‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 310 sur 336 · HAC^J1N · texte numérisé non relu

HAC^J1N

Je me vante D'être un bon compagnon. Pourtant. . .

RELIQUAT DES BUKGKAVES. 591

[hermann.]

Vous avez peur, Vous aussi !

[HAOyiN.] Ce château. . . cache dans la vapeur. . .

[kunz.]

Ecoutez I écoutez I Avez- vous ouï dire

Qu'il est dans le Taunus, entre Cologne et Spire,

Sur un roc, près duquel les monts sont des coteaux.

Un château renommé parmi tous les châteaux.

Et dans ce burg, construit sur un monceau de laves.

Un burgrave fameux parmi tous les burgraves?...

[C'est le commencement de la déclaration hautaine que le poète mettra dans la bouche de Job lui-même parlant au mendiant, à la fin du premier acte, et qui se termine ainsi :]

Rien n'a fléchi, rien n'a dompté, rien n'a ployé Ce vieux titan du Rhin, Job l'excommunié. — Vous a-t-on dit cela?

[teudon.]

Sans doute. Après?

[kunz.]

Je tremble En vous parlant. — Hé bien! je ne sais, il me semble Sentir un vent de mort souffler dans ces vallons. Dieu seul depuis deux jours peut voir où nous allons. J'ai passé près du burg de Job, dans ma jeunesse. Une fois. C'est assez pour que je le connaisse. Or, est-ce un leurre, un jeu du brouillard et du soir? Tout à l'heure j'ai cru dans la brume entrevoir. Sur le haut d'un rocher, semé de blocs énormes. Je ne sais quelles tours sinistres et diflFormes. Si c'était le château du grand burgrave?

[JOSSIUS.]

Erreur !

Le seul fort que n'ait point démoli l'empereur Dans tout le Wispertlwl, c'est le burg de cet homme. Nous en sommes fort loin. Je me signe et le nomme :

Cest HeppcnhcflF, donjon hideux, lieu déteste.

Kunz a raison, malheur à qui passe à côte !

Les barons sont tomWs, les burgs jonchent lu plaine 5

De toute la foret il ne reste qu'un chêne.

Mais ce chêne, c'est Job, le chef du vieux manoir.

Sur sa tour, tu Tas dit, flotte un grand drapeau noir.

Pourtant, s'il a garde sur son rocher infime

Le même drapeau noir, il n'a plus la même âme.

Mais voici qu'il déchoit, le vieillard grand et fort!

Si j'en crois ce qu'un juif me disait à Francfort,

Après avoir été chez Job dix ans esclave.

Ce cœur, dont la colère était comme une lave.

S'est glace. Job commence à pencher maintenant.

Il est triste et pensif Son fils, son lieutenant.

L'a remplace d'abord 5 puis Hatto, le franc-comte,

L'aînc des petits-fils, a détrône sans honte

Son père et son aïeul , et gouverne à présent.

La famille à Hatto cède en le jalousant.

Parmi tous ces maudits, de leurs débats froissée,

Tremble une pauvre fille à l'aînc fiancée.

Pupille du vieux Job et comtesse du Rhin.

Job n'est plus chevalier, père, ni suzerain;

Il semble avoir brise son cpce et sa lance;

Durant des mois entiers il garde le silence,

Et, la nuit, on le voit parfois, paie, accable.

Entrer dans un caveau dont il a seul la clc.

Quy fait-il.'^ on ne sait. Sentant venir son heure.

Sans doute il compte là tous ses crimes, et pleure.

Il ne paraîtrait plus avoir rien de vivant

Si son œil ne cherchait avec douceur souvent

Un jeune homme arrive depuis peu, fort novice.

Au château d'HeppenheflF pour y prendre service.

Que le vieillard, puni dans sa postérité.

Aime pour sa jeunesse et pour sa loyauté.

Spadaceli, je crois, c'est le nom qu'on lui forge.

[gUANHUMARA, qui traverse au fond le théâtre, et passe.]

George Spadaceli!

[jOSSIUS surpris, se retournant.]

George! avais- je dit George?..

C'est qu'il s'appelle George en effet. — Le Hatto Et ses fi^èrcs font rage en cet affreux château.

