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LES BEAUX -ARTS

La Sainte Famille, de Paul Véronèse, est composée dans le goût abondant et fastueux familier au peintre. Certes, les amateurs de la vérité vraie ne retrouveront pas là l'humble intérieur du pauvre charpentier. Cette colonne en brocatelle rose de Vérone, cet opulent rideau ramage, dont les plis à riche cassure forment le fond du tableau, annoncent une habitation princière ; mais la Sainte famille est plutôt une apothéose que la représentation exacte du pauvre ménage de Joseph. La présence de ce saint François portant une palme, de ce prêtre en camail et de cetle sainte sur la nuque de laquelle s'enroule, comme une corne d'Ammon, une brillante torsade de cheveux d'or à la mode vénitienne, l'estrade quasi royale où trône la Mère divine, présentant son bambin à l'adoration, le prouvent surabondamment.

Dans la seconde salle se déploie, sur une toile immense, le Repas chez Lévi, l'un des quatre grands festins de Paul Véronèse. Notre Musée en possède deux : les Noces de Cana et le Souper chez Madeleine, de même dimension que le repas de Venise. C'est la même ordonnance, ample , riche et facile; le même éclat argenté, le même air de festin et de joie. Ce sont toujours ces hommes basanés

dans leurs opulentes dalmatiques de damas ou do brocart, ces femmes blondes ruisselantes de perles, ces esclaves

> portant des plats el des aiguières, ces enfants jouant sur les marches des rampes à balustres avec de grands lévriers blancs, ces colonnes et ces statues de m. uhre ee beau ciel léger d'un bleu de turquoise, qui l'ait illusion lorsqu'on se reculant on le regarde encadré par la porte de la salle voisine, comme une vue dedioraraa. Paul Véronèse, sans un excepter Titien, Rubensct Rembrandt, esl peut-tHre le plus grand coloriste qui ait jamais existé. 11 n*est ni jaune comme Titien, ni rouge comme Rubens, ni bitumineux comme Rembrandt. Il peint dans le clair avec une étonnante justesse de localité: nul n'a connu mieux que lui le rapport des tons et leur valeur relative ; il en sait là-dessus plus que M. Chevreul et obtient, par juxtaposition, des nuances d'une fraîcheur exquise qui, séparées, sembleraient grises et terreuses.

me ne possède au même degré ce velouté, cette Qeurde lumière.

La composition de l'Annonciation, du même peintre, e.-t singulière. La vierge Marie, agenouillée dans le coin d'une longue toile transversale, dont le v de est occupé par une élégante architecture, attend d'un air modeste l'arrivée de l'ange relégué à l'autre bout du tableau et qui, les ailes ouvertes, semble glisser vers elle pour lui faire la salutation angélique. Cette disposition, contraire à la loi, qui pis litre de la toile le groupe sur le-

qu I on veut attirer les feux, est un brillant caprice qui n'aurait p b raté par un autre que

Paul \

Vénitien! remportant, la victoire sur les Turcs,

intervention de sainte Justine, sont on de ces sujets qui plaisaient à Pamour-propre national el que

l'on ti ont déjà 'In <l

nbl ible d ins !«• palais ducal ; ce méi . et «le costuma, de casques el de Uirbans,

de chrétiens et d'infidèles, était un heureux thème pour l'artiste, et il en a usé habilement. Nous ne pouvons décrire particulièrement tous les Paul Véronèse que renferme l'Académie des Beaux-Arts. Il faudrait un volume spécial ; car tous ces grands génies ont été d'une fécondité prodigieuse.

Les Beaux-Arts renferment le dernier tableau du Titien trésor inestimable! Les années, si pesantes pour tous, glissèrent sans appuyer sur ce patriarche de la peinture* qui traversa tout un siècle et que la peste surprit à quatre-vingt-dix-neuf ans travaillant encore.

