tot que d'argent, concourir tous ensemble k «l'illustration des lettres françaises», c'est fart poétique et fort libéral sans doute. S'il n'y avait risque et péril que pour les auteurs, passe encore; mais qui se trouve exposé? les comédiens, et c'est k leurs dépens que se fait la poésie et le libéralisme.»

M* Paillard de Villeneuve prend la parole pour M. Victor Hugo.

«Messieurs, dit- il, on vous a dit que c'était une question commerciale que vous aviez k juger. On a eu raison ; car la propriété littéraire, quelles que soient la noblesse de son origine et la gloire de ses résultats, en l'absence de lois particulières qui la régissent, n'est autre chose, dans de pareils débats, qu'une marchandise. Soit donc, plaidons sur cette marchandise, mais au moins ne la rejetons pas au-dessous des marchandises les plus vulgaires. Plaidons sur cette question commerciale, mais n'oublions pas alors qu'en pareille matière il fiut , avant tout, bonne foi , loyauté ,

PROCÈS D'ANGELO ET D'HEKNANL

principes incontestables et sacrés qu'il semble que dans toute cette discussion on ait voulu prendre k tâche de méconnaître et de violer. Elaguons donc pour un moment de cette cause ainsi rétrécie et le nom glorieux de Tauteur que je représente et les graves conséquences que la liberté littéraire attend de votre décision.

«Il s*agit de savoir si les traités que la Comédie-Française a demandés, implorés comme une grice, doivent être exécutés au profit de M. Victor Hugo, comme ils l'ont été au profit du théâtre. Telle est la seule question du procès. Avant d'y arriver, quelques mots sur les faits.

«En 1829 , M. Victor Hugo composa Mario» de Îj9rme, dont les représénutions furent arrêtées par un veto de la censure. En transmetunt cet ordre \ M. Victor Hugo, M. le Ministre de l'intérieur lui envoya, comme compensation , l'ampliation d'une ordonnance qui portait k six mille francs la pension de deux mille francs qu'il tenait de la volonté sponunée de Louis XVIII. M. Hugo refusa cette pension; quelles que fussent les insisunces du ministre, il persista dans ce refus; et, plus tard, en 1832, lorsqu'k l'occasion du Kw s'amme il se vit contraint de plaider contre le Ministre de l'intérieur, il renonça de luimême k Cette pension de deux mille francs dont on semblait lui £aûre reproche pour l'arrêter dans la lutte qu'il soutenait. Ces faits me semblent de nature k être rappelés dans une discussion oh. l'on parait nous accuser d'élever des questions d'argent. Je puis rappeler aussi, au nom d'un auteur qu'on représente comme demandant k être joué par autorité de justice, que M. Hugo, en 1830, après Tabolirion de b ccasuie, refusa de laisser jouer Mariom de L^rme, parce qu'il ne lot convenait pas de faire servir une œuvre littéraire k des passions politiques, et qu'il n'était pas dans sa pensée de spéculer sur un succès injurieux pour une dynastie tombée.»

L'avocat rappelle les divers traités intervenus, et dont il rattache la violation k des intrigues de camaraderie et k un système de monopole qui ferme les portes du Théâtre- Français k im des genres de la littérature dramatique.

«On a posé d'abord une question d'argent, poursuit l'avocat; il importe d'y répondre. Si la Comédie-Française, a-t-on dit, recule de-

vant l'exécution [des traités, c'est que cette exécution la menace d'un épouvanuble déficit; tenir sa parole, ce serait pour elle une ruine inéviuble. Voyons.

«Il y a au théâtre, pour les recettes, une espèce de thermomètre qui indique la situation la plus prospère. Ce sont les recettes de M"' Mars. Or, pendant l'hiver de 1835, saison favorable, comme on sait, la moyenne de ces recettes a été de deux mille six cent dix-huit fîrancs quatre-vingt-quinze centimes; je prends depuis la plus forte, celle du Misautbnpe, qui est de quatre mille trois cent vingt et un francs, jusqu'k la plus faible, celle de VEcole des ineiBards, qui n'est que de mille deux cent trente francs; ce qui prouve, soit dit en passant, que la Comédie-Française n'exécute pas toujours aussi rigoureusement le règlement qui repousse du théâtre toute pièce qui ne fait pas les frais.

