‹ Œuvres complètesChapitre 23 sur 25 · I | (L'Y. HP · texte numérisé non relu

I | (L'Y. HP

Ofl B arrêta dans une vaste auberge en arcade ouverte a tons les vents, dans un endroit dont nous ne nous rap pelons pafl le nom d'une manière certaine, mais qui, selon foule probabilité, doit être Cenlo, détail in

liant du reste, et nous finies là un modeste goûter, car ne derioni arrivera Bologne qu'asseï avant dans la

Notre mémoire ne nous rappelle guère de ce morceau de roule que <l lion/ons de rultiires et d'ar-

: ■ moindre intérêt Peu! être l'ombre du qui un lit à la somnolence et ne laissai! huiler

que l'étincelle de noire cigare, nous a-t-elle dérobé quelque beau site ; mais cela est peu probable, d'après la configuration du sol.

Bologne est une ville avec des rues en arcades, comme la plupart des villes de cette partie de l'Italie. Ces portiques sont commodes pour abriter de la pluie et du soleil ; mais ils transforment les rues en de longs cloîtres, absorbent la lumière et donnent aux villes un aspect froid et monacal. L'on peut juger par la rue de Rivoli à Paris de la gaieté de ce système.

Nous descendîmes à une auberge quelconque, où par une pantomime toucbante nous obtînmes un souper où figurait avec avantage un salame de mortadelle, de bondayolle et de saucisson de Bologne, ainsi que l'exigeait la couleur locale.

Après le souper, nous sortîmes ; une espèce de drôle à face blafarde et grasse, avec une moustache en brosse à dents, des breloques en similor et une redingote à brandebourgs, rappelant à s'y méprendre le type du père Gavalcanti dans le roman d'Alexandre Dumas, se mit à emboîter notre pas et nous suivit, bien que nous changeassions d'allure et de direction à chaque instant pour le dépister. Ennuyé de ce manège, nous lui dîmes qu'il choisit un autre chemin, et ceci d'une façon assez brutale, le prenant pour un mouchard ; mais il déclara qu'il ne nous quitterait pas, sa prétention et son droit, étant de servir de guide aux voyageurs. Or, en cette qualité nous lui appartenions, et il r-jus trouvait indélicat de nous soustraire à la redevance qu'il prélevait sur eux. Nous étions des voleurs qui le frustrions de sa chlose, qui lui retirions le pain de la bouche et lui prenions son argent dans sa poche. Il avait compté sur nous pour se régaler d'une fiasque de Piccolit ou d'Aléatico, pour acheter un fichu à sa femme et une bague à sa maîtrese. Nous étions d'infâmes canailles de déranger ses plans d'aisance et de bonheur domestique. Nous donnions un mauvais exemple

TOYAGE EN IT.M ie.

aux voyageurs futurs, el il ètail résolu de uo pas reculer d'une semelle. Il voulait nous mener à la diligence, dont la lanterne brillait à doux pas dînant nous, et nous conduire à la rue des Galeries, dans laquelle nous étions Nous n'avons jamais vu faquin plus obstiné et plus stupidement opiniâtre. Après les jurons les plus énergiques et les: « Va-t'en à tous les diables! d les mieux accentués de notre part, il recommençait ses propositions comme si nous n'avions rien dit, prétendant que nous nous égarerions infailliblement, et qu'il ne le souffrirait pour rien au inonde.

Nous vîmes alors qu'il fallait employer les grands moyens. Nous nous reculâmes de quelques pas, et invoquant mentalement le souvenir de Lecour, notre professeur de bâton et de savate, nous nous mimes à exécuter cette belle arabesque de canne qui ferait envie au caporal Triinm pour la complication de ses nœuds et de ses volutes, et qu'on appelle la rose couverte en termes de l'art.

Quand le gredin vit le jonc flamboyer comme un éclair, cl l'entendit Biffler eoinine une couleuvre à trois pouces de son nei et de ses oreilles, il se recula en grommelant et en disant qu'il n'était pas naturel que des voyageurs convenables refusassent les services d'un guide instruit et prévenant, qui démontrait Bologne à la grande satisfaction \n l.iis.

Le remords de ne pas lui avoir fracassé le crâne nous

revient quelquefois dans nos nuits sans sommeil; mais

peut-être nous eût-on tracassé pour cette bonne action et

t,ni payer cette citrouille comme une tête. Nous deman*

dons pardon aux \o ageurs qu'il a pu ennuyer depuis de

l'avoir assommé. C'esl une n que nous

i imaifl non rep i on par Bologne.

