La prise de Théophile^ etc
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« faisoit, des choses si horribles, que les plus perdus « raesmes ne pouvoienl approuver ; mais son esprit ne « pouvoit, à son advis, paroistre que par là. Le roy, qui K est un prince le mieux nay, le plus craignant Dieu « et du meilleur naturel du monde, luy avoit défendu a de le veoir s'il ne changeoit de discours , et , après u qu'on luy eut fait veoir quelques impietez sorties de <c sa main , le chassa de sa présence et le bannit de sa ce cour. » En effet, des lettres de cachet du roi, du i4 juin 1G19, portant commandement audit Théophile sortir hors du royaume, lui furent signifiées par le chevalier du guet. Il se tenoit en embuscade à la porte de l'hôtel de Montmorency , et le commandement éloit très exprès^. Le poète partit pour son premier exil. Quelle étoit la cause de cet ordre sévère ? Le projet d'interrogatoire rédigé par Mathieu Mole, et que nous rapporterons plus loin, parle, comme la pièce, de mauvaises mœurs, de débauches continuelles , d'impiétés, de l'accusation de corrompre la jeunesse de la cour ; mais il y eut une autre cause. Sans doute , les recueils obscènes et impies circuloient ets'imprimoient sous le manteau. La verve gaillarde du vieil esprit gaulois, jointe
1. Le Mercure français (i. V, A. 1619), après avoir raconté le supplice de Lucilio Vanino février 1619), ajoute: « Au « mois de may de ceste année , sur ce que l'on fit entendre au « roy que le poète Théophile avoit faict des vers indignes d'un « chrestien , tant en croyance qu'en salelez , il envoya à Paris « commander au seigneur qui le tenoit à sa suitte qu'il eust « à lui donner congé, ce qu'il fit; et, aussi tost sorty , le che- « valier du guet luy enjoignit, de la part de Sa Majesté, de vui- « der dans vingt-quatre heures la France, sur peine de la vie ; « ce qu'il fit en diligence , car le commandement estoit très « exprez. C'est chose déplorable de voir ces beaux esprits « pervertir les sciences qu'ils ont apprises avec tant de labeur «( en des actions détestables, au lieu de les employer en l'honte neur de Dieu, qui les a créez, et au bien et utilité du public « et de leur patrie. >/
Suit l'histoire d'une juifve bruslée par le peuple de S. Jean de Luz. Et voilà ce que le Mercure appelle actions notables en France contre les athéistes!
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à la licence italienne , produisoit ces Cabinet , Quintessence et Parnasse satiriques dont nous aurons à nous occuper, et qui prouvoient à la fois !a cupidité des imprimeurs et le mauvais goût d'un certain public. On sentoit le feu * . Mais nous voyons dans les mémoires de Mathieu Mole* que les auteurs de libelles étoientun autre fléau bien plus redouté encore du roi , de son favori et de ses ministres, que les livres impies. Commission avoit été donnée par le roi au lieutenant civil du prévôt de Paris pour juger, selon le contenu en icelle, ceux qui imprimoient, publioient et vendoient des libelles diffamatoires ^. Mole avoit mis obstacle à Texécution. Le roi, par lettre donnée à Orléans, le i3 mai
1619, manda à MoIé de faire cesser les difficultés incontinent; et n'y faites faute ^ étoit-il dit. Le 3o mars
1620, une lettre du roi au Parlement contenoit une nouvelle plainte contre les auteurs de libelles diffama-
1. En i6ai , Jean Fontanier fut condamné à être brûlé vif pour avoir composé le livre impie intitulé : Trésor inestimable ou Mauserisme, description du Mauser, rempli d'impiétés blâmables et injurieuses contre Dieu, la Vierge Marie et toute la chrétienté. Le Parlement rejeta l'appel. « 11 est retenu qu'au- « paravant que ledit Fontanier sente le feu , il sera secrètement « étranglé. » L'histoire de Jean Fontanier est racontée tout au long dans la section septième du livre second de la Doctrine curieune du P. Garasse, d'après l'arrêt et le factum imprimé chez Melchior Mondière.
a. Mémoires de M. Mole (publiés pour la Société de l'Histoire de France , par A. Champollion-Figeac , t. I^r.