«Or la moyenne des quatre-vingt-cinq recettes de M. Victor Hugo, toutes faites dans la saison d'été, est de deux mille neuf cent quatorze francs. Admet-on les cinq représentations àL^Angeloj données en vue du procès et dans des circonstances que je signalerai plus tard, cette moyenne est de deux mille huit cent cinquante -six francs. Et, si nous défalquons les frais du théâtre, d'après le chiffre même qu'il nous donne, il en résulte que le bénéfice net sur les deux ouvrages de M. Hugo, AmffU et Hentani, est de cent vingt -cinq mille six cents francs. Ce sont la, sans doute, de misérables détails, je le sais; mais enfin il faut bien répondre par des chiffres aux étranges lamenutions de ce théâtre.

«Nous aurions désiré que la Comédie-Française nous mit, par la communication de ses registres, k même de comparer ce qu'on appeHe la. situation pécuniaire de M. Hugo avec celle des auteurs les pins. £ayorisés du théâtre. Cette communication a été refusée. Mm )'ai pu me procurer ce chiffre. Or la moyenne des recettes de l'un de ces auteurs est de mille neuf cent dix -sept francs; celle de l'autre, poète tragique, est de mille huit cent trois francs; et, cependant, nous verrons de quelle singulière faveur jouissent ces deux auteurs, qui, lorsqu'il nous est impossible, k nous, d'obtenir l'exécution de nos traités, obtiennent de la volonté toute gracieuse des comédiens, en 1836, par exemple, cent quinze représen-

ANGELO

tadonsy et tous les autres auteurs cinquantequatre seulement; en 1857, en dix mois, cent dix-neuf, et les autres trente-quatre.»

M* Delangle : «Cest inexact!»

M* Paillard de Villeneuve : «On m'arrête... Ah! )e sais que M. Védel, comme ceruin personnage d'un drame moderne, va vous dire : «Mais le CoMtutkMiteL..» (RJres dams rauditoire,) Oui, je sais que le Cêuftitmtiounel, qui a voulu jeter dans cette question une intervention littéraire que je veux croire impartiale, prétend que j'ai, devant les premiers juges, annoncé un fait matériellement inexact, en soutenant qu'en 1856 ces deux auteurs avaient obtenu cent quinze représentations, attendu, ajoute ce journal, que l'un de ces auteurs n'avait eu que quatre-vingtdix-huit représenutions, et l'autre dix -sept. Or le journal en question trouve ridicule que j'aie additionné ces deux chi£Fres par cent quinze. (On rit,)

a Arrivons k quelque chose de plus sérieux; voyons les traités. Ils sont nuls, dit-on; ceux qui les ont signés étaient incapables. (On r/'t.)

«Ainsi on s'est présenté chez M. Victor Hugo avec une qualité qu'on n'avait pas, qu'on savait ne pas avoir. On lui a proposé des traités, on lui a imposé des obligations. Il les a, lui, exécutés fidèlement, loyalement; et, lorsqu'i son tour il en demande l'exécution contre le théâtre, on l'arr^. Tout cela n'était qu'un jeu; ces traités n'étaieat que des mensonges; ces directeurs qui sont allés cbes vous, ils ont trompé votre bonne foi, c'étaient des comédiens qui ont joué leur rôle; c'éuient des signatures imaginaires, comme la veille, au théâtre, celle deCrispin... Non, non, ce n'est pas ainsi qu'on se joue de la sainteté des conventions; ce n'est pas avec de tels moyens qu'on abuse de la justice; et, je n'en doute pas, MM. Desmousseaux et Vîdel, tous deux hommes honorables, je me plais k le dire, gémissent, dans leur loyauté, d'en être réduits k de pareils moyens.»

