‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 163 sur 336 · ACTE I. — DON SALLUSTE · texte numérisé non relu

ACTE I. — DON SALLUSTE

DON SALLUSTE

Non 5 j'ai rougi, monsieur.

DON CÉSAR

Eh bien! la dame a ri.

Voilà. J'aime beaucoup faire rire les femmes.

Vous n'allez fréquentant que spadassins infâmes!

DON CÉSAR

Des clercs ! des écoliers doux comme des moutons !

DON SALLUSTE

Partout on vous rencontre avec des Jeannetons !

DON CÉSAR

O Lucindes d'amour ! ô douces Isabelles ! Eh bien ! sur votre compte on en entend de belles ! Quoi! l'on vous traite ainsi, beautés à l'œil mutin, A qui je dis le soir mes sonnets du matin !

DON SALLUSTE

Enfin, Matalobos, ce voleur de Galice Qui désole Madrid malgré notre police, Il est de vos amis !

DON CÉSAR

Raisonnons, s'il vous plaît.

Sans lui j'irais tout nu, ce qui serait fort laid. Me voyant sans habit, dans la rue, en décembre, La chose le toucha. — Ce fat parfume d'ambre. Le comte d'Albe, à qui l'autre mois fut volé Son beau pourpoint de soie...

DON SALLUSTE

Eh bien ?

DON CÉSAR

C'est moi qui l'ai.

Matalobos me l'a donné.

DON SALLUSTE

L'habit du comte !

Vous n'ctes pas honteux ?. . .

DON CÉSAR

Je n'aurai jamais honte De mettre un bon pourpoint, brode, passemcntc, Qui me tient chaud l'hiver et me fait beau l'été.

— Voyez, il est tout neuf. —

Il cntr'ouvrc son manteau, qui laisse voir un superbe pourpoint de satin rose brodé d'or.

Les poches en sont pleines

De billets doux au comte adressés par centaines.

Souvent, pauvre, amoureux, n'ayant rien sous la dent,

J'avise une cuisine au soupirail ardent ! D'où la vapeur des mets aux narines me monte. I Je m'assieds là. J'y lis les billets doux du comte,

Et, trompant l'estomac et le cœur tour à tour, [ J'ai l'odeur du festin et l'ombre de l'amour !

DON SALLUSTE

Don César. . .

DON céSAR.

Mon cousin, tenez, trêve aux reproches.

Je suis un grand seigneur, c'est vrai, l'un de vos proches ^ Je m'appelle César, comte de Garofaj Mais le sort de folie en naissant me coiffa. J'étais riche, j'avais des palais, des domaines, Je pouvais largement tenter les Célimènes. Bah ! mes vingt ans n'étaient pas encor révolus Que j'avais mangé tout! il ne me restait plus De mes prospérités, ou réelles ou fausses, Qu'un tas de créanciers hurlant après mes chausses. Ma foi, j'ai pris la fuite et j'ai changé de nom. A présent, je ne suis qu'un joyeux compagnon, Zafari, que hors vous nul ne peut reconnaître. Vous ne me donnez pas du tout d'argent, mon maître 5 Je m'en passe. Le soir, le front sur un pavé. Devant l'ancien palais des comtes de Tevé,

— C'est là, depuis neuf ans, que la nuit je m'arrête, — Je vais dormir avec le ciel bleu sur ma tète.

Je suis heureux ainsi. Pardieu, c'est un beau sort!

Tout le monde me croit dans l'Inde, au diable, — mort.

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