3. Par arrêt du 19 juillet 1618 , François Sity, natif de Florence, et Etienne Durand, furent condamnes à la roue pour avoir composé des livres et mémoires en langues françoise et italienne contre l'honneur et autorité du roi, et avoir pratiqué des menées et intelligences pour le même sujet.
André Sity fut condamné à être pendu et étranglé.
Il n'en éloit pas de même sous Henri IV. En 1607 , le3/<;reure françois se plaignoit de la liberté d'imprimer, qui étoit grande, et ajoutoit : « C'est la mode en France ; il faut qu'en chasque o année il y ait quelque plume qui face quelque thèse nouvelle « affin d'amuser toutes les plumes pour y respondre , et le « peuple s'en repaist sans qu'il y enait davantage de bruit. »
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toires où, sous des noms empruntés^ la majesté royale étoit blessée^ et l'honneur de plusieurs particuliers entiché. « Il a été mal aisé de nous nommer ceux qui ont « été punis , et non de nous faire voir le peu de soin a qu'on en prend, car le nombre en est si effréné qu'il « semble qu'il y aitdes personnes qui ne vaquent à autre « chose et qui y sont attirées par l'impunité. » Le roi, à l'avenir, en imputera le mal au Parlement.
Enfin il est dit dans une lettre du roi à Mole (3i mars 1620, : « En cestui notre royaume , le nombre des mal « disants et mal parlants des choses que bien souvent « ils n'entendent pas est accru de telle sorte , et leur « outrecuidance venue si avant , que la liberté qu'ils « prennent semble leur être donnée, ainsi la réputation « des gens de bien abandonnée à leur merci, w Le roi revient encore sur le sujet des imprimeurs , vendeurs et auteurs de libelles diffamatoires. Or c'éloit le moment où la faveur de Luynes paraissoit dans tout son éclat. Il avoit contracté une illustre alliance , et, doux mois après la lettre de cachet adressée à notre poète ( le roi étoit alors à Tours pour se réconcilier avec sa mère), le favori étoit duc et pair; la comté de Maillé devenoit le duché de Luynes. Le roi écrivoit à Mole , le 22 août 1619 : fc J'ai cette affaire à cœur, mon bon naturel vous « étant connu , comme aussi les services que ledit sieur ce de Luynes m'a rendus...» Le i""^ janvier 1620, le nouveau duc et ses deux frères étoient créés chevaliers du Saint-Esprit. Mais le public avoit celte affaire à cœur dans un autre sens que le roi : les libelles pleuvoient*. Les trois frères étoient
Trois gueux changez en demy-dieux, Dont l'un est, pour mieux pouvoir plaire, Devenu cornard volontaire.
On faisoit dire à la duchesse de Luynes : Je captive dessous moy Des roys le plus puissant roy,
1 . Recueil des pièces les plus curieuses qui ont esté faites pendant le règne du connestable M. de Luynes, 1628, 4® édi-»
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J'ay la faveur de sa couche.
De Luynes le sçait bien ; Par prudence il n'en dit rien , Son bonheur retient sa bouche.
Dans ces pièces , Théophile n'étoit pas épargné ; car il est dit dans les Contre-véritéz de la cour :
Je trouve
Qu'il n'est auprès du roy que des gens bien hardis ; Que Théophile va tout droict en Paradis.
Cependant tout semble indiquer qu'il fut soupçonné , et voilà à quoi sert la réputation d'homme d'esprit. Dans son ode au Roy : Ccliiy qui lance le tonnerre , le poète se défend d'avoir médit. A son retour, il s'empresse, aux dépens de sa franchise, de louer le favori , et confesse que, par son silence, il s'est rendu complaisant aux injustices de Cenvie. 11 parle du premier ejfroy dont le fit pâlir la menace du Roi. Dans une ode à Monsieur de Losières, il proteste que
.. Jamais encore l'envie D'cscrire un pasquin ne le prit.
J'ayme bien mieux ne dire mot Du plus infâme et du plus sot Et me sauver dans le silence, Que d'exposer mal à propos A l'effort d'une violence Ma renommée et mon repos.