L'avocat réfute de nouveau les moyens allégués par la Comédie-Française : fins de nonrecevoir pour des formalités, défaut de distribution en double, défaut de seconde lecture pour Marion de Lorme,

(i A l'occasion à*Anfflo, on excipe de cinq recettes inférieures, dit-on, au chiffre des frais. Il est des auteurs auxquels on n'oppose pas

cette rigueur du règlement. D'ailleurs, vous connaissez la moyenne des recettes de M. Victor Hugo; mais, nous l'avons dit et nous le répétons, ces cinq représenutions ont été données en vue du procès, et le théâtre a fait tout son possible pour en annuler la recette.

«Faut-il vous dérouler les mille intrigues, les misérables tracasseries auxquelles M. Hugo a été en butte? Vou& pouvez, sur ce point, vous en rapporter aux bureaux et aux comédiens, dont les misérables inimitiés s'acharnent contre lui. Ainsi, par exemple, on annonce Angelof au jour indiqué, indisposition subite de M** Wnys; le lendemain, rétablissement tout aussi subit qui lui permet de jouer avec beaucoup de vigueur et de talent dans la CamaradfrUf le surlendemain, Anfflo est encore annoncé; mais, tant la santé de ces dames est chose délicate et capricieuse (en rit) y seconde indisposition subite de l'actrice, qui force de remettre la représenution ; et, le lendemain encore, second rétablissement subit qui permet au public de l'admirer et de l'applaudir dans D&n Jman d'Antn'cbe,

«Je n'en finirais pas si, depuis les caprices des premiers sujets jusqu'aux maladresses du souffleur, je vous racontais ce qui se passe quand il s'agit de nuire k l'auteur. Il y a pour cela un terme en argot de coulisses ... je l'oublie en ce moment. Ainsi on commence k six heures au lieu de sept, de telle sorte qu'k moins d'arriver k jeun, le public est menacé de ne voir que le dénoûment; la seconde pièce sera ce x|u'on appelle un repênfiêirf on jouen l'ouvrage, comme -on l'a fait k l'égard d'AngeU, le )oer où des réjouissances publiques appellent tonte la population sur la place publique; on saura choistr les coaditions les plus défavorables, afin de s'en pfévaloir plus tard, lors du procès qu'on attend... Que sats-je?... Je le répète, fiez-vous-en pour tout cela aux comédiens 1 »

L'avocat, dont la brillante plaidoirie a consumment captivé au plus haut point l'attention des juges et de l'atiditoire, s'attache ensuite k justifier chacune des dispositions du jugement quant aux dommages-intérêts et aux délais fixés pour la représentation des ouvrages de M. Victor Hugo.

« A côté des motifs de ce jugement, qui consacrent les droits privés de M. Victor Hugo, il en est d'autres qui formulent «n

PROCÈS D'ANGELO ET D'HEKNANI

thèse générale les droits de la propriété littéraire, et rappellent au Théâtre -Français le but de son institution en protesunt contre le scandaleux monopole qui Tcxploite. M>us accorderez à l'une et i l'autre de ces pensées des premiers juges. l'autorité de votre haute sanction; et, en donnant ainsi ^ la Comédie- Française une leçon de bonne foi , vous consacrerez, au profit de la littérature dramatique, un principe tutélaire de liberté. »

M* Dclanglc, en quelques mots de réplique, cherche à réublir les chiffres des recettes qu'il avait représentés, et qui donnent lieu \ de vives interpellations auxquelles prennent part MM. Victor Hugo et Vcdel.