Ce tableau, grave et mélancolique d'aspect, dont le sujet funèbre semble un pressentiment, représente un Christ déposé de la croix ; le ciel est sombre, un jour livide éclaire le cadavre pieusement soutenu par Joseph d'Arimalhie et sainte Marie-Madeleine. Tous deux sont tristes, sombres, et paraissent, à leur morne attitude, désespérer de la résurrection de leur Maître. On voit qu'ils se demandent avec une anxiété secrète si ce corps, oint de baumes, qu'ils vont confier au sépulcre, en pourra jamais sortir ; en effet, jamais Titien n'a fait de cadavre si mort. Sous cette peau verte et dans ces veines bleuâtres n n y a plus une goutte de sang, la pourpre de la vie s'en est retirée pour toujours. Le Christ aux Oliviers, de Saint-Paul, ta Pieta de Saint-I)enis-du-Saint-Sacrement, d'Eugène Delacroix, peuvent seuls donner une idée de cette peinture sinistre et douloureuse où, pour la première fois, le grand Vénitien a été abandonné par son antique et inaltérable sérénité. L'ombre de la mort prochaine semble lutter avec la lumière du peintre qui eut toujours le soleil sur sa palette, et enveloppe le tableau d'un froid crépuscule. La main de l'artiste se glaça avant d'avoir achevé sa tache, comme le témoigne l'inscription en lettres noires tracée dans le coin de la toile : Quod Tizianus inchoatum reliquit Palma reverenter absolvit Deoque dicavit opus. « L'œuvre que Titien laissa inachevée, Palma l'acheva

respectueusement et l'offrit à Dieu. * Cette noble, touchante et religieuse inscription fa il de ce tableau un monument. Certes, Palma, grand peintre lui-même, ne dut approcher qu'avec tremblement de l'œuvre du maître, et son pinceau, quelque habile qu'il fût, hésita et vacilla sans doute plus d'une fois en se posant sur les touches du Titien.

Si l'on trouve aux Beaux-Arts Yomr'ga delà vie pittoresque du Titien, l'alpha s'y rencontre aussi sous la forme d'un grand tableau dont le sujet est la Présentation de Marie au Temple. Cette toile a été peinte par Titien presque enfant. La tradition dit à quatorze ans, ce qui nous semble un peu bien précoce, vu la beauté de l'œuvre. En réduisant la chose à de justes proportions, la Présentation de Marie remonte assurément à l'extrême jeunesse du I» intre. On peut donc juger de l'immense intervalle parcouru. Toutes les qualités de l'artiste sont en germe dam cette œuvre juvénile. Kilos se sont développées plus richement par la suite, mais elles y existent déjà d'une façon visible. Le faste de l'architecture, la tournure grandes vieillards le jet abondant et fier des draperies, les grandes localités de ton, la simplicité mâle du faire, tout révèle le maître dans l'enfant. Le coloris lumineux et clair, que le soleil haut monté de l'âge viril dorera d'un

reflel plus chaud, a déjà cette solidité mâle, cette consistance robuste, caractères distinctifs de l'auteur de 1\4ifiottr sacré tl V Amour profane, du palais Borghése; de h uchée de la Tribune de Florence el de la Afd phonse (TAvalot, marquiê de Guast, du Mu Louvre*

Titien est, à notre avis, le seul artiste entièrement $ak qui ail paru depuis l'antiquité. Il a la sérénité puis el forte de Phidias. Ghei lui rien de fiévreux, rien de tourmenté, rien d'inquiet. La maladie moderne ne l'a pas tOUChé. Il etl beau, robuste et tranquille comme un ar-

i «lu meilleur temj operbe nature l'épa-

nouit à l'aise dans un tiède azur, sous un chaud soleil, et son coloris fait penser à ces beaux marbres antiques dorés par la blonde lumière de la Grèce; nul tâtonnement, nul effort, nulle violence. 11 atteint l'idéal du premier coup sans y songer. Une joie calme et vivace éclaire son œuvre immense. Seul il semble ne pas se douter de la mort, excepté peut être dans son dernier tableau. Sans ardeur sensuelle, sans enivrement voluptueux, il étale aux regards, dans la pourpre et dans l'or, la beauté, la jeunesse, toutes les amoureuses poésies du corps féminin avec l'impassibilité de Dieu montrant Eve toute nue à Adam. Il sanctifie la nudité par cette expression de repos suprême, de beauté à jamais fixée, d'absolu réalisé qui fait la chasteté des œuvres antiques les plus libres. Lui seul a fait une femme qui pourrait, sans paraître mièvre et chétive, s'allonger à côté de la femme couchée du Partliénon.

