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THEATRE-FRANÇAIS

PERSONNAGES. 28 avril 1835. 26 mars 1836.

ACTEURS

LaTisbe M"- Mars.

Catawna M"' Dorval.

Angelo MM. Bcauvallct.

RoDOLFO Gcffroy.

HoMODEi Provost.

Anafesto Mathicn.

Reoinella M"** Touscz.

Dafne Thicrrct.

Gaboardo MM. Arsène.

Okdelafo »

Orfeo f

Troïlo Faurc.

Le Doten Albert.

L' Archiprêtile . . . Montlau r.

Un Page noir. . . . M"* Aglac.

ACTEURS

M— Dorval.

Volnys.

MM. Bcaavallet.

Gcffroy.

Provost.

Mathien.

M— Tousea.

Thicrret. MM. Arsène.

Faurc.

Albert.

Montlau r.

M"- AgUé.

18 mai 1850.

ACTEURS

M"- Rachel.

Rcbecca Félix.

MM. Bcauvallet.

Maillart.

Maubant.

Chéri.

M"" Thénard.

Favart.

MM. Mathien.

Bertin.

Tronchct.

Rosambeau.

M- Wïrms.

THEATRB- SARAH-BERNHARDT

7 février 1905.

ACTEURS

M— Sarah Bernhardt.

Blanche Dufréne.

MM. Desjardins.

Deneubourg.

de Max.

Guidé.

M— Scylor.

Kcrwich.

MM. Cauroy.

Bary.

Cartereau.

Halay.

Monvallier.

Espinasse.

Angelo.

REVUE DE LA CRITIQUE

Angelo, malgré le succès de la première représentation , fut presque aussi maltraite par les feuilletons que Marie TuJor, C'était décidément la guerre ouverte.

Lf ConlHtutionnel , le National, le Courrier français, la Galette de France, etc. , firent rage. Point d'analyse, point de discussion j des injures. Ils n'ont tous qu'un mot, qu'un cri : Mélodrame! mélodrame! et tout est dit. Il n'y a vraiment rien à garder de cette critique sans critique. L'article de Gustave Planche,

dans la Revue des Deux-Mondes, en donnera un suffisant échantillon :

... N'est-ce pas Ik, je le demande, un mélodrame de boulevard ? Comptons sur nos doigts : une clef, un crucifix, une fiole de poison, une subite résurrection. N'est-ce pas l'arsenal entier du répertoire qui a fait la renommée de M. Marty ? Un tyran , une courtisane, un sbire, rien n'y manque. Homodei, après avoir allumé l'incendie, meurt assassiné au milieu de la pièce, Angelo ne reparaît plus dès que sa femme est endormie du som-

REVUE DE LA CRITIQUE

mcil qu'il espère éterael. C'est tout bonncmeat le conte de Barbe-Bleue.

lyHemami \ AnffU, la route parcourue est incalculable. Comment des cimes de la poésie lyrique M. Hugo est-il descendu jusqu'aux tréteaux du mélodrame?... Ljtcrke Borgûtj Marie Tudor, Amfflo, sont de la même famille. C'est une génération de monstres bavards t»).

Un jeune poète de talent , Louis de Niaynard, qui écrivait dans le Monde dramatique, constate Tinutilitc de ces attaques :

C'est un beau specucle \ suivre que celui du génie qui se transforme ou fait sa carrière^ undis que de toutes parts , sous ses pieds, s'agitent les mauvaises passions qui voudraient l'étouffer, et qu'il inonde de lumière en marchant. Que de fois on a tué cet homme-ci ! Que de fois tous les journaux se sont réunis en disant ; Donnons-lui un assaut général, et qu'il n'en soit plus parlé ! Et toujours on en parle. Mort après le Roi samme, il reparaît avec Lserke Borgia; mort après Lmcrke Bargia, il reparaît avec Marie Ttidor, Marie Tudor devait être son tombeau, qui eût été après tout un tombeau digne de lui, éclairé par sa poésie et par toute une ville en feu ! Et voilk qu'hier Paris, entassé dans une salle, frémissait et pleurait devant sa sixième ou septième fantaisie, devant ce magnifique drame à*Anffl$j intitulé comme une vieille pièce de Shakespeare : Angek, tyra» de Padone,

Théophile Gautier, lui aussi, sans daigner s'occuper des critiques vaines, j répondait indirectement. Il n*ayait pas eu à rendre compte du drame, il rendit compte du livre , et il ne parle que de la ferme. Mélodrame, si l'on veut, qu'importe, du moment que le mélodrame a la beauté.