M. Victor Hugo : «Je dénie formellement les chiffres présentes par l'avocat; ils sont inexacts, et la Comédie le sait, le directeur m*a refuse communication des registres. »

M. VÉDEL : «Ccst vrai. J'ai cru devoir le faire.»

M. LE FEEMIEX paESiDENT, scvèrement : «Pourquoi avez-vous refusé vos registres? Vous avez eu tort, monsieur.»

M. Védel garde le silence.

M. LE PI£MIEIL paésiOENT : «La parole est à M. l'avocat général.»

M. Victor Hugo : «Je prie la cour de me permettre quelques observations. »

M. LE pREMiEa PRESIDENT : «Parlez, monsieur Victor Hugo, parlez.»

M. Victor Hugo (mouvement S attention) : «Ainsi que je l'ai dit devant les premiers juges, si je prends la parole dans cette affaire , c'est qu'il y va d'un intérêt général. Ce n'est pas de moi seulement qu'il s'agit, messieurs, c'est de toute la littérature. Ce procès résoudra une question vitale pour elle. Aussi ai- je dû intenter ce procès, aussi ai-je dû ajouter ma parole, dévouée aux intérêts de tous, à l'éloquente parole de mon avocat. Ce devoir, je l'ai accompli une première fois devant le tribunal de commerce, je viens l'accomplir une seconde fois devant la cour.

«Et en effet, messieurs, le fait si grave que je viens d'énoncer résulte du

procès tout entier. Qu'est-ce donc que ce procès? Examinons-le.

«Dans ce procès , j'ai deux adversaires ; l'un public , l'autre latent, secret, caché. L'adversaire public n'est pas sérieux, c'est le Théâtre - Français 5 l'adversaire caché est le seul réel. Qui est-il? \^us le saurez tout à l'heure.

«Je dis que mon adversaire public^ le théâtre, n'est pas un adversaire sérieux. Et , en effet , que suis-je pour le Théâtre- Français? Un auteur dramatique. Et quel auteur dramatique ?

«Ici, messieurs, est toute la question.

Messieurs , il n'y a pour les théâtres que deux espèces d'auteurs dramatiques, les auteurs qui les enrichissent et les auteurs qui les ruinent. Pour les théâtres, les pièces qui rapportent de l'argent sont les bonnes pièces; les pièces qui ne rapportent pas d'argent sont les mauvaises.

Sans doute , c'est là une grossière façon de juger, et la postérité classe les poètes d'après d'autres raisons. Mais nous n'avons pas à traiter ici la question littéraire; nous ne sommes pas la postérité, nous sommes les contemporains.

«Et pour les contemporains, pour les tribunaux en particulier, entre les critiques qui affirment qu'une pièce est bonne et les critiques qui affirment qu'une pièce est mauvaise, il n'y a qu'une chose certaine, qu'une chose prouvée , qu'une chose irrécusable , c'est le (ait matériel, c'est le chiffre, c'est la recette, c'est l'argent.

«Les contemporains jugent souvent mal, c'est possible. Le Misanthrope a ruiné le théâtre, Tiridate l'a enrichi. Eh bien , devant les contemporains , le MiS' antbrope a tort et Tiridate a raison. La postérité casse parfois les jugements des contemporains ; mais , je le répète , pour les auteurs vivants, nous ne sommes pas la postérité. Acceptons donc pour vérité, sinon littéraire, du moins commerciale , ce fait que , pour les théâtres , il n'y a que deux espèces d'auteurs, les

ANGELO

autears qui les ruinent et les auteurs qui les enrichissent.

ff Eh bien , que suis-je pour le Théâtre- Français ? Suis-;e un auteur qui le ruine ? suis-je un auteur qui Tenrichit? Voici le premier point dont il importe d'avoir la solution. Cette solution rayonnera ensuite sur toute la cause.

«Je n*ai fait recevoir au Théâtre-Français que quatre pièces , Marion de Lorme, Hemani, le Roi s'amuu, Angelo. De ces quatre pièces , deux , Manon de Lorme et le Roi somme, ont été, à deux époques différentes , arrêtées par la censure \ deux seulement, Hemani et Angelo, ont pu être librement représentées. Maintenant, combien ces deux dernières pièces ontelles eu de représentations ? Quatre-vingtonze. Quelle somme totale ont produite ces quatre-vingt-onze représentations ? — Ici, messieurs, je dois le dire, dans le premier procès, justement indigné des manœuvres de la Comédie - Française contre les dernières représentations à^ Angelo, j'avais cru devoir rejeter du total de mes recettes ces quelques recettes évidemment préparées artificiellement par le théâtre pour le besoin de la cause et pour servir d'argument, comme mon avocat vous l'a excellemment démontré, et comme l'a jugé le tribunal de commerce. J'avais cru, dis -je, devoir rejeter ces recettes $ mais à quoi bon ? que m'importe? Ma cause n'est- elle pas victorieuse, même en admettant ces recettes ? Je les admets donc.