En parlant du pêcheur rapportant au doge l'anneau de saint Marc, nous avons raconté la légende qui s'y rattache. Giorgione a traité un autre épisode de cette histoire merveilleuse : c'est le combat de saint Georges et de saint Théodore contre les démons. Quelque admiration que nous ayons pour le Giorgione, chaud, vivace et coloré, du Concert champêtre, nous avouons aimer très-médiocrement le tableau des Beaux-Arts de Venise. Ces athlétiques démons rougeâtres, gambadant au milieu de l'eau verte, ce fantastique arrêté etmusculeux, ce mélange des formes de l'homme et de celles du poisson, soudées sans mystère, ne répondent en aucune façon à l'idée chimérique qu'on se fait d'un pareil combat. Le ciel clair de l'art vénitien n'a pas assez de brume pour que les monstrueuses imaginations des rêves légendaires puissent y grouiller à l'aise. Le jour gêne ces créatures biscornues et ces larves informes qui ont besoin, pour se cacher, de l'ombre du poêle de Faust, de l'escalier en spirale de Rembrar; \i ou de la caverne des testions, deTéniers; un peint] j vé-

niiien du seizième siècle est fantasque, mais non fantastique.

La Descente de Croix de Rocco Marcone a toutes les qualités sérieuses, toute l'onction des gothiques et leur tranquille symétrie, avec une richesse de ton et une fleur de coloris que n'éteignent pas de dangereux voisinages. Le Christ mort, et rappelant par sa chair exsangue la pâleur maie de l'hostie, glisse doucement sur le sein de la Vierge, soutenue par une Madeleine d'une beauté tendre et délicate, dont les immenses cheveux blonds descendent comme des cascades d'or sur une magnifique robe de damas ramage d'une pourpre opulente et sombre comme le rubis. Est-ce dans le sang du Sauveur adoré que cette robe est trempée, ô Madeleine ! ou dans les gouttes tombant de ton cœur?

Le Padouan a une Vierge en gloire à la manière espagnole. Le Saint-Esprit descend dans un torrent de lumière. Un chaud brouillard doré remplit cette toile qui rappelle Dthéotei ou plutôt les ascensions de Murillo, pour ne pas employer un mot profane en parlant du plus catholique de tous les peintres.

Nous ne sommes | émerveillé, malgré le grand

talent qu'il y a déployé, de la vaste toile apocalyptique de

l'aima le Jeune, le Triomphe de la MorL Saint Jean, assis

sur un rocher de Pathmoa, regarde, la plume levée et pré!

à la fixer sur son rouleau, la formidable vision qui défile

t lui: l.i Justice ei la Guerre chevauchent de som-

1 «-t la Mort, montée sur son grand cheval

pâle, huche dans la moisson humaine des épis qui retombent cadavres sur les bords du chemin*

j.té Tintent qui, par .^a couleur fauve et sa vio-

; le bi , peut sri iver à la terreur el A ta tragédie,

' lugubres conviennent en général très peu au*

i , a il u heureuses A qui reviennent

i ilr la mer, la blancheur dea marin

i, l'or des cheveui el dea bi ocai I

VOYAlL EW TTU.fe. 2.7

éclatants des fleurs et des étoffes. Ils ne peuvent garder leur sérieux longtemps, et, derrière le masque effrayant dont ils tâchent de couvrir leurs joues vermeilles, on entend leur peinture rire d un rire étouffé.

