‹ Œuvres complètesChapitre 9 sur 65 · Voici la lettre du duc · texte numérisé non relu

Voici la lettre du duc

A M, le procureur général Mole,

« Monsieur, je vous continuerai par ces lignes la supplication que je vous ai faite pour Théophile , et vous supplierai du meilleur de mon cœur de le favoriser en ses affaires de ce qui

l.viv Notice

Le livre de Garasse n'est rien auprès de ce factum , dans lequel la perspicacité et l'expérience du magistrat se déploient avec une habileté consommée. Il renferme une partie communiquée parles jésuites, et bien inférieure à l'œuvre du procureur général.

Projet d'interrogatoire de Théophile * :

a S'enquérir de son nom , âge et qualité ; — s'il fait profession de la religion catholique , apostolique et romaine, et depuis quel temps ; — si, encore qu'il ait fait quelques actions de chrétien, il ne fait pas profession d'athéisme et de ne recognoître autre Dieu que la nature ;

— si , pour ses mauvaises mœurs , ses débauches continuelles et ses impiétés, comme corrupteur de la jeunesse de la cour, le roi , dès l'an 1619, ne lui auroit pas fait commandement de vuider le royaume ; — s'il a exécuté ce commandement et en quel pays il s'est retiré ; — s'il n'est pas vrai que l'on parloit lors de lui comme d'un homme à périr pour exemple ; — si , pour lors , il n'étoit pas estimé infâme et criminel , comme il recognoît lui-même par son épîlre liminaire de son premier volume ; — si , dès lors, il n'étoit pas accusé publiquement de croire la mortalité de l'âme et de tenir la nature pour son Dieu ; — si, ayant été deux ans dehors de France , par quelle voie il obtint son rappel ; — si, incontinent après, et en 1621 , il ne fit pas imprimer un livre de poésies avec un traité de l'immortalité de l'âme ;

— s'il ne fît pas imprimer telles œuvres pour témoigner à chacun sa croyance; — pourquoi , au lieu de suivre ce qui est tenu dedans l'Eglise et par tous les Pères tou-

sera en votre pouvoir. L'innocence que je cognois en lui m'oblige de désirer de l'en voir dehors, outre que je crois que de son esprit on en peut tirer de l'avantage pour le public.

« Tenez-moi en vos bonnes grâces et me croyez plus que personne , Monsieur, votre très humble serviteur. De Chanlilly, ce 16 août 1628.

Montmorency. »

{Collection Colbert^t. II, p. 68.) 1 Collection Colbert, t. Il, p. 69.

SUR Théophile. Ixv

rhanl rimmortalité de rame , il s'est contenté d'imiter un païen, sous le nom du Phaedon de Platon ^ pour, sous tel nom, autoriser le mal qui est dedans, aGn que , d'un côté , on pût dire que Théophile a écrit de l'immortalité de l'âme , comme le titre du livre le porte, et que, d'autre part, sous ces deux noms païens, il pût faire passer la croyance qu'il veut établir; — si c'est traiter de l'immortalité de l'âme que d'écrire que les âmes ont été auparavant le corps, et qu'il devoit sçavoir que c'est l'erreur d'Origène , condamné par l'Eglise; que mettre en avant que les âmes, après leur séparation d'avec le corps , si elles ont été méchantes , s'en vont en des corps d'animaux , et qu'il devoit sçavoir que c'est l'erreur de Pythagore, condamné par la commune créance de l'Eglise ; — que d'avancer hardiment que la science n'est qu'une réminiscence, qu'entrant dedans les corps, elles perdent tout le sçavoir en acte, et qu'il leur demeure seulement en l'habitude, laquelle est réveillée par les objets du monde et par l'étude; — que ce traité est très impie, composé même par un qui se dit chrétien ; — quand ce ne seroit qu'une traduction (que non), elle est toujours faite par une très insigne malice pour découvrir les faibles raisons qu'ont eues les anciens pour appuyer cette créance; — qu'il y a mêlé une infinité d'erreurs pour les rendre toujours plus ridicules , comme la réminiscence, l'être des âmes avant le corps , la métempsychose , la résurrection attribuée à la nature, l'immortalité des âmes et le paradis des bêtes ; — s'il n'a pas eu dessein d'obliger chacun à croire la mortalité, puisqu'il y avoit si peu de sujet de croire l'immortalité ; — si, en ce même temps, il n'a pas fait imprimer par Pierre Bilaine , imprimeur, quelques vers in-8° sous le titre d'Œuvres de Théophile ; — en quel lieu il les a fait imprimer, qui les a revues et quelle personne il a employée pour voir les épreuves et les corriger ; — si, sachant qu'il y a plusieurs espèces d'athéisme, il n'a pas cru le pouvoir établir plus aisément par sa poésie, afin que, sous couleur de cette licence poétique, il pût publier plus hardiment I. s*