«Eh bien, messieurs, même en y comptant ces mauvaises représentations , résultat des intrigues du théâtre, les recettes de mes quatre-vingt-onze représentations à la Comédie-Française donnent un total de deux cent cinquanteneuf miUc neuf cent soixante-trois francs quinze centimes, et une moyenne de deux mille huit cent cinquante - six francs soixante-sept centimes. Les frais sont de mille quatre cent soixante-dix francs par représentation. Calculez le

bénéfice. La moyenne des recettes de M"* Mars dans l'ancien et le nouveau répertoire, de M*** Mars, la célèbre actrice, qui a quarante mille francs d'appointements pour les énormes recettes qu'elle produit, — prises dans les conditions les plus favorables, dans l'hiver, pendant que mes pièces ont toujours été jouées l'été, — la moyenne des recettes de M"* Mars est deux mille six cent dix-huit francs quatre-vingt-seize centimes. Calculez la différence. En faveur de qui est-elle ? En ma faveur.

«Je puis donc le dire, et le dire hautement, — cela d'ailleurs ne préjuge en rien la valeur littéraire de mes ouvrages , — je suis , pour la Comédie-Française , au nombre des auteurs qui l'enrichissent 4 cela résulte invinciblement des faits, des preuves , des chiffres ...»

M. Vëdel, interrompant : «Je ne Fai jamais contesté; M. Victor Hugo n'avait pas même besoin d*insister là-dessasj M. Victor Hugo est audessus de cette discussion.»

M. Victor Hugo : «Je le crois, monsieur ; je l'aurais même dédaignée , cette discussion de chiffres, parce que la notoriété publique suffirait pour la trancher; mais, votre avocat ayant avancé des allégations, j'ai dû lui répondre par des preuves. »

Ici M. Victor Hugo se retourne vers la cour et ajoute : «Eh, messieurs, il n'a pas tenu à moi que ces preuves fussent plus complètes encore. Je voulais, par un dépouillement étendu des registres de la Comédie-Française, mettre les tribunaux à même de comparer mes recettes avec celles des auteurs privilégiés qu'on joue le plus souvent i ce théâtre. Une vive lumière eût jailli de ce rapprochement. J'ai demandé au théâtre communication de ses registres.

Le théâtre a refusé.

«Ainsi, dans cette cause, nos chiffres sont publiés ; le théâtre cache les siens. Tout ce qui nous concerne est mis au jour } le théâtre se retranche dans l'ombre.

PROCÈS D'ANGELO ET D'HEKNANI

Nous combattons à visage découvert; la Comédie combat masquée. De quel côté est la loyauté ?

«tOn se récrie, on discute, on publie des chiffircs dans certains journaux. Qui nous prouve que ces chiffres sont exacts ? La vérification ne pourrait s*en faire que sur les registres du théâtre, le théâtre refuse ses registres. Jugez entre nos adversaires et nous, messieurs.

«Je reprends. Que suis-je donc pour le Théâtre-Français ? Un auteur dramatique. Qixcl auteur dramatique? Un auteur dramatique qui remplit la caisse du théâtre. Voilà les £aits. De quelle &çon est-ce que je me présente dans cette cause ? Avec des drames dans une main et des traités dans l'autre. Qu'est-ce que ces drames? Je viens de vous le dire. Qu'est-ce que ces traités? Je vais vous le dire. Les drames ont-ils été profitables au théâtre? Oui, messieurs.

Les traités sont-ils valables ? Oui , également.