Un irès-curieux tableau de Gentil Bellin, c'est la procession sur la place Saint-Marc des reliques gardées dans la confrérie de Saint-Jean au moment où Jacopo Salis fait son vœu à la croix. On ne saurait imaginer une collection plus complète des costumes de lépoque ; le faire patient et minutieux de l'artiste ne laisse perdre aucun détail. Rien n'est sacrifié, tout est rendu avec la conscience gothique. Chaque tête doit être un portrait, et un portrait ressemblant comme un daguerréotype, plus la couleur.

L'aspect de la place Saint-Marc telle qu'elle était alors a l'exactitude d'un plan architectural. Les anciennes mosaïques byzantines, refaites plus tard, ornent encore les portails de la vieille basilique, et, singularité remarquable, les clochetons sont entièrement dorés, ce oui n'a jamais eu lieu dans la réalité. Mais un peintre comme Gentil Bellin n'aurait pas pris cette fantaisie sous son bonnet. Les clochetons durent être dorés, en effet; mais le doge Loredano eut besoin pour une guerre des sequiiTs destinés à la dorure, et le projet ne s'accomplit pas ; il n'en reste de trace que dans le tableau de Gentil Bellin, qui avait doré son Saint-Marc par provision.

Un certain miracle d'une croix tombée dans l'eau du haut d'un pont de Venise, le pont de Saint-Léon ou de Saint-Laurent, nous ne savons pas trop lequel, a beaucoup occupé les peintres de cette période ; les Beaux-Arts ne renferment pas moins de trois tableaux importants sur ce sujet bizarre; un de Lazzaro Sebastiani, un de Gentil Bellin, un autre de Giovanne Mansueli. Ces toiles sont du plus haut intérêt ; elles sortent des types habituels de la peinture italienne, qui tourne dans un cercle étroit de sujets de dévotion ou de mythologie, et se mêle rarement aux familiarités de la vie réelle. Ces moines de toutd

Kl ÎOÏÀGE EN ITALIE.

robe, <vs patriciens - du peuple se jetant à l'eau,

ut et plongeant, tirant leur coupe pour retrouver le saint crucifix tombé au fond du canal présentent la physionomie la plus bizarre Sur les berges se tient La foule en prière, attendant le résultat des recherches. Il y a surtout une file de dames agenouillées, les mains jointes, toutes couvertes de joyaux et de perles, en robes à taille courte, comme sous l'Empire, qui présente une suite de profils se détachant les uns sur les autres avec u\w bonhomie gothique, d'une finesse, d'une beauté, d'une délicatesse et d'une variété extraordinaires : c'est étrange et charmant.

On voit dans ces toiles les anciennes maisons de Venise avec leurs murs rouges, leurs fenêtres aux trèfles lombards, leurs terrasses surmontées de piquets, leurs cheminées évasées, les vieux ponts suspendus par des chaînes, et les gondoles d'autrefois, qui n'ont pas la forme qu'elles affectent aujourd'hui : il n'y a pas de felce, mais un drap tendu sur des cerceaux, comme aux galiotes de Saint- Gloud ; aucune ne porte cette espèce de manche de violon en fer poli qui sert de contre-poids au rameur placé à la poupe ; elles sont aussi beaucoup moins effilées.

Rien n'est plus élégant, plus juvénilement gracieux que la suite de peintures où Vitlore Garpaccio a représenté la vie de sainte Ursule. Ce Garpaccio a le charme Idéal, la sveltesse adolescente de Raphaël dans le Hariage de la Yierye, un de SCS premiers et peut-être le plus charmant de ses tableaux ; ou ne saurait imaginer des airs de lus naïvement adorables, des tournures d'une plus liqne coquetterie 11 y a surtout un jeune homme à ■ lieveiix \u de dos, laissant demi SUT SOU

êpaol m collet de veloun , <iM1 e i d'une beauté

i [1ère, 1 1 jeune el si i éduisante, qu'on croirait voir I Cupidon de I raxiléle velu, d'un costume moyen Age, ou plutôt un ange qui attrait eu la fantaisie de s«i travestir en Venise.