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Notice

les maximes qui peuvent porter à cette créance : qu'il ne fautrecognoître autre Dieu que la nature , à laquelle il se faut abandonner entièrement, et , oubliant le christianisme , la suivre en tout comme une bête , par l'ode qui commence :

Heureux tandis qu'il est vivant, (ode changée per testem) , et par la satire première , mépris de l'homme, louange des bêtes qui suivent la nature, principalement en ces vers :

J'approuve qu'un cliacun suive en tout la nature; Son empire est plaisant et sa loi n'est pas dure. Ne suivant que son train jusqu'au dernier moment, Même dans les malheurs on passe heureusement. Jamais mon jugement ne trouvera blâmable Celui-là qui s'attache ii ce qu'il trouve aimable, Qui , dans l'état mortel , tient tout indifférent. Aussi bien même fin à l'Achéron nous rend , etc.

« Et après :

Je pense que chacun auroit assez d'esprit Suivant le libre train que nature prescrit. Qui suivra son génie et gardera sa foi Pour vivre bien heuremt, il vivra comme moi.

Ne t'oppose jamais aux droits de la nature.

(Slances, Consolations à M. de L...)

.Un homme de bon sens se moque des malheurs; Il plaint également sa servante et sa fille.

{Ibid.)

Celui qui dans les cœurs met le mal ou le bien Laisse faire au destin sans se mesler de rien.

Que le sort a des lois qu'on ne sçauroit forcer. Que son compas est droit , qu'on ne le peut fausser. Nous venons tous du ciel pour posséder la terre; La faveur s'ouvre aux uns , aux autres se resserre ; Une nécessité que le ciel établit Déshonore les uns , les autres anoblit. Mon âme nargue les destins , etc.

Pour trouver le meilleur il faudroit bien choisir; Ne crois point que les dieux soient si pleins de loisir.

SUR Théophile. kvij

Cl El ainsi ne recognoissant ni Dieu ni roi, ôtant le respect dû aux lois divines et humaines , disant (épître liminaire du premier volume) : « La raison est incognue et « la religion encore plus m , tenant tout indifférent çà bas, croyant que Dieu n'a point de soins de ce qui se passe, encore plus n'être pas; tenue la nature pour Dieu, s'y abandonner entièrement; — qu'ensuite de oe fondement il témoigne par tout son livre un mépris de Dieu contre lequel , sous couleur d'une licence poétique et sous un nombre pluriel , il vomit des blasphèmes exécrables et préfère ses brutalités à la gloire du paradis :

Je ne recherche point des dieux , ni de fortune , Ce qu'ils font au dessus et par dessous la lune Pour le bien des mortels : tout m'est indifférent , Excepté le plaisir que ma peine me rend.

« Son indifférence de ce qui se fait au ciel ou en la terre ôte la créance de Dieu et toute sorte de religion, plus prêt de médire de Dieu, d'empoisonner l'autel, de commettre toutes sortes de crimes, que d'offenser sa garse :

Je diray tout pour flatter ta colère : J'ay, si tu veux , assassiné mon père , Mesdit des dieux , empoisonné l'autel ; J'ay plus failly que ne peut un mortel.

L'amour du ciel , la crainte des enfers , Ne me sçauroient faire quitter mes fers. (P. 285.) Que veux-tu plus que je te donne Aujourd'hui que Dieu m'abandonne ?

c( Que Dieu est un moqueur et sans miséricorde :

0 dieux ! qui gouvernez nos cœurs , Si vous n'êtes des dieux moqueurs Ou des dieux sans miséricorde , Remettez-moi dans ma maison. (P. 288.)

« Que le nombre pluriel de dieux ci-dessus se doit entendre de Dieu , parlant indifféremment de l'un et l'autre dedans ses œuvres.

« Qu'il ne fait nul état de la mort de Notre Seigneur, puisqu'il estime moins de souffrir la peine due pour une

Ixviij Notice

telle mort que d'être privé de la vue de sa garse. (Joindre le sonnet de la seconde partie : )

Pour un mauvais regard que m'a donné mon ange , Je vois déjà sur moi mille foudres pleuvoir. De la mort de son fils Dieu contre moi se venge , Depuis que ma Philis se fâche de nie voir. (P. agS.)

