‹ Œuvres complètesChapitre 14 sur 25 · I.a Vierge 'le WUsunla, grande, forte, colorée, avec sa · texte numérisé non relu

I.a Vierge 'le WUsunla, grande, forte, colorée, avec sa

robuste et saine, son beau port, sa beauté simple ci naturelle, n'est-elle pas la peinture du Titien avec toutes tes qualités ? On pourrait pousser les recherches plus loin; mais nous en avons dit assez pour indiquer la

i linceul poudreui qui l'a recouverte pendant si longtemps, VAuunta brille d'un éclat tout jeune, les

n'ont p i- COUlé pOUr elle, el nous joui K>I1S de ci'

i de voit un tableau du Titien tel qu'il sortit de sa palette.

l ai i .• ri.- i du Titien, comme le tableau le

i ' el le plus capabli nier un chef-

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d'œuvre si splendide, on a mis le saint Marc délivrant un esclave, de Tintoret.

Tintoret est le roi des violents. Il a une fougue de composition, une furie de brosse, une audace de raccourcis incroyables, et le saint Marc peut passer pour une de ses toiles les plus hardies et les plus féroces.

Ce tableau a pour sujet le saint patron de Venise venant à l'aide d'un pauvre esclave qu'un maître barbare faisait tourmenter et géhenner à cause de l'obstinée dévotion que ce pauvre diable avait à ce saint. L'esclave est étendu à terre sur une croix entourée de bourreaux affairés, qui font de vains efforts pour l'attacher au bois infâme. Les clous rebroussent, les maillets se rompent, les haches volent en éclats; plus miséricordieux que les hommes, les instruments de supplice s'émoussent aux mains des tortionnaires : les curieux se regardent et chuchotent étonnés, le juge se penche du haut du tribunal pour voir pourquoi l'on n'exécute pas ses ordres, tandis que saint Marc, dans un des raccourcis les plus violemment strapassés que la peinture ait jamais risqués, pique une tête du ciel et fait un plongeon sur la terre, sans nuages, sans ailes, sans chérubins, sans aucun des moyens aérostatiques employés ordinairement dans les tableaux de sainteté, et vient délivrer celui qui a eu foi en lui. Cette figure vigoureuse, athlétiquement musclée, de proportion colossale, fendant l'air comme le rocher lancé par une catapulte, produit l'effet le plus singulier. Le dessin a une telle puissance de jet, que le saint massif se soutient à l'œil et ne tombe pas ; c'est un vrai lourde force. Ajoutez à cela que la peinture est si montée de ton, si brusque dans ses oppositions de noir et de clair, si vigoureuse dans ses localités, si âpre et turbulente de touche, que les Caravage et les Espagnolet les plus farouches, mis à côté, sembleraient de l'eau de rose, et vous aurez une idée de ce tableau qui, malgré ses barbaries, conserve toujours, par ses accessoires, cet

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! architectural, abondant ei somptueux, particulier à l'école vénitienne.

11 y a aussi, dans cette même salle, un Adam et Èvey w\\ Abel et Cciïn du même peintre, deux magnifiques : traitées en étude, et peut-être ce que le peintre a produit de plus accompli au point de vue de l'exécution. Sur un fond d'un vert étouffé et mystérieux, le lointain feuillage de l'Éden, ou plutôt le mur de l'atelier, se dé- ; ..h, nt deux corps superbes, d'un éclat blanc et chaud, É'une carnation vivace, d'une réalité puissante : il est probable qu'Eve tend à Adam cette pomme fatale qui resl e à la gorge, ce qui légitime suffisamment personnages nus en plein air; mais cela n'y fait rien. Croyez que jamais plus beau torse, chair plus blanche et plus souple ne sont sortis de la brosse d'un coloriste. Le Tintoret, qui avait écrit sur ce mur : « Le dessin de Michel-Ange et la couleur de Titien, » a, dans ce tableau, rempli au moins la moitié de son programme. Le tableau d'Abcl et Gain, qui fait pendant, respire toute la fureur sauvage qu'on pouvait attendre d'un tel sujet et d'un tel peintre. La mort, conséquence de la faute de DOS premiers parents, fait son entrée sur le jeune globe, dans une ombre formidable, où se roulent ) i la victime. Au coin de la toile, détail horri-

ble, saigne une tête de mouton coupée. Lst-ce l'hosl e par Aliri ou un symbole signifiant que les aniivent aussi porter la peine de la cui ce que nous n'oserions affirmer; rintoret n'y a probablement pas pensé. Il avait bien d'autres affaires que d< lui, le plus

i remueur de machines, le plus intrépide bro

ijiii ait pu ' qui eût gagné dfl vitesse Luca fa

to.

