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chercher Jésus avec grand soin; et, quand ils l’auront trouvé, de lui en donner avis, feignant qu'il avait dessein d'aller à son tour lui rendre hommage. Mais d’où vient que sachant où il était né, sous prétexte d’aller adorer le Messie ou de faire compagnie à ces trois princes, il ne va pas exécuter lui-même aussi le dessein barbare qu'il a formé ? Pouquoi se fier à des inconnus qui avaient pu remarquer son trouble, qui connaissaient son humeur ambitieuse et sanguinaire, et qui, en effet, le trompèrent et se moquèrent de lui? Pourquoi différer ? Pourquoi négliger une chose qui était de si grande conséquence pour le repos de sa vie ? Combien d’inquiétudes, combien de meurtres se serait-il épargnés, s’il avait suivi ce conseil ? N’était-ce pas le chemin le plus court et le plus sûr ? Oui, Messieurs, ce l’était sans doute. Mais Hérode craint de trouver avec les mages l'Enfant dont la naissance l’a alarmé. Il sent que cet Enfant est son Maitre ; son cœur le lui a dit aussitôt qu'il l’a oui nommer ; et il ne se croit pas assez fort pour soutenir la présence de Celui dont le seul nom a failli le faire pâmer de frayeur.
Puisqu'il s'était informé avec tant de soin du temps que l'étoile avait commencé à paraître, clam vocatis magis diligenter didicit ab eis tempus stellæ, et d’ailleurs ayant su, comme on le croit, le jour que Jésus avait été présenté au Temple, il ne pouvait ignorer son âge. Pourquoi donc immoler à sa défiance tous les enfants qui avaient deux ans ou moins de deux ans? C’est que la crainte, lorsqu'elle est à son comble, ne raisonne plus ; elle ne croit jamais avoir assez pris de précautions ; elle
craint même ce qui n’est nullement à craindre. En quatrième lieu, ce fut l'excès de sa crainte qui lui fit ordonner le massacre d’un si grand nombre d'enfants, de peur que celui qui faisait le sujet de‘son inquiétude ne lui échappât. Car, si la crainte lui avait laissé la liberté de raisonner le moins du monde, n’aurait-il pas fait réflexion qu’un enfant, dont le ciel avait annoncé la naissance par une étoile miraculeuse, dont tous les prophètes avaient prédit la grandeur et qui avait été promis aux Juifs par ce même Dieu qui avait dompté Pharaon et toute l'Egypte, que cet enfant, dis-je, serait hors d'atteinte à sa cruauté, et qu’il devait plutôt songer à mériter ses bonnes grâces qu’à le persécuter dès son berceau. Quoi! Hérode, vous vous armez contre le ciel, contre le Dieu des armées? Vous prétendez renverser les desseins du Tout-Puissant et rendre vaines toutes ses promesses ? Les prophètes auront dit vrai dans la prédiction qu'ils ont faite de la naissance du Messie, et vous ferez trouver faux tout ce qu'ils ont prédit de sa vie et de ses miracles ? Vous ferez tomber le Seigneur en confusion? Votre politique l’emportera sur sa Providence ? Il aurait eu toutes ces vues, s’il avait été à luimême ; car au reste, il n’y avait pas de prince au monde plus éclairé. Maïs la crainte lui a renversé l'esprit. C’est pourquoi on ne doit plus attendre de lui que des actions d'insensé et de frénétique. Ce qui est tout à fait étrange, c'est qu'un carnage si horrible n’a point encore calmé son esprit : il porterait volontiers dans tous les états la même désolation qu’il a causée dans la ville et aux environs de Bethléem. Il le croit voir en son propre fils,
et nous lisons dans un historien, païen de religion, qu'il sacrifia lui-même ce fils innocent aux mêmes soupcons qui lui en avaient fait égorger tant d’autres.
Quel prodige qu'un enfant de dix jours ait été capable de faire perdre l'esprit à l’un des plus habiles et des plus puissants monarqués de toute l'Asie. Encore si cet enfant était né dans la pourpre et au milieu d’une armée dévouée à son service! Mais il est né dans une crèche ; il n’a pas même un serviteur auprès de sa personne royale. Il est vrai qu’il a quelque chose sur le front et dans les yeux capable de porter la terreur jusque dans l'âme du tyran. Mais Hérode ne l’a pas vu; il l’a seulement oui nommer. C’est assez : tout bon sujet doit respecter jusqu’au nom de son maître; et tout sujet rebelle doit trembler à ce même nom. Du moment que le Roi des rois est né, tous les princes ont un souverain et tous les mauvais princes, un juge ; et par conséquent, tous les princes doivent commencer à s’humilier et les mauvais princes, à craindre.
