‹ Œuvres complètesChapitre 22 sur 65 · C EBE S · texte numérisé non relu

C EBE S

Nullement contraire.

SOCUATE.

Si bien que non seulement les espèces contraires ne se reçoivent jamais entr'elles-mesmes , mais qu outre les espèces , il y a des choses qui ne souffrent point l'entrée des contraires.

Cebes.

Tu dis très-vray.

S OCRAT E.

Veux-tu donc que nous définissions , s'il nous est possible , ces choses-là comme elles sont ?

Cebes.

Je le désire fort.

SOCRATR.

Ces choses, Cebes, ne seront-elles' point des choses qui, occupans quoy que ce soit, le rendent tel qu'il est contraint de retenir non seulement l'idée desoy-mesme, mîùs d'avoir aussi son contraire ?

Cebes Comme quoy est-ce que tu dis cela ?

SOCRATE

Comme je disois un peu auparavant, car tu sçaîs que ce qui est contenu dans Tidée de trois doit estre non seulement trois, mais aussi non-pair.

Cebes.

Il est vray.

SoCRATE.

A cela nous disions qu une idée contraire à la forme qui parfaict, cela n'arrive jamais.

Cebes.

Jamais.

SOCRATB.

C'est pourquoy le nombre de trois pst exempt d'estre pair.

Cebes.

11 est vray.

Socrate.

Il s'ensuit donc que la trinité ou nombre de trois est nécessairement non pair.

102 De l'immortalité

Cebes.

Je radvoue.

SOCRATE

Ainsi ce que j'avois pris à définir, à sçavoir quelles choses ce sont qui, n'estans contraires à rien, ne reçoivent pas pourtant le contraire, cela, dis-je , est de mesrae que la ternité , qui , n'estant point contraire au pair, ne le reçoit pourtant jamais , pour ce qu'il luy apporte tousjours ce qui luy est contraire. Tout de mesrae en est-il du nombre de deux au non-pair, et du feu au froid, et de la neige à la chaleur, et de beaucoup d'autres choses comme cela. Vois donc maintenant, Cebes, si tu ne penses point qu'il faille définir ainsi, que non seulement le contraire ne reçoit point son contraire, mais aussi ce qui apporte quelque chose de contraire à ce où il va; ce qui apporte ne recevra jamais une forme contraire à ce qui est apporté ; retiens-le donc bien encore : car il n'est pas inutile de le redire : jamais le nombre de cinq ne recevra l'espèce du pair, ny dix, qui est le double du non-pair : car cestui-cy , qui est contraire à l'autre, ne reçoit pourtant jamais l'espèce du nonpair ; ny au nombre de douze, les six moitié de ce douze ne reçoivent jamais la forme du tout ; ny tous autres qui ont comme cela la moitié d'un nombre , ou qui en ont une troisiesme partie, ne reçoivent jamais la forme du plus grand nombre : car, en la recevant, ils periroient, et ne seroient plus ce tiers ou ceste moitié qu'ils estoient. M'entends-tu bien , et te trouves-tu bien de mon advis en tout cela ?

Cebbs.

Fort bien.

SoCRATE.

De rechef, dy-moy comme depuis le commencement,

DE l'aME. to3

et me respons , non point parce que j'interroge , mais par autre chose à mon imitation. Or je dis, outre ceste response asseurée que nous avons posée dès le commencement, rends-moy quelque autre response aussi asseurée qui soit tirée de ce que nous avons dit plus franchement, comme si tu m'interroges delà sorte: Dis-moy , Socrate, qu'est-ce qui, estant dans le corps, l'eschauffe ? Je ne t'iray pas rendre ceste asseurée et grossière response que c'est la chaleur ; mais , d'une plus exquise, tirée de nos discours plus recens, je te diray que c'est le feu. De mesrae, si tu me demandes qu'est-ce qui, estant dans le corps, le rend malade, je ne respondray pas la maladie, mais la fièvre; et, si tu me demandes qu'est ce qui, estant dans un nombre, le rend impair, je ne respondray pas l'imparité , mais l'unité ; et comme cela en autres choses. Prends garde donc si tu comprends bien mon sens.

Cebes.

Entièrement.

S0CRA.TE

Respons-moy donc qu'est-ce qui, estant dans le corps , le rend vivant ?

Cebes.

L'ame.

Socrate.

Et cela n'est-il pas tousjours ?

Cebes.

Il ne peut estre autrement.

Socrate.

L'ame donc, lors qu'elle occupe quelque chose, luy apporte sans doute la vie?

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