« Et ainsi, au milieu de ses impiétés, il ne se souvient de Notre Seigneur que pour blasphémer contre lui :

Chère Iris , tes beautés ont troublé la nature , Tes yeux ont mis Tamour dans son aveuglement, Et les dieux, occupés après toi seulement, Laissent l'état du monde errer à l'aventure.

Voyant dans le soleil tes regards en peinture, Ils en sentent leur cœur touché si vivement Que , s'ils n'étoient cloués si fort au firmament , ils descendroient bientôt pour voir leur créature.

Crois-moi , qu'en cette humeur ils ont peu de souci Ou du bien ou du mal que nous faisons ici ; Et, tandis que le ciel endure que tu m'aimes , Tu peux bien dans mon lit impunément coucher. Iris, que craindrois-tu , puisque les dieux eux-mêmes S'estimeroient heureux de te faire pécher?

« Que les peines des damnés sont moindres que celles qu'il ressent pour ses passions brutales :

Je crois que les damnés sont plus heureux que moi ; Aussi le vieux tyran qui leur donne la loi , Des peines que je sens n'a jamais eu l'usage , Et que les plus damnés , à ma comparaison , Trouveroient justement des matières pour rire.

Sur mon âme ! il est impossible De passer un jour sans te voir.

Qu'avec un tourment plus sensible Qu'un damné ne sçauroit avoir.

« N'ayant autre dieu que son plaisir, il préfère les honteuses actions de sa garse aux justes et saintes actions de Dieu , et tient les crimes les plus horribles pour des \ertus, pourvu qu'elle les approuve :

Moi qui suis devenu perfide Contre les dieux quej'adorois,

SUR Théophile. kix

Et dont rame n*a plus de guide , Sinon l'empire de vos lois, Je vous crois parfaite et divine.

Et mon jugement s'imagine Que les faits les plus odieux, Loreque vous leur donnez licence .

Sont plus justes que l'innocence Et que la sainteté des dieux.

0 dieux ! qui fîtes les abîmes Pour la punition des crimes , Je renonce à votre pitié Et TOUS appelle à mon supplice , etc.

« Bref, il renonce à tout autre Dieu qu'à sa passion brulaie , voulant reconnoître sa chambre , en laquelle il exerce toute sorte d'impiétés , pour son église :

Que ta fidélité se forme à mon exemple ; Fuis comme moi la presse , hais comme moi la cour, Ne fréquente jamais bal, promenoir ni temple. Et que nos déités ne soient rien que l'amour.

Tout seul dedans ma chambre, où j'ai fait ton église, Ton image est mon Dieu, mes passions, ma foi!

Ne détourne jamais son cœur de celte image, Ne se souvienne plus du jeu ni de la cour. N'adore aucun des dieux qu'après celui d'amour.

a Et les lieux les plus saints , comme les églises et les autels consacrés pour rendre l'honneur à Dieu, sont préparés pour sa garse. Blasphème horrible !

L'autre jour, inspiré d'une divine flamme , J'entrai dedans un temple, où, tout religieux. Examinant de près mes actes viiieux , Un repentir profond fait soupirer mon âme.

Tandis qu'à mon secours tous les dieux je réclame , Je vois venir Philis. Quand j'apperçus ses yeux, Je m'écriai tout haut : Ce sont ici mes dieux ! Ce temple et cet autel appartient à ma dame.

( Joindre la stance : )

Dans ce temple où ma passion Me mit dedans le cœur les beautés de ma dame

Ixx Notice

Je bénissois Tamour, encore que sa flamme Détournât ma dévotion.

Au lieu de penser à nos dieux, J'adorois , vous voyant , l'image de Diane , Et m'estimois heureux de devenir profane

En me consacrant à vos yeux.

a Son impiété est à tel degré de préférer son plaisir brutal à la gloire de Dieu et au paradis. Ainsi il continue son blasphème contre Dieu, soit dedans le ciel ou en la terre :

Car le bonheur d'aimer en si bon lieu Passe la gloire et le repos d un Dieu.

Je vous adore et jure vos beaux yeux Qu'un paradis ne me plairoitpas mieux.

En telle bienveillance un dieu m'offenseroit, Et je me vengerois du bien qu'il me feroit.

a Si , voyant que ce premier livre avoit eu cours et croyant avoir, sous prétexte de cette licence poétique , établi ses maximes d'athéisme , il n'a pas fait imprimer un second livre sous son nom , contenant plusieurs autres propositions , afin que ses premières actions, confirmées par ses secondes, pussent servir de loi à tous ceux qui voudroient mener une vie aussi débordée que la sienne , se laissant aller à ses passions sans les vouloir arrêter : d'où suit un mépris de toutes les vertus morales et chrétiennes.

a Première proposition^ . — « Qu'il ne recognoit aucun plaisir ni déplaisir véritable que celui des sentiments , ni en la nature, ni même en la raison, par effet, parce que le bannissement ne touche aucun des sentiments , qu'il ne le touche aussi aucunement ; s'il faisoit effort à quelqu'un de ses sentiments , qu'il seroit atteint de tous les déplaisirs dont la nature et la raison sont capables, r. En la première partie de ses œuvres , p. 16. —Proposition

i . Toute cette partie , qui n'est pas écrite de la main de Mole , semble lui avoir été communiquée par les jésuites.