Ce grand duc redouté de tous , Dont je ne souffre le couroux Pour aucun crime que je sçache, Me menace d'un chastiment Contre qui l'ame la plus lasche Fremiroit de ressentiment.
lion, in-8. L'une d'elles porte ce titre singulier : Les admira^ blés proprietez de l'Absynle, nommée des Espagnols Alozna, des Italiens Assentio, des Allemands Wermut , des Polonais Fyolin, des Arabes Affinilium , et des François l'herbe de rAluyne, Malherbe s'est souvenu de ce jeu de mots.
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Enfin il semble qu'un peu de galanterie soit mêlée làdedans, car il dit à sa Cloris :
Vos yeux gouvernent les pensées Des âmes les plus insensées Et les bornent de toutes parts , Et la plus aigre mesdisance N'est qu'honneur et que complaisance Aux attraicts de vos doux regards.
Moy qui suis devenu perfide Contre les dieux que j'adorois.
Et dont rame n'a plus de guide Sinon l'empire de vos loix...
En fait de pièces satiriques portant le nom de Théophile', nous ne connaissons qu'un Tableau satyrique des Pères de la Société, envers, diatribe in-8, de trente pages, qui contient des injures grossières contre les jésuites et qu'on n'a jamais reprochée à Théophile :
Cruelle engeance de vipère Qui en naissant crève sa mère...
Société non point du Christ, Mais bien plus tost de l'Antéchrist.
Il est inutile de dire que les jésuites sont accusés d'avoir assassiné Heari IV,
Roy dont Tinvincible vaillance Redonna la France à la France.
Ce sont les meilleurs vers de la pièce. Quoi qu'il en soit, il se relira à Boussères, chez son père. Il ne s'y trouva sans doute pas en sûreté , car il gagna Montpellier, où il comptoit trouver asile chez le baron de Panât, ce gentilhomme huguenot qui fut disciple de Lucilio Vanini, brûlé à Toulouse pour blasphèmes contre Jésus- Christ, le 19 février 1619. « Il retira Théophile , dit Tallemant, et pensa lui-même être pris par le prévôt. M Le baron somma Théophile de déguerpir.
Mon âme de frayeur fust-elle point saillie Lorsque Panât me fist sa brutalle saillie , Que les armes au poing , accompagné de deux , Il me fit voir la mort en son teint plus hideux? Je croyois bien mourir, il le croyoit de mesme;
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Nais pour cela le front ne me devint point blesme , Ma voix ne changea point, et son fer inhumain A me voir si constant luy Irembloit à la main.
Encore un accident , aussi mauvais ou pire, Me plongea dans le sein du poissonneux empire , Au milieu de la nuict , où le front du croissant ,
D'un petit bout de corne à peine apparoissant ,
Sembloit se retirer et chasser les ténèbres ,
Pour jetter plus d effroy dans des lieux si funèbres.
Enfin, pour l'achever, il est exposé aux coups de la foudre :
Il (le tonnerre) brusla mes voisins , il me couvrit de feu , Et si pour tout cela je le craignis bien peu.
Des Barreaux, lui aussi, bravoit le tonnerre ; mais dans des circonstances moins critiques *. Théophile étoit serré de près, et il fui obligé d'aller dans les Pyrénées tenir compagnie aux ours et aux serpents. 11 le dit au Roi en vers bien frappés. La vérité est que Vamitié d'un marquis favorable divertit ses soucis , sans parler d'une grande chère Qui deux fois chaque jour enchantoit sa misère ;
et il recommande à un ami d'apprêter ses bons vins pour son retour.
Cette persécution se calma cependant, sans doute par rintercession du duc de Montmorency, et Théophile put passer tranquillement l'hiver à Boussères , où un ami, qui l'avoit suivi, nous apprend, dans une mauvaise ode, qu'ils noyoient leurs ennuis passez
Dedans le nectar de Boussères.
Là se voit un petit château , Joignant le pied d'un grand coteau , Où Bacchus séant en son thrône , Haut eslevé sur un arceau , Estend ses bras au bord de l'eau , Le long des rives de Garonne...
1. « Voilà bien du bruit pour une omelette au lard ! dit-il, un jour de jeûne , en jetant le plat par la fenêtre. » (Voltaire.)