«Eh, messieurs, ces traités, mon avocat vous l'a dit et l'avocat du théâtre n'a pu le contester, ce n'est pas moi qui les ai faits, c'est la Comédie-Française. Ce n'est pas moi qui les ai demandés, c'est la Comédie-Française. Ce n'est pas moi qui ai été chercher le théâtre, c'est le théâtre qui est venu me chercher. Au nom du théâtre , M. Taylor est venu me trouver; au nom du théâtre, M. Desmousseaux est venu me trouver; au nom du théâtre, M. Jouslin de Lasalle est venu me trouver ; au nom du théâtre , M. Védcl est venu me trouver. Pourquoi? pour m'offrir ces mêmes traités que le théâtre repousse maintenant. — Et je dis tout ceci devant M. Védel qui connaît les faits comme moi et qui ne me démentira pas.

«Ces traités, les directeurs successifs du théâtre les ont écrits en entier de leur main. Ces traités, ils les ont réclamés de moi, ils les ont sollicités, ils les ont obtenus comme une faveur, et

THiATRE. — m.

bientôt ils me demanderont de nouveaux ouvrages. »

M. VÉDEL : « Certainement , et c'est ce que j'ai toujours demandé.»

M. VicTOE. Hugo : «Vous l'entendez.

[Mouvement. ) C'est qu'apparemment mes traités sont valables , et le théâtre le sait bien. Mes pièces ont rempli la caisse, et le théâtre le sait bien. Le théâtre, je l'ai dit en commençant , n'est pas sérieusement mon adversaire. Le théâtre a eu besoin de moi , et , je ne crains pas de le dire, il en aura besoin encore. Avant trois mois , vous le verrez , si les recettes baissent, le directeur de la Comédie- Française saura retrouver le chemin de ma maison. Il me trouvera bienveillant.

«11 me trouvera bienveillant. Pourquoi ? parce que dans toute cette affaire, je le répète, le théâtre, en vérité, n'est pas mon adversaire réel. La Comédie a mis beaucoup de mauvaise foi dans cette lutte, mais c'est une mauvaise foi qu'on lui a imposée, je le sais; elle en rougira un jour, et je la lui pardonne des à présent.

«Mais, si les comédiens français ne sont pas mes adversaires véritables , quels sont donc mes adversaires ? Ici, messieurs, j'arrive à la véritable question , à la question importante , à la question générale , à la question qui m'a fait prendre la parole, à la question dont la solution intéresse la littérature dramatique tout entière.

«Non , ce n'est pas au théâtre que sont mes réels adversaires. Où sont-ils donc? Je vais vous le dire.

«Messieurs, mon adversaire dans cette cause, ce n'est pas le gouvernement 5 ce serait mettre un trop grand mot sur de petites tracasseries $ ce n'est pas le Ministère, ce n'est pas même un Ministre.

J'en suis fâché; j'aurais souhaité avoir affaire à quelqu'un de considérable dans cette occasion 5 ne fut-ce que par dignité ,

IHrMMBAlB XATIOIALB.

)*aimc mieux les grands ennemis que les petits ennemis j mais, il faut bien que j'en convienne, mes ennemis ne sont pas grands. (Sensation.)

«Mon adversaire, dans cette cause, c'est une petite coterie embusquée dans les bureaux du Ministère de l'intérieur, qui, sous prétexte que la subvention passe par le Ministère pour aller au Théâtre- Français, prétend régir et gouverner souverainement à sa guise ce malheureux théâtre. Je dis ceci hautement, messieurs, pour que l'avertissement sévère de mes paroles aille jusqu'au Ministre.

Si ce procès a lieu aujourd'hui , c'est que cette coterie l'a voulu j si le Théâtre- Français a manqué â ses engagements, c'est que cette coterie toute-puissante l'a voulu; si, à l'heure qu'il est, trois ou quatre auteurs seulement sont représentés constamment au Théâtre-Français à l'exclusion de tous les autres , c'est que cette coterie le veut. C'est un groupe d'influences uni, compact, impénétrable, une camaraderie, — ce n'est pas moi qui ai inventé le mot [on rit)^ mais, puisqu'on l'a £ait , je m'en sers , — une camaraderie, dis-je, qui bloque et qui obstrue l'avenue du théâtre. Tout un grand coté de la littérature est mis par elle à l'index. C'est à la littérature presque tout entière que cette coterie prétend fermer la porte du théâtre. Cette porte, messieurs, votre arrêt la rouvrira.