le Bonifario, dont notre Mutée ne possède qu'un

tillon iuMifii I un admirable artiste. Son

riche, de l'Académie des Beaux-Aï in'elli-

gemment copié par M. Serrur, à qui l'on doit déjà le beau fac-similé de VAssunta, est un tableau profondément vénitien. Il n'y manque ni les belles femmes aux tresses enroulées, aux fils de perles, aux robes de velours et de brocart, ni les seigneurs magnifiques aux poses galantes et courtoises, ni les musiciens, ni les pages, ni les nègres, ni la nappe damassée richement couverte de vaisselle d'or et d'argent, ni les chiens s'ébattant sur les pavés de mosaïque, et cette fois flairant les haillons du Lazare avec b défiance de chiens bien élevés ; ni les terrasses à baustres, où le vin rafraîchit dans les cratères antiques ; ni les blanches colonnades entre lesquelles le ciel fait voir son bleu pommelé. Seulement, le gris argenté de Paul Véronèse prend ici une teinte d'ambre, l'argent se dore et devient vermeil. Bonifazio, qui peignait le portrait, a donné à ses têtes quelque chose de plus intime que ne le faisait l'auteur des quatre grands festins et des plafonds du palais ducal, habitué de regarder les choses au point de vue de la décoration. Les physionomies du Bonifazio, étudiées et individuellement caractéristiques, rappellent avec fidélité les types patriciens de Venise, qui ont si souvent posé devant l'artiste. L'anachronisme du costume fait voir que Lazare n'est qu'un prétexte et que le véritable sujet du tableau est un repas de seigneurs avec des courtisanes, leurs maîtresses, au fond d'un de ces beaux palais qui baignent leurs pieds de marbre dans l'eau verte du grand canal.

Ne passez pas trop vite devant ces apôtres d'une si belle tournure, d'une couleur si riche et d'une gravité religieuse que n'a pas toujours l'école vénitienne, surtout à partir de la moitié du seizième siècle, lorsque les idées païennes de la Renaissance se sont introduites dans l'art et ont encore augmenté les tendances sensualistes de ces maîtres faslueux. L'Académie des Beaux-Arts possède un grand nombre d'ouvrages du Bonifazio. Cette seule salle, outre le Mauvais riche et les apôtres dont nous venons

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de parler, contient \u\c Adoration des mages ^ le Christ et ja femme adultère, Saint Jérôme et sainte Catherine, saint Mare, Jésus sur le trône entoure de saints personnages, toiles du plus grand mérite et <pii supportent vaillamment le voisinage de Titien, de Tintorel cl de Paul Vérom

Dn grand peintre, peu connu en France, c'est ttocco Haroone, artiste d'un si vie pur et d'un sentiment profond, espèce d'Albert Durer italien, moins fantasque et moins chimérique que l'allemand, mais ayant une es- I de tranquillité archaïque dans sa manière, qui le fait paraître plus ancien que ses contemporains, comme un Ingres parmi des Delacroix, des Décampa, des Coulure, des Muller et des Diaz. Son Christ entre saint Jean et saint Paul rappelle un sujet analogue du peiniiv du plafond d'Homère, qui était autrefois dans l'église de la Trinité~du-Mont. à Rome, et qu'on peut voir maintenant à la galerie du Luxembourg. Les têtes ont beaucoup de caractère et de noblesse, les draperies sont plissées d.nis nu grand goût, et le groupe, fermement coloré, se ■he sur un petit ciel Qoconné de nuages moutonneux. Nous avons parlé tout à l'heure, à propos de Rocoo llareone, d'Albert Durer et d'Ingres : une troisième ressemblance, plus exacte encore, nous vient en mémoire, celle dn peintre espagnol Juan de Juanes, dans son admirable Vie de saint Etienne ; c'est la même pureté, la même couleur tranquille et sobre.