... De tout drame de M. Victor Hugo, il reste un beau livre; tout n'est pas dit quand la toile a été baissée et l'actrice redemandée. Ce qui est important pour les autres n'est qu'un détail pour lui. La pièce a soixante représenutions comme Hemanioxx n'en a qu'une

t'» Kevne des Deux-Mondes (i^mai 183 j).

comme le Koi s'amme, cela importe si peu, que c'est une vérité reconnue maintenant, que ce même Rûis'amutej si outrageusement sifflé, est la meilleure pièce de M. Victor Hugo. Le lecteur a cassé le jugement du specutcur et le livre a corrigé le théâtre. Chaque individu de cette foule qui fusait ob! et ab! aux plus beaux endroits a applaudi séparément. Car le poète, face k face avec lui, débarrassé des mille empêchements matériek, du faux jour des quinquets, du nez de celui-ci, des jambes de celui-Di, des gaucheries de la mise en scène et de l'inintelligence de tous, s'emparait de lui et le pénétrait de son souffle, et l'emportait de ses ailes puissantes bien au-dessus de la vieille salle du Français.

En 1850, le public a fait des progrès et l'opposition de parti-pris a déposé les armes. Les journaux parlent maintenant (VAngelo comme d'une œuvre consacrée et mettent tout l'intérêt de la reprise dans la comparaison entre M*** Mars et Rachel.

LArtiHe.

Pierre Mautourne.

... Sans rien retrancher au souvenir du charme dont M"* Mars avait empreint le rôle de la Tisbe, on peut convenir qu'elle ne l'avait pas conçu dans toute sa largeur. Pour ceux qui s'en tenaient au type de cette première Tisbe, l'interprétation si neuve et si puissante que vient d'en faire M"* Rachel a dû être une révélation.

... Peu de rôles de son répertoire, déjk si nombreux, donnent k M"* Rachel une gamme de sentiments aussi variée que celui de la Tisbe. Dans la scène où Homodei lui jette au cœur la première morsure du soupçon, les gradations de l'inquiétude croissant jusqu'k l'angoisse, l'admiration éclate lorsque M"* Rachel jette k l'homme mystérieux ce cri : «Il ment!... Comme il ment!...» La scène de la clef était le terrain le plus scabreux pour M"* Rachel. M"' Mars y fusionnait les savantes coquetteries de Célimène et les charmantes finesses de la comtesse de la Gageure, C'était plein de grâce et de séduction, sans doute; mais était-ce W le vrai caractère des ruses de coquetterie de la Tisbe ? Sous l'ardente courtisane italienne, n'en venait-on pas \ sentir

ANGELO

un peu trop parfois le goût exquis , mais un peu affaiblissant y d'une ravissante marquise de Marivaux et de Sedaine ? Chez notre Tisbe d'aujourd'hui y c'est un tout autre accent qu'j prennent les chatteries de l'astuce. Cette femme ne s'inquiète nullement des petits côtés de la grice; elle a cette grice puissante qui naît de la force; elle est belle et redouuble comme une lionne qui caresse... Dans la scène o^i la comédienne^ ivre de jalousie et de douleur^ insulte et tient haletante a sous ses pieds», comme elle dit, la femme du podesu. M"* Rachel, en plein drame, devait arriver i ces éclaunts effets qu'elle trouve dans toute langue digne de son talent. La scène est une des plus amples de notre théâtre moderne.

Le Rappel.

t'aul Mbuijce.

Quelle splendide soirée que cette représentation de samedi 1 Ce sont Ik de ces fêtes de l'art qui consolent et qui relèvent des troubles et des défaillances de la politique. On en sort l'esprit élargi, le cœur rassuré, en se disant : Il faut que ce temps inquiet et ce pays agité soient encore tout pleins de sève, de force et de vie, pour donner \ la civilisation de tels spectacles, pour répandre .sur une telle œuvre de telles clartés, pour faire interpréter un tel génie par un tel génie.

Le drame de Victor Hugo n'était pas plus beau avant-hier qu'il j a quinze ans; mais, disons-le, il a semblé plus beau: le poète, en effet, a grandi par tout ce qu'il a ajouté depuis \ son œuvre et \ son action; le public a grandi aussi par tout ce qu'il a vu et fait, pensé et souffert; enfin, l'interpréution a grandi hors de toute comparaison. M"* Rachel, que quelques-uns ont trouvée seulement égale \ M"* Mars dans l'ensemble du rôle de M"* de Belle-Islc, lui a été tellement supérieure dans le r61e de la Tisbe, qu'on pourra dire qu'elle seule a créé cette belle et douloureuse figure. C'était l'avis de Victor Hugo lui-même aux répétitions; c'a été, k la représenution, l'avis de la salle enthousiasmée, qui rappelait, après chaque acte, l'éminente artiste, et qui l'a couverte, \ la fin, de couronnes et de Heurs. . .