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Palais mystérieux qu assiègent les tepipctes. Aux margraves, aux ducs, Hatto donne des fctcs. Verse à la fois le sang et le vin sous ses pieds Et Élit par ses captifs servir ses convies. Les fils du comte Job sont pires que leur père 5 L'eflfroi plus que jamais entoure leur repaire. Mais ce burg est au moins à vingt milles d'ici. Ne craignez rien , amis !

[Une cdaircic s*cst faite dans le brouillard. Le burg d*Heppenhc(f apparaît au loin , surmonté du drapeau noir.]

[kunz.] Silence ! le voici !

Le drap(

eau noir !

[gondicarius.]

[haquin.] Grand Dieu !

[rollon.]

La montagne maudite !

[ARNOLD.] Qiwnd je vous le disais ! Fuyons !

[teudon.]

Oui, partons vite!

[Reparaît Guanhumara.]

Nous suivons ton conseil, et nous partons.

[guanhumara.]

Restez !

[kunz.] Que dit-elle?

Je dis, pauvres épouvantes.

Que vous serez surpris par la nuit qui s*approche Avant d avoir tourné le pied de cette roche. Et que si par malheur vos pas sont entendus. . .

[Entre Witholf. Guanhumara Tapcrcrvant. "J

Je dis qu'il est trop tard. Vous êtes tous perdus !

[ Les voyageurs inquiets entourent Witholf. ]

Qu*cst cet homme?

[teudon.]

[rollon.] Un archer I quelque espion du burgrave I

[WITHOLF.]

Je suis ce que demain vous serez tous. Esclave.

[ARNOLD.] Tuons-le !

[WITHOLF.]

Tuez-moi. Rien ne change entre nous. Je serai dès ce soir ce que vous serez tous Demain. — Mort.

[teudon.]

Mais enfin, d*où viens-tu, misérable?

[WITHOLF.]

Moins haut! — Dans ces forets, retraite impénétrable. Une triple embuscade est dressée en tout temps Dans ces bois. Moi, je suis k vedette. J'attends. Vous êtes au milieu du piège. A la nuit close C'est moi qui suis charge d'avertir, et la chose Est facile. Je n'ai qu'à pencher un moment Ma gourde sur ce feu que je vois là dormant 5 J'en vais Êiire soudain jaillir des flammes bleues Qu'à travers le brouillard on distingue à deux lieues. Vous verrez sur ce burg s'allumer un fanal 5 Puis, quand j'aurai trois fois répété le signal. Vous sentirez sur vous, quel que soit votre nombre, La grande main de Job se refermer dans l'ombre 5 Tout sera ditj demain, jeune et vieux, sage et fou. Vous serez tous là haut avec la chaîne au cou. Si je pousse un seul cri, vous êtes morts.

[ARNOLD.] [WITHOLF.]

Lutter est inutile et fuir est impossible.

[ARNOLD.] Ainsi nous voilà tous esclaves !

Horrible

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[WITHOLF.]

Si je veux.

Ecoutez. — Maintenant, petits-fils et neveux Régnent au lieu de Job. Moi, j'aimais le vieux maître. Les jeunes, moins vaillants, et plus maudits peut-être. Me Êitiguent. Je songe à m'enfuir. Seul je puis Vous sauver. L'entreprise est difficile, et puis. Si Hatto me reprend, je moiinai sur la roue. La partie est terrible. Esclave, je la joue. Mais il Êiut me payer pour risquer de tels coups. Voyons, Élisons le jeu. Je mets ma tctc. Et vous.?

[kunz.] Vingt ducats d'or.

[teudon.J Non, cent.

[WITHOLF.J

Est-ce tout?

[teudon.]

Eh bien, mille.

Sauve-nous. Et demain, à Caub, sa bonne ville. Le comte palatin, dont je suis l'argentier, Te fera hautement devant le monde entier. Puisqu'un reste d'honneur dans ton âme encor vibre. De paysan bourgeois et d'esclave homme libre.

[WITHOLF.]

Mille ducats, c'est bien 5 la liberté, c'est mieux!

Ici s'arrête le manuscrit du Prologue. Mais il est aise de conjecturer quel était le dénouement. Vingt vers au plus y pouvaient suffire. La montagne tout à coup s'cclairait de torches 5 des hommes d'armes en nombre enveloppaient les gens du convoi; Hatto apparaissait, railleur et féroce ; il faisait charger de chaînes l'esclave trahisseur, lui promettant la roue qu'il avait prévue, et il emmenait captifs au burg les voyageurs consternes.

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