‹ Œuvres complètesChapitre 19 sur 65 · LE TOMBEAU DE THEOPHILE · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE THEOPHILE

Par Monsieur Descudery.

algré l'avarice et l'orgueil , Qui vont s opposant à ta gloire , Dans le temple de la Mémoire Je te veux bastir un cercueil ;

Ce tombeau que je te prépare ,

Sans estre de marbre de Pare ,

Durera bien d'autre façon ;

Il verra finir la nature ,

Monstrant par son architecture

Qu'Apollon est maistre masson.

Sans me servir d'aucun métal ,

Foullant aux pieds l'or et la nacre,

La fine lacque et l'azur d'Acre ,

Qui touchent les yeux du brutal,

Je te consacre un mausolée

D'une beauté plus signallée

Que tous ceux qu'on nous a descrit,

Et dont les raretez sont telles

Qu'on les doit juger immortelles ,

Puis qu'on ne les voit qu'en esprit.

Les cèdres exempts du trespas,

Que le temps ne met point en poudre ,

Et les verds lauriers, dont la foudre

En grondant ne s'aproche pas ,

Le Tombeau

Serviront à faire les niches , Frises , chapiteaux et corniches , Les colomnes d'ordres divers ; Mais dans ce pompeux édifice , Pour monstrer un rare artifice , Je ne dois monstrer que tes vers.

Je veux y mettre ce vallon Où tu possedois les neuf Muses , Et les y paindre aussi confuses Comme pour la mort d'Apollon :

Là ce Dieu , dont tu fus la cure , Semblera quereller Mercure Et le morguer avec mespris, Luy reprochant que par envie Sa verge t'osta de la vie , De peur de perdre un plus beau prix.

J'y veux paindre Parnace encor, Hipocrene en son onde molle.

Et, dessus ce cheval qui voile , La Renommée avec son cor, Qui, monstrant le globe du monde , Infiny dans sa forme ronde , Dira que de mesme aujourd'huy Ton renom, que j'immortalise Dans ces vers que je veux qu'on lise.

N'aura de fin non plus que luy.

Après , d'un artiste burin , Enchaînez et la teste basse , J'y mettray Filin *, de Garasse, Et le guaillard père Guerin, Dont les trois diverses foUies Aux plus noires melancholies Dérideront le front hideux ;

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