... Ce qui nous frappe dans Angelo, c'est le cachet de vérité empreint dans ce beau drame plus profondément que dans aucune

des pièces de Victor Hugo, Mane Ttidor peutêtre exceptée.

Et ce n'est pas seulement la vérité lyrique, la vérité de la poésie, la vérité de l'art que nous louons spécialement dans Angelo, c'est la vérité absolue^ la vérité du sentiment intime et de l'expression familière, la vérité de la vie. Examinez toutes ces admirables scènes, et vous verrez si la réalité peut $tre mieux prise sur le fait toute chaude et toute palpitante comme un oiseau dans son nid.

Par exemple, la comédie charmante et terrible que joue la Tisbe avec Homodei et avec Angelo, \ propos de la clef d'or, y a-t-il rien de plus nature, pour parler comme les peintres ? Ne se dit-on pas \ tout instant : Comme c'est vrai! comme c'est celai quand on suit, dans la scène d'effiision si ardente et si pure entre Caurina et Rodolfb, la joie, l'épouvante, et les questions multipliées, et les idées confuses, et tout l'adorable bavardage de cette autre innocence qu'on appelle l'amour? Ce n'est plus composé, ce n'est plus écrit, c'est senti, c'est parlé.

Il est bien entendu que, pour être vrai, Amfflo n'en est pas moins grand. Seulement, ici, c'est par la réalité que Victor Hugo monte k l'idéal, c'est par la prose qu'il s'élève \ la poésie. Dans Hemami, dans Marion de Larme j dans le Roi s*amme, dans Luer^ Bor^a même, il partait du grand pour arriver au vrai. Dans An^lo, il part du vrai pour arriver au grand.

La ?refie.

Théophile Gautier.

Angelo est le seul drame en prose que Victor Hugo ait fait représenter au Théitre- Français; mais une telle prose, si nette, si solide, si sculpturale, vaut le vers; elle en a l'éclat, la sonorité, le rythme même; elle est tout aussi littéraire et difficile k écrire.

Nous étions sûr que M"* Rachel obtiendrait un immense succès dans la Tisbe, et qu'elle serait parfutement \ l'aise avec ces lignes aussi fermes que les alexandrins de Corneille. Rien ne va mieux 2i son débit detaillé et savant, i son accent profond, que ces phrases qui résonnent sur l'idée comme une armure d'airain sur les épaules d'un guerrier, que ce style si arrêté, si net et si magistral, qui vient en avant comme un basrelief taillé par le ciseau.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Une grande qiialité de M"* Rachel^ est qu'elle réalise plasdquement Tidée de son rôle : dans PMre, c'est une princesse grecque des temps héroïques; dans Attgeic, une courtisane italienne du xvi* siècle ^ et cela d'une manière incontesuble aux jeux. Personne ne s*j trompera y les sculpteurs et les peintres ne feraient pas mieux. Elle domine tout de suite le public par cet aspect impérieusement vrai. Dans la tragédie, elle semble se déta-

cher d'un bas-relief de Phidias pour venir sur l'ayant-scène ; dans le drame, on dirait qu'elle descend d'un cadre de Bronzino ou du Titien.

Il est impossible de rêver quelque chose de plus radieux, de plus étincelant, d'une plus splendide indolence que la toilette de la Tisbe quand elle traverse la fête, traînant en laisse le podesu qui gronde et grogne comme un tigre dont le belluaire tire trop vite la chaîne.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Amgek, tyran de PadoMe. — Œuvres de Victor Hugo, Drame VII. Paris, Eugène Renduel, rue des Grands- Augustins, n* 22 (imprimerie Éverat), 1835. Edition originale in-8*, publiée \ 6 francs.

Am^ avec Marie Tndor, — Eugène Renduel, 1836. Réimpression de la précédente.

AMgtlo avec Marie Tndor, — Eugène Renduel, rue Christine, n* 3 (imprimerie Terzuolo), 1837. La nouvelle chanson et la note concernant les documents historiques employés par l'auteur sont publiés pour la première fois dans cette édition.