Nous sommes étonné que le nom de Garpaccio ne soit pasplus généralement connu; il a toute la pureté adoescente, toute la séduction gracieuse du peintre d'Urbin dans sa première manière, et de plus cet admirable coloris vénitien qu'aucune école n'a pu atteindre,

La Pinacoteca Gontarini, legs de ce patricien amateur des arts, qui a donné au Musée sa galerie avec des armes, des statues, des vases, des meubles sculptés et autres objets précieux, contient des morceaux de choix de l'école vénitienne et d'autres écoles. Nous citerons les Pèlerins d'Emmaùs, de Marco Marziale, toile traitée avec une sécheresse minutieuse, presque allemande, où l'on remarque un nègre bizarre drapé d'un manteau rayé de couleurs vives comme une capa de muestra valencienne ; la Madone, Y Enfant Jésus, saint Jean, sainte Catherine, d'Andréa Cordegliaghi, dont les tètes blondes se détachent sur un fond vert de paysage entrevu par la fenêtre ; une Vierge, avec le groupe enfantin de Jé^us et de saint Jean, de Gatena ; un sujet identique de Giovanne Battista Gima, un peu sec et tranchant trop durement sur une perspective de montagnes d'outremer; un Mariage de sainte Catherine, auquel assistent comme témoins saint Pierre et saint Jean, de Boccacino Gremonense ; la sainte Fiancée a les cheveux de cet or roux si cher aux anciens maîtres, et sa belle robe historiée et ramagée reluit au milieu d'un paysage de montagnes et de mer dune douceur azurée ; l&Madonna col Bambino, de Francisco Bissolo, très-doux, très-joli, très-frais, d'une morbidesse charmante, etc., etc.

La Fortune triptyque, de Jean Bellin, se distingue par [le singulières inventions allégoriques. Dans le panneau du milieu, une femme nue se tient debout sur un autel, accompagnée d'Anges ou de Gupidons jouant du tambour. Sur les volets, un jeune homme nu, couronne en tête, manteau sur l'épaule, offre des présents à un guerrier qui fuit ; une femme tenant une boule, et les cheveux nattés en forma de casque, vogue sur une nef, tandis que de

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petits Amours jouent parmi les vagues comme des Tritons. Les eaux-fortes de Cal lot nous plaisent plus que ses peintures d'une authenticité plus ou moins douteuse. Il y a à la Pinacothèque Contarini un Champ de foire du graveur de Nancy, fourmillant de bohémiens, de charlatans, de gueux, de lansquenets, volant, faisant des tours, mendiant, buvant, jouant aux cartes ou aux dés, un raccourci <!e ce monde picaresque qu'il connaît si bien; mais le pinceau ne sert pas si heureusement l'artiste que la pointe.

Terminons par le joyau, la perle, l'étoile de ce musée : une Madone avec l 'enfant Jésus, de Jean Bellin. Voilà un sujet bien usé, bien rebattu, traité mille fois, et qui rcleurit d'une jeunesse éternelle sous le pinceau du vieux naître! Qu'y a-t-il? Une femme qui tient un enfant sur es genoux, mais quelle femme! Cette tète vous poursuit •oinnie un rêve, et qui l'a vue une fois la voit toujours ; c'est une beauté impossible, et cependant d'une vérité étrange, d'une virginité immaculée et d'une volupté pénétrante ; un dédain suprême dans une douceur infinie. Il nous semblait, devant cette toile, contempler le portrait de notre rêve inavoué, surpris dans notre âme par l'artiste. Chaque jour, nous allions passer une heure de muette adoration aux pieds de cette céleste idole, et nous «l'aurions jamais pu partir de Venise, si un jeune peintre lis, nous prenant en pitié, ne nous avait fait une copiede c^tti! tète si chère»

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