«Je le dis parce que c'est un £ait, mais c'est un &it bien étrange, cette coterie a déjà la censure politique, elle veut avoir, en outre, la censure littéraire.

Que pensez-vous de la prétention , messieurs ?

«Aussi c'est un devoir que j'accomplis maintenant. En 1832, j'ai flétri la censure politique; en 1837, je démasque la censure littéraire. La censure littéraire ! comprenez-vous , messieurs , tout ce que ce mot a d'odieux et de ridicule? La fantaisie d'un commis , le bon goût d'un commis, la poétique d'un commis, la

bonne ou mauvaise digestion littéraire d'un commis, voilà la loi suprême qui régira la littérature désormais I L'opinion sans contrôle et sans appel d'un censeur qui ne saura pas toujours le^ français , voilà la règle souveraine qui ouvrira et qui fermera désormais aux poètes le théâtre de Corneille et de Molière!

La censure littéraire ! et avec cela la censure politique! Deux censures, bon Dieu! N'était-ce pas déjà trop d'une?

( Vive imprefioH.)

«Et en terminant, messieurs, permettez-moi une observation. Pour attaquer toute espèce de censure , je suis dans une position simple et bonne. Dans un temps oii une licence déchaînée avait envahi les théâtres , moi , partisan de la liberté des théâtres, je me suis censuré moi-même. Mon avocat et l'avocat de la Comédie-Française vous l'ont raconté de concert, et je ne rappelle ici qu'un fait connu de tout le monde. En août 1830 , j'ai refusé au Théâtre-Français d'autoriser la représentation de Marion de Larme i je l'ai refusé afin que le quatrième acte de Marion de Larme ne fût pas une occasion d'injure et d'outrage contre le roi tombé. L'avocat du théâtre vous l'a dit lui-même, un immense succès de scandale politique m'était offert, je n'en ai pas voulu. J'ai déclaré qu'il n'était pas digne de moi de faire de l'argent, — comme on dit à la Comédie, — avec l'infortune d'une royale famille, et de vendre, en plein théâtre, aux passions haineuses d'une révolution le manteau fleurdelysé du roi déchu. J'ai déclaré en propres termes, quant à ma pièce, que j'aimais mieux quelle tombât littérairement que de réupr politiquement! et , un an après , en racontant ces faits dans la préface de Marion de Larme, j'imprimais ces paroles, qui seront toujours, en pareille occasion, la règle de toute ma vie : «C'est quand « il n'y a plus de censure que les auteurs «doivent se censurer eux-mêmes, hon- «nctement, consciencieusement, sévère-

PROCÈS D'ANGELO ET D'HEKNANI

«ment. Qji^nd on a toute liberté, il sied «de garder toute mesure.» {Mouvement iappnhafton,)

« Le tribunal de commerce a apprécie tous ces faits, messieurs. Il a entendu le début public des plaidoiries, il a approfondi les moindres détails de la cause dans son délibéré. Il a vu qu'il y avait au fond de la résistance du Théâtre- Français dans cette af&ire une intrigue fatale à la littérature. Il a senti qu'il était injuste que ce théâtre, le seul national, le seul subventionné, le seul littéraire, fât ouvert â quelques auteurs et fermé pour tous les autres. Le tribunal consulaire, dans sa loyale équité, est venu au secours des lettres. Il a rendu un jugement mémorable que vous consacrerez, je n'en doute pas, par une mémorable confirmation. Il a rouvert