Voici, sur un pan de muraille, toute une bande de ces ■éthiques Vénitiens dont nous avons dit quelques mots SU entrant à l'Acidémie des Re;ni\-Arls, si suaves, si purs, m ingénus, SJ doux et si charm ints.

i beilin, i.hn.i da Conegliano et Yittore Carpaecîo résaate&l I nom iou^ trois avec la même sujet, sujet qui a suffi fi tout le moyen I I et a l'ait produire des millier de I li i -«J'.rnvre : la Madone et l'Enfant sur un trùno entourés de saints, ordinairement les pifrons du

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donataire, usage qui fait crier les pédants à l'anachronisme, sous le prétexte qu'il n'est pas naturel que saint François d'Assise, saint Sébastien et sainte Catherin ot toute autre sainte >e trouvent dans le môme cadre que la sainte Vierge, mêlant les costumes du moyen âge aux draperies antiques.

Ces critiques n'ont pas compris que, pour une foi vive, il n'existe ni temps ni lieu, et qu'il n'y a rien de plus touchant que ce rapprochement de l'idole et du dévot, rapprochement réel, car la Madone était alors un être vivant, contemporain, actuel ; elle prenait part à l'existence de chacun ; elle a servi d'idéal à tous les amoureux timides et de mère à tous les affligés. On ne la reléguait pas au fin fond du ciel, comme on fait des dieux dans les âges incrédules, sous prétexte de respect ; on vivait familièrement avec elle, on lui confiait ses chagrins, ses espoirs, et l'on n'eût pas été surpris de la voir paraître dans la rue en la compagnie d'un moine, d'un cardinal, d'une religieuse ou de tout autre saint personnage. A plus forte raison on admettait sans peine, dans un tableau, ce mélange qui choque les puristes et qui cet profondément catholique.

Pour notre part, nous aimons infiniment ces trônes et ces baldaquins d'une ornementation précieuse et délicate, ces Madones tenant leur fils sur leurs genoux et naïvement nimbées d'or, comme si la couleur n'était pas assez brillante pour elles, ces petits anges jouant de la viole d'amour, du rebec ou de Tangélique.

Oui, malgré tout notre penchant pour l'art païen, nous les aimons, ces naïfs tableaux gothiques, ces pères de l'Église portant de grands missels sous le bras et coiffé de leur barrette de cardinal, ces saint Georges en armur* de chevalier, ces saint Sébastien chastement nus, espèce d'Apollons chrétiens qui, au lieu de lancer des flèches. en reçoivent; ces prêtres, ces saints et ces moines dam leurs belles dalmatiques à ramages et leurs frocs blanc

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et noirs, aux plis minutieux el lins; ces jeunos sainte? s'appuyant sur une roue et tenant une palme, dames d'honneur de la Reine céleste; tout cet amoureux el dévot cortège qui se groupe humblement au bas de l'apo tliéose de la Vierge mère. Nous trouvons que cet arrangement, en quelque sorte hiératique, satisfaitbien plus aux ces du tableau d'église, tel qu'il doit être compris, que les compositions savantes et conçues au point de vue* de la réalité. 11 y a, dans cette composition, un rhythme Bacré qui doit saisir l'o'il du fidèle. L'aspect de l'image, si nécessaire à notre sens dans les sujets de dévotion, est conservé, el l'art n'y perd rien : car, limitée d'un côté, l'individualité reprend ses droits de l'autre; chaque artiste signe son originalité dans l'exécution , et ces tableaux, faits des mêmes éléments, sont peut-être les plus personnels. Les musiciens emplumés de Carpaccio ne ressemblent pas à ceux de Jean Bellin, quoiqu'ils accordent leurs guitares aux pieds de la Vierge sur les marches d'un baldaquin presque pareil. Les virtuoses ailes de Carpaccio sont plus élégants, d'uni' grâce plus ado* : ite, ilfi - > 1 1 1 l'air de pages de bonne maison; ceux !i Bellin sont plus naïfs, plus enfantins, plus pou- H- exécutent leur musique avec le zélé d'enfants de chœur de campagne sous l'œil de leur curé. Tous sont charmants, mais d'une pràce diversej empreinte du tarariére du peintre

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