Anfflo,., — Théâtre de Victor Hugo, de l'Académie française, deuxième série. Paris, Charpentier, 1841, in-18, édition collective; prix : 3 fr. jo.

AMffk.,» — Œuvres de Victor Hugo, tome IX. Furne et C% rue Saint-Andrédes-Arts, n* 55, 1841, in-8';une gravure hors texte de Camille Rogier.

Aufflo, — Paris, Michel Lévy, 1845, édition grand in-8'' \ deux colonnes.

Amgelo, — Œuvres illustrées de Victor Hugo, édition J. Hetzcl. Paris, Marescq et O* et Blanchard, 1853, grand in-8'' k deux colonnes.

Angelo, — Théâtre de Victor Hugo. Paris, édition J. Hetzel (s. d.). Réimpression de la précédente.

Angelc.,, — Œuvres de Victor Hugo, Drame III. Alexandre Houssiaux, libraire éditeur, rue du Jardinet -Saint -André- des - Arts, n'3 (imprimerie Simon Raçon etC"), i8j6. Édition in-8*, ornée de vignettes.

Amgtk.», — Œuvres de Victor Hugo, Théâtre m. Paris, A. Lemerre, 1876, petit in-12; prix : 6 francs,

Angelo, tyran de Padoue, — Œuvres complètes de Victor Hugo, Drame m. Édition définitive, Paris, Hetzcl-Quantin , i88a, in-8'.

Anfflo, tyran de Padoue, — Victor Hugo illustré. Théâtre. Paris, E. Hugues (s. d.), grand in-8** \ deux colonnes.

An^elo, tyran de Padoue, . . — Œuvres complètes de Victor Hugo, Drame III. Édition nationale, Emile Tesurd et C'*, 1887, petit in-4'; illustrations de Henri Martin.

Angelcj tyran de Padoue. , . — Petite édition définitive in-i6 (s. d.), Hetzel-Quantin ; prix : 2 francs.

Angeic, — Edition k 25 centimes le volume, 2 volumes in-32; Jules Rouff et C'*, rue du Cloître-Saint-Honoré, Paris (s. d.).

Angelo, tyran de Padoue,,, — Édition de l'Imprimerie nationale, 1905, Paris, Paul Ollendorff. Chaussée d'Antin, n* jo, grand in-8% Théâtre El. Notes et notices nouvelles. Publiée k 10 francs.

ANGELO

NOTICE ICONOGRAPHIQUE

Mort de la Tkhe (rv* acte), dessin de Louis Boulanger^ gravé sur bois par Belhatte. — he Monde dramaiiqMej tome I^ 1835.

M'^ Dorval, rôle de Caurina, lithographie de Célestin Nanteuil, 1835. — Lithographie Caboche et C'*.

Abl cefi MMe clefl (i*' acte), lithographie anonyme. — he Charivari , 6 juin 1835.

M^ K/becça et M. MaiOart, Rodolfo et Caurina; Ai"' KacM et M. BeauvaSet, la Tisbe et Angclo. — he Dagtierréotype tb/âtral, 5 juin 1850.

Af"' Marsj costume de la Tisbe; M, BeauvaUet, costume d*Angelo ; Af "* Dorvalj costume de Caurina. — N*' 961, 962, 963 de la Collection Martinet. Chez Hautecœur-Martinet, éditeur, rue du Coq, n* 15, Paris.

Catarina (journée II, scène iv), dessin de

Camille Rogier, gravé sur ader par W. et E. Finden. — Furne, 1841, Paris.

Scènes à*Angek, dessins de J.-A. Beaucé, gnvés sur bois. — J. Hetzel , Marcscq et C" et Blanchard, 1853.

Catarina devant la baehe()0\xtnit III , scène v), dessin de François Flameng, gravé \ Peauforte par R. de Los Rios. — Collection Hébert, rue Pcrronnct.»

Catarina /contant chanter Kodolfo (journée II, scène iv); Mort de la Tiihe (journée III, dernière scène), dessins de Henri Martin, gnvés \ l'cau-forte par Ch. Courtry et M"* Louveau- Rouvejre. — Edition nationale, Tcsurd,

SALONS

1852. Titbe la comédienne che^ Catarina Bra^ini, peinture d'Eugène Humbert.

1857. Angelc, dessin de Henri Martin.

LA ESMERALDA

UBRETTO

Ou na pas le maniacrit de la Esmeralda , par conséquent point de titre écrit de la main de ViBor Hugo,

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