‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 81 sur 336 · SCENE IL HOMODEI, ORDELAFO, REGINELLA · texte numérisé non relu

SCENE IL HOMODEI, ORDELAFO, REGINELLA

ORDELAFO.

Je l'ai bâillonnée pour plus de précaution.

HOMODEI, otant le bâillon.

Tu as bien fait.

REGTNELLA, effarée.

O ciel, messeigneurs!

HOMODEI.

Allons, pas de frayeur. Cela jn'ennuie. Calme-toi et réponds. Puisque tu me connais, tu ne peux pas avoir peur. Tu sais bien, je t'ai déjà parlé hier. C'est moi. Je ne t'ai pas fait de mal, ainsi! — Tu t'appelles Reginella. C'est toi qui conduisais le seigneur Rodolfo aux rendez-vous que lui donnait madame Catarina dans le vieux palais Magaruffi. Ce matin, il y a une heure, le Rodolfo t'a rencontrée près du pont Altina, pas loin d'ici. Il t'a remis une lettre pour ta maîtresse.

REGINELLA.

HOMODEI.

REGINELLA.

Monseigneur. . .

Donne-moi cette lettre.

La voici.

HOMODEI.

C'e^t bien. (Il décachette la lettre.)

REGINELLA.

Vous brisez le cachet, monseigneur.

l88 ANGELO.

HOMODEI.

Je ne sais pas pourquoi tu m'appelles monseigneur. Je suis un espion. C'est de la peijr bête, qui ne me flatte pas. (Il lit la lettre.) Cela suffit. Il n'a pas signé. C'est dommage. Il faudra trouver un moyen de faire savoir le nom au podesta.

Bruit d'une clef dans la serrure. Entre un homme vêtu de gris. Cheveux gris, grosses mains, face terreuse. Tout l'homme couleur de cendre.

HOMODEI.

Quel est cet homme ?

ORDELAFO,

C'est un des deux dogues dont je t'ai parle. Celui-ci répond au nom d'Orfeo. L'autre ne va pas urder à rentrer. Comme cela veille la nuit, cela dort le jour.

L'homme s'approche d'Homodei et le regarde d'un air farouche.

— Fais-toi reconnaître de lui.

Homodeî entr'ouvre sa robe. A la vue des trois lettres, l'homme porte la main

k son bonnet.

ORDELAFO, a l'homme.

Va coucher!

L'homme se retire dans un coin sans dire une parole. HOMODEI.

Y a-t-il une autre sortie à cette maison ?

ORDELAFO.

Oui. Par là. Cela donne sur la rue de Scalona.

HOMODEI.

Sors par là avec cette fille, et promène-la toute la journée.

Sortent Ordelafo et Reginella par la porte indiquée. L'homme est toujours au fond dans l'ombre, assis prb d'un panier qu'il tresse.

(A part.) Voici déjà un grand pas de fait. Cette lettre! Mais comment la faire parvenir au Malipieri ? comment lui faire savoir le nom de Rodolfo ? En attendant, il ne faut pas garder cette lettre sur moi. Où pourrais-jc la déposer sûrement.'^ (Apercevant une uble à riroir.) Cc tiroir fcrmc-t-il .'^ Oui.

Bien. (Il met la lettre dans le tiroir et en prend la clef.) Orfeo! (L'homme se lève et

s'approche.) Ne t'appcllcs-tu pas Orfeo.? Je vais sortir. Veillez bien la nuit prochaine, ton compagnon et toi. Il serait possible qu'on vous apportât quelqu'un à faire disparaître. Une femme.

ORFEÔ.

La Brenta est là. (Il retourne au fond du théâtre.)

HOMODEI, se rasseyant.

Oh! ne pouvoir écrire au podesu, ni lui parler, quelle gcne! Comme

cela simplifierait la chose! (Il appuie son coude sur la table et la tête sur sa main, comme un homme qui pense profondément.)

A ce moment on voit paraître le visage de Rodolfo ï la croisée du fond. RODOLFO, du dehors, regardant dans la masure.

Il me semble que voilà un homme qui ressemble... (Il entr'ouvre un peu plus le volet.) Je ne me trompe pas. C'est lui. C'est ce misérable Homodci!

Ah! il est là! (Il referme le volet et disparaît.)

HOMODEI, se levant.

Allons, il faut trouver un moyen de prévenir le podesta. — Ah! la clef

du tiroir. L'ai-je? Oui. Bien. (Il sort par la porte du fond qui se referme sur lui.)

Bruit de voix au dehors.

PREMIÈRE VOIX

Défends-toi, misérable!

DEUXIÈME VOIX

Qu'est-ce que c'est? monsieur!

PREMIÈRE VOIX

Défends-toi, te dis-je!

DEUXIÈME VOIX

Monsieur Rodolfo ! . . .

PREMIÈRE VOIX

Défends-toi donc, infâme! ou je te tue comme un chien!

On entend un choc d'ép^es.

ORFEO, qui est resté seul dans la masure, levant un peu la tête. Il me parait qu'on tue quelqu'un par là. (Il se remet \ tresser son panier.)

DEUXIÈME VOIX

Ah!...

PREMIÈRE VOIX

Homodci! tu me dois ta vie, paie-la-moi!

190 ANGELO

DEUXIÈME VOIX

Malédiction! Ah!

Le bruit cesse. Pas qui s*éloignent.

ORFEO, tressant toujours son panier.

Il y en a un de mort.

Plusieurs coups violents k la porte.

ORFEO

Qui va là ?

UNE VOIX, du dehors.

Moi. Ouvre.

ORFEO

Ah! c'est toi, Gaboardo.

Il va ouvrir. Entre Gaboardo portant Homodei dont les jambes traînent. Gaboardo est pareil à Orfeo.

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