à deux battants pour tout le monde la porte du Théâtre-Français j ce n'est pas vous, messieurs, qui la fermerez. Vous aussi , messieurs , vous êtes la conscience vivante du pays. \^usaussi, vous viendrez en aide à la littérature dramatique persécutée de tant de façons honteuses, et vous ferez voir à tous , à nous comme à nos adversaires , à la littérature dont je défends ici les libertés et les intérêts, à cette foule qui nous écoute et qui entoure ma cause d'une si profonde adhésion, vous ferez voir, dis-je, qu'au-dessus des petites cavernes de police il y a les tribunaux, qu'au-dessus de l'intrigue il y a la justice, qu'au-dessus des commis il y a la loi.» (Sensation profonde et prolongée,)

M. LE PREMIER PRESIDENT : «(La ciusc cst fcmisc à huiuine pour entendre M. Tavocat général.»

AUDIENCE DU 12 DécEMB&E.

Une affluence aussi considérable qu'au jour des plaidoiries remplit Tauditoire et les places réservées.

M. Victor Hugo est assis dans une tribune près du barreau.

M. Pécourt, avocat général, prend la parole.

Il reconnaît sur tous les points la validité des arguments apportés par M. Victor Hugo et par son défenseur.

«Quelle doit être, dit en terminant M. l'avocat général y la quotité des dommages-intérêts k allouer k M. Victor Hugo ? Nul doute qu'en ne jouant pas depuis sept ans Hemani, et depuis trois ans Marion de Lorme, nonobsunt les instantes réclamations de l'auteur, on ait fait éprouver )l M. Victor Hugo un préjudice considérable. Mais cette cause n'est pas de sa part UQ procès d'argent , et la position malheureuse dans laquelle se trouve actuellement le Théâtre-Français peut déterminer la cour k une dtfninution dans le chiffre adopté par le tribunal de commerce; nous pensons, quant k nous, que ce chiffre pourrait être réduit, par ces seub moti£i, k la somme de trois mille francs.

«Le tribunal de commerce a fixé k deux mois le délai qu'il accorde au Théâtre-Français pour la représenution à*Heman$, et k trois

mois celui qu'il impartit au théâtre pour celle de Marion de Lorme, Nous n'apercevons aucun inconvénient k étendre ces délais k trois et quatre mois, ainsi que le demande la Comédie- Française.»

M. Tavocat général conclut k la confirmation du jugement, sauf la réduction k trois mille francs des dommages-intérêts et l'extension des délais pour les représentations.

M. LE PREMIER PRESIDENT : «La cour, pour être fait droit aux parties, ordonne qu'il en sera de suite délibéré.»

Après vingt minutes de délibération dans la chambre du conseil, la cour rentre en séance, et M. le premier président prononce, au milieu d'un profond silence, un arrêt par lequel

«La cour,

«Adopunt les motifis des premiers juges, — confirme purement et simplement le jugement du tribunal de commerce.»

Des marques unanimes de satisfaction se manifestent dans l'auditoire après le prononcé de cet arrêt, qui satisfait l'opinion publique d'une manière si éclatante, et M. Victor Hugo reçoit les vives félicitations du public nombreux qui l'entoure.

NOTES DE CETTE EDITION

LE MANUSCRIT

D'ANGELO

Il n'y a pour Angelo ni reliquat, ni notes inédites j mais le manuscrit, qui diffère fréquemment de la pièce imprimée, fournit encore des indications précieuses sur le travail du poète et nous donnera, dans les passages supprimés, bien des lignes et des pages éloquentes ou curieuses et bonnes à conserver.

Le manuscrit (T Angelo, d'une écriture cursive et assez fine, avec marge égale au texte, est d'un format presque carré, 22 centimètres sur 25 et demi, et compte 102 feuillets écrits des deux côtés et paginés par lettres recommençant à chaque acte, avec indication de l'acte en petits chiffres.

Le titre, Angelo, tyran de Padoue, est inscrit en deux lignes sur une feuille de papier gris bleu.

PREMIÈRE JOURNÉE

Après la Préface, une autre feuille bleue porte simplement : Fremïire Journée , sans le sous-titre, la Clef. Aucune des Journées n'a de titre dans le manuscrit. A la marge, la date : 2 février iS}j.

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