SUR Théophile. Ixxj

entièrement et formellement contraire à tout ce qu'il y a de spirituel dans le monde , et pire qu épicurienne , totalement athéiste.

« Deuxième projWsUion. — a Que le vrai et le propre objet de la raison sans abus, fraude ni erreur , n'est autre que le bien présent et sensible, sans espérance ni crainte aucune de l'avenir ( rechercher des plaisirs dedans les sens et dedans le bien public), qui n'est qu'un embarras d'esprit , et partant qu'il résout de s'y abandonner entièrement et sans contrainte , le plus abondamment qu'il lui sera possible. » Page 66 , 2« partie. — Proposition entièrement parallèle à la première, sinon qu'elle est encore plus expresse contre Dieu, la vertu et la félicité à venir, laquelle est en Dieu seul.

a Troisième proposition. — « Par effet que nous avons tant de divertissement et de plaisir çà bas et de ravissement pour les sentiments, que c'est une fureur de chercher hors de soi-même quelqu'un que nous aimons et quelqu'un qui nous aime. » Page 66 de la deuxième partie. ■— Proposition non seulement impie , mais entièrement et formellement enragée contre Dieu et son amour, et contre toute sorte d'amour honnête, contraire à l'amour sensuel de soi-même.

V. Quatrième proposition. — « Qu'il faut avoir de la passion non seulement pour les choses ordinaires et communes, comme sont les belles femmes et belles fontaines, etc., ains encore pour tout ce qui peut toucher plus particulièrement les sens. » En la même page. — Proposition d'autant plus abominable que le vœu de sodomie qu'a fait cet auteur est au Parnasse, qu'elle est plus universelle et n'excepte aucune chose de toutes celles qui peuvent être plus détestables en ce genre.

« Cinquième proposition — «Qu'aussi bien ce n'est de nous après la mort que de l'ombre, du vent, c'est-àdire, selon la façon de parler, rien du tout qu'on puisse dire immortel, comme il appert évidemment par les vers qu'il a en la page 33 de VImmortalité de l'âme , selon la première impression , et partant que nous

Ixxij Notice

pouvons bien hardiment jouir de nos plaisirs. » En la page 66 de la deuxième partie.

« Sixième proposition.—' « Que, puisque le premier des défunts est encore à venir, il est bien clair que Tespérance de retourner, c'est-à-dire de ressusciter, n'est qu'erreur. » Page pénultième de la deuxième partie. — Proposition si évidemment contraire à l'immortalité de l'âme, à la vie future et à la résurrection, qu'on n'y sçaurait ajouter, comme en effet c'est un article de foi couché en la sagesse qu'il n'y a que les impies et athées qui parlent ainsi.

(f-Seplième proposilion.— «Que, puisque le ciel l'endure et ne dit mot lorsque nous péchons , il est bien clair qu'impunément on peut pécher et faire tout ce que l'on veut sans crainte d'aucune peine, c'est-à-dire de l'enfer ni d'aucune divinité.» Page 74^2^ part. — Proposition si évidemment impie qu'elle n'a besoin d'aucune censure.

«.Huitième proposition.— a Que, pour lui. il confesse qu'il ne recognoît et ne se soucie d'aucune déité , ni de iJieu , ni de temple , ni d'église , ni de foi autre que celle de ses passions, et conseille a qui voudra lui être tidèle d'imiter en cela son exemple » Page i45 de la première partie, première édition. - Proposition trop méchamment articulée contre Dieu pour n'en dire autre chose que ce qu'elle porte en ses termes.

a Neuvième proposition. — uQue, puisque le tempérament du corps force absolument les mouvements de notre âme, et nos passions nous emportent si puissamment là où elles veulent , qu'il n'y a aucun discours qui puisse être opposé à cette nécessité , ni aucun effort de raison ni de volonté qui puisse y résister, non plus qu'aux accès d'une fièvre , puisque notre naissance nous fait voir si clairement que tant s'en faut que notre âme tienne de Dieu, comme on dit, en son essence, qu'au contraire , nous naissons et sommes encore plus bas que les bêtes , il est bien clair qu'il n'y a point de puissance,, rien autre que nous devions regarder, que la nature, comme la puissance et la félicité souveraine des Uocame^

