‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 110 sur 336 · SCÈNE VI. — Catarina, Rodolfo · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — Catarina, Rodolfo

Victor Hugo avait écrit pour cette scène un commencement développe, oJl Rodolib parlait à peu près seul. Il y substitua, avec raison, le dialogue animé de la représentation; mais il voulut sans doute conserver certains détails poétiques de la première version et, contre son habitude, il la recopia et l'inséra dans le manuscrit à la fin de l'acte. La voici :

Catarina. — Ciel! Rodolfo!

Rodolfo. — Catariiu! c'est moi! moi pour un instant! pour un petit instant! Te voir! je n'ai pu résister au désir de te voir aujourd'hui. Je me suis servi de la clef que tu m'as donnée. Tu vois ? Ne crains rien. Aucun danger en ce moment pour toi, ni pour moi. Le podesu est sur le pont Molino en grande conférence avec les six seigneurs criminels de nuit. Oh! je voudrais tout te dire à la fois. Catarina! tu es ma vie, je te dis que tu es ma vie. Vois comme je suis essoufflé. Ne crains plus rien de ce sbire, de cet Homodei. Il ne te fera plus de mal. Entends-tu? sois tranquille. Pauvre amie, tu es toute pâle encore! Des émotions de cette nuit, n'est-ce pas? Oh! c'est une étrange aventure, et que je ne comprends pas encore, mais tu vois bien que Dieu est pour nous. Oh! j'ai une clef de chez toi! Quand je pense que je pourrai peut-être te voir ainsi tous les jours! quelle joie! Dieu nous protège, va!

Catarina. — Tu crois?

Rodolfo. — Comme tout est calme et charmant autour de toi! A quelque chose de sacré qui est répandu dans cette chambre, Catarina, on sent que tu l'habites jour et nuit. Cette chambre est pleine de tous les parfums de ton âme. Les beaux arbres sous u fenêtre! le beau printemps! le beau soleil! Tout est paisible et pur ici. C'est le seul coin béni dans cette ville maudite! Oh! oui, bien maudite, en eflfct! Aujourd'hui, par exemple, tu ne te doutes pas de cela, Padoue ou Venise commet dans l'enceinte de ces murs quelque grand crime. Il y a quelque chose. La ville est morne. I>es archers battent les rues. Tout le monde parle bas. A l'église Saint- Antoine, il parait qu'on dit l'office des morts pour quelqu'un qui va mourir. Pour qui? on l'ignore. Tu n'en sais rien, toi?

Catarina. — Non, Rodolfo, je n'en sais rien.

Rodolfo. — Oui, à l'heure où nous parlons, il se passe, à coup sûr, une chose terrible quelque part. Des gens disent que c'est Roderigo Montagnonc et Pandolfo Salinguerra qui vont être décapités. Ange! rien de tout cela n'arrive jusqu'à ta solimde.

Catarina. — Non, rien...

DiGHtized by

250 ANGELO

RoDOLFO. — La tynmnic et rinquisition partout! Quand je suis entré dans le palais 9 le capitaine-grand ma prévenu que ni moi, ni personne ne pourrions en sortir avant la nuit, et, à chaque pas qu'on j Ëiit, un sbire.

Catarina. — Personne ne sortira du palais avant la nuiti

RoDOLFO. — Personne.

Catamna, à part. — Pas d'évasion possible. O Dieul

RoDOLFO. — Mais je te vois, je te parle, j'oublie tout. A quoi pensais-tu, dis, quand je suis entré? Cela ta-t-il surprise de me voir? Que fàisai&rtu?

Catarina. — Moi? rien. Je pensais à vous, mon Rodolfb bien-aimé. J'essayais de me rappeler cet air que vous chantez si bien, vous savez. Tenez, j'ai encore là ma guitare.

RoDOLFO. — Je t'ai écrit ce matin. . .

Page 1