Nous avions une lettre de recommandation pour Rossini,

qui, par malheur, était absent el ne devait revenir (pie

quelques joui.-, h i l génanl «le ne pas connaître la figure et le son de roii d'un nie contemporain*

YOYAGE EN ITALIE. 321

Autant qu'on le peut, il faut voir la forme extérieure de ces belles âmes, et quand nous entendons la Sémiramide, le Barbier de Sécille, Guilluiune Tell, il nous est pénible de ne pouvoir joindre à l'idée de Rossini que la gravure d'après Scheffer et la statue à sous-pieds de marbre qui encombre le bureau du contrôleur sous le vestibule de l'Opéra.

Une remarque puérile peut-être, mais que nous avons déjà faite dans nos voyages, c'est que l'on pourrait, d'après le nombre de barbiers que renferme une ville ou un village, juger du plus ou moins d'avancement de la civilisation. A Paris, il y en a très-peu ; à Londres, il n'y en a pas du tout. Cette patrie des rasoirs se fait la barbe ellemême. Sans vouloir accuser la Romagne de barbarie, il est juste de dire que nulle part nous n'avons vu une si grande quantité de barbiers qu'à Bologne; une seule rue en contient plus d'une vingtaine dans une étendue trèsrestreinte, et, ce qui est plus drôle, c'est que les citadins bolonais portent leur barbe.

Ce sont les gens de la campagne qui forment la clientèle de ces fraters, qui ont la main très-légère, comme nous l'expérimentâmes sur notre peau, sans avoir cependant la dextérité des Espagnols, les premiers barbiers du monde depuis Figaro.

En sortant de chez le barbier, nous suivîmes au hasard une rue qui nous fit déboucher subitement sur la place où chancellent depuis bien des siècles déjà, sans jamais tomber, la Torre degli Asinelli et la Garisenda, qui a eu l'honneur de fournir une image à Dante. Le grand poète compare Antée se courbant ^ers la terre à la Garisenda, ce qui prouve que l'inclinaison de la tour bolonaise remonte au delà du treizième siècle.

Ces tours, vues au clair de lune, avaient l'a-pect le plus fantastique du monde; leur étrange déviation, démentant toutes les lois de la statique et de la perspective, donne le vertige et fait paraître hors d'aplomb tous les bâtiments

voisins. La Torre degli Àsinelli a trois cents pieds do huit; M>n inclinaison est de trois pieds et demi. Cette extrême

élévation la fait paraître grêle, el nous ne saurions mieux la comparer qu'à une de ces immenses cheminées d'usine de Manchester et de Birmingham. l'Ile s'élance d'une base crénelée et a deux étapes crénelés également, le second un peu en retraite ; du clocheton qui le surmonte descend Une armure de fer se reliant à la base de l'édifice.

La Gariscnda, qui n'a guère que la moitié de la Torre degli Asinelli, penche effroyablement et fait parailre sa voisine presque droite. Quoiqu'elle surplombe ainsi depuis plus ilt1 six cents ans, on n'aime pas à se trouver du côté mis lequel elle incline. Il vous semble que le moment de sa ruine est arrivé et qu'elle va vous écraser sous ses déco libres, (/est un mouvement d'effroi enfantin auquel il est difficile de se sou-traire.

lue idée bizarre et grotesque, qui peint bien l'effet extravagant de ces tours, nous vint en les regardant, et nous la dîmes à notre compagnon de voyage : ce sont deux monuments qui ont été boire hors barrière et qui rentrent soûls, s 'épaulant l'un contre l'autre

Si la lueur de la lune permettait de voir la tour des Asinelli et la f,;irisenda, elle ne suffisait pas pour pouvoir examiner au musée les peintures du Guide, des trois Carrache, du Dominiquin, de l'Albane et autres grands maîtres de l'école bolonaise, et nous allâmes à notre grand regret nous coucher dans un de ces énormes lits italiens, où tiendraient sans peine les sept frères du petit Poucet et

p| flllei de l'ivre, avec leurs pères et lents mères;

on peut y dormir d as, en long et en !

en diagonale, sans jamais tomber dans la ruelle.

a quatre heures du matin noua n<>us drestâmea tout

endormi pour gagner la diligence de Florence, <■• nous

.i erçûmet un certain mouvement de troupes. C'était une

ition qui m- préparait On allait fusiller matinaleraent

.; • de personnel pour «anse politique. Nous

quittâmes Bologne sur celte impression pénible que nous avions déjà éprouvée à Vérone, à Ferrare, et qui nous attendait encore à Rome : mais l'idée de traverser les Apennins par une belle journée de septembre eut bientôt dissipé cette sensation lugubre !

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