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et de tout ce qui est mortel aussi bien que des bétes , conformément à la doctrine de son maître Vanini , athée brûlé à Toulouse , au livre qu'il a fait De admirandis naturx reginx'dexque mortalium^ et partant que, pour dire en somme ce qui est de son avis pour vivre heureux et parfait, il n'y a rien au monde qu'à suivre en tout la nature, c'est-à-dire son génie chacun et sa passion, et rien autre que cela jusques au dernier moment , chacun ce qui lui plaît, quoi que ce soit au monde ; tenir pour indifférent toutes sortes de passions, ambition, avarice, furie, adultère, luxure, etc., n'y résister jamais, jamais ne les brider, jamais ne les régler, pour autant qu'en cela consiste le bonheur. C'est ainsi qu'il l'eslime, c'est ainsi qu'il vit. » En la page i5 de la deuxième partie, et en la satire première de la première partie tout entière. — Proposition et doctrine et vie si horrible et si abominable, qu'il n'y a ni feu ni supplice au monde capable de l'expier.

« Propositions mêlées. — « Que la chasteté l'offense et lui semble un vieux conte que sa mère lui fit. » Page 92. « Que son ange n'est autre que sa vilaine et pis encore. » l*age 85.

« Son paradis, sa jouissance ; ne pense pas qu'il dût changer l'un pour l'autre. » Pages 96, 169, 2o5. « La disgrâce de cette infâme est sa damnation et une peine encore plus grande que celle des damnés. » Pages 9G, 177. « Et si le vieux tyran qui donne la loi aux damnés eût su ce que c'étoit du tourment de lamour , qu'il n'eût eu garde de se servir d'aucun autre. » Page 177.

« Qu'en effet, depuis qu'elle se fâche de le voir, c'est que de la mort de son fils Dieu contre lui se venge. » Page 176.

« Qu'il croit que l'adorer n'est point idolâtrie. » Pages 91 , 86, de la deuxième partie. « Etre perfide aux dieux qu'il faut adorer et prier , les injurier, les accuser d'injustice , mettre ses soins à leur déplaire, n'est pas crime, et confesse franchement qu'il le fait ; il est devenu perfide à tous les dieux qu'il adoroit, etc. » Pages ^6^ 85, 182, 65.

Ixxiv Notice

« Qu'il estime que les faits les plus odieux et vilains, lorsqu'elle en veut donner licence, sont encore plus justes que toute leur innocence et sainteté. » Page jG. «. Que, s'ils veulent purger la terre de blasphème, il faut qu'ils se changent en elle pour être adorés en elle. » Page 5G de la deuxième partie.

« Quils s'estimeroient heureux eux-mêmes de la faire pécher et ne sauroient éviter son amour.» Page 61 de la première partie , 74 de la deuxième. « Qu'il aimeroit mieux avoir mis le leu à sa patrie que l'avoir irritée, et que Paris fit bien d'allumer l'embrasement de Troie pour amortir le sien. » Page 91.

« Qu'un homme enseveli ne conserve plus nos yeux ni nos pensées.» Page no. «Que Dieu laisse faire au destin et ne se mêle plus de rien. »

*. «Que toutes ces propositions sont tirées de deux livres recognus par lui et avoués par lui , et trouvés sur lui s'enfuyant après l'arrêt de contumace contre lui donné. — S'il n'a pas sçu que l'on a fait imprimer plusieurs vers ensemble, sous le titre du Parnasse salyrique; — qu'il n'a pu ignorer que le premier sonnet fût sous son nom, portant le titre: par le sieur Théophile;

— qu'il est aisé à juger qu'il en est l'auteur, par la rencontre des vers ; que , s'il les a désavoués, ce n'a été que lorsqu'il a sçu que l'on le vouloit mettre en justice ;

— qu'il apu recognoître tant d'impiétés dedans ce livre, tant de brutalités, qu'il n'y a point de défense que par un désaveu; qu'il y a dedans tant de mots sales, que les imprimeurs eux-mêmes en ont eu honte, n'y mettant que les premières lettres. — S'il en a vu les épreuves et les corrections ; — s'il n'a pas été chez Estoc , iraprimeur, retirer encore quelques minutes des sales vers imprimés dedans ce Parnasse; — si, sur les onze heures de nuit, il le contraignit pas de les rendre; — s'il n'a pas baillé a plusieurs personnes des sonnets et des satyres écrits de sa main, contre l'honneur de

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