Que si Jésus au berceau fait déjà trembler les plus grands monarques, combien sera-t-il terrible à tout le monde, lorsqu'il sera sur le trône ? Cette réflexion est du grand Saint Augustin, en un sermon qu'il a fait sur ce mystère : Quid erit tribunal Judicantis, quando superbos reges cuna terrebat Infantis? On n'aime guère Jésus- Christ ; je ne m'en étonne pas ; je vois que les hommes, pour la plupart, n'ont d’amour que pour eux-mêmes. Mais je m'étonne qu’étant si susceptibles de toutes sortes de craintes, il n’y ait que Dieu seul qu’ils ne craignent point. Cependant il est très vrai qu'il n’y a que Dieu seul
à craindre au monde. Car en quoi est-ce que me peuvent nuire toutes les puissances de l’univers, si je suis sous la protection du Seigneur ? Et, si le Seigneur me poursuit en sa colère, quelle puissance peut me mettre à couvert de la sienne? Quel si grand mal me peuvent faire les hommes que je ne m'en fasse un grand bien, si je le veux? Quels biens peuvent-ils m'ôter qu'il ne me soit avantageux de perdre pour Dieu et dont la privation ne m'enrichisse ? Quelque disgrâce qui m'arrive, si je sauve mon âme, il n'y a rien de perdu. Or, mon âme n'est point exposée à l'injustice, ni à la violence des hommes. Au contraire, quelques succès que j'aie d’ailleurs, tout est perdu si l’âme est perdue; et il est au pouvoir de Dieu de la perdre. Venez ici, hommes timides et de peu de cœur, vous dont l'âme est éternellement agitée de vaines défiances et de vaines craintes ; vous qui vous rendez volontairement esclaves de la fortune des autres hommes, de leurs passions, de leurs discours et même de leurs pensées : Ostendam vobis, quem timeatis : Je veux vous apprendre qui c'est que vous devez craindre. Craignez Celui qui peut vous ôter la vie à chaque moment et ensuite vous rendre malheureux pour l’éternité. Dites-moi quelle puissance, soit humaine, soit céleste peut retirer du tombeau le corps de ce seigneur et de cette dame que Dieu y a mis depuis peu de jours et qu'il a donné en proie aux vers et à la corruption ? Quel roi, quel souverain peut arracher aux démons l’âme de cette autre personne que le Seigneur vient peutêtre de précipiter dans les enfers? Voilà quel est Celui que vous devez craindre. Oui, dit le Seigneur, je vous
le répète, voilà Celui que vous devez craindre : Timete eum, qui, postquam occiderit, habet potestatem mittere in gehennam. Ita dico vobis, hunc timete.
Vous me direz peut-être que c’est quelque chose de bien triste que de trembler toujours, que de vivre toujours dans la crainte. Il faut distinguer, chrétiens Auditeurs. La crainte d’un méchant homme ou, pour me servir de l'exemple de Saint Augustin, la crainte d’une femme qui ne vit pas bien, qui appréhende sans cesse d'être surprise, d’être poignardée ou empoisonnée par son mari, qui ne le voit jamais rentrer au logis qu’elle ne soit saisie de frayeur, qui se croit découverte sur le moindre signe qu'il donne de chagrin ou d'inquiétude, je vous avoue que cette crainte est quelque chose de bien cruel. Mais la crainte d’une honnête femme qui craint de déplaire à son mari, parce qu'il a du mérite et de la bonté, parce qu’elle j’aime et qu’elle sait très bien qu’elle en est aimée, cette crainte, si je ne me trompe, est quelque chose non seulement de fort raisonnable, mais encore de bien doux. Or, si nous ne sommes pas tout à fait désespérés, nous ne saurions nous empêcher de craindre Dieu en l’une ou en l’autre de ces manières. Voyez à laquelle de ces deux craintes vous aimez mieux abandonner votre cœur. Si vous ne craignez pas d'offenser Dieu, vous devez craindre qu'il ne vous punisse. Il le peut faire à toutes les heures ; votre âme et votre corps sont entre ses mains; il n’y a qu’un pas entre vous et le tombeau; et, si vous êtes ennemis de Dieu, mourir et être damné c’est pour vous la même chose.
Quoi donc, je verrai toujours cet horrible enfer ouvert à mes pieds ? Il ne tonnera jamais que je n’aie sujet de penser que c’est contre moi que le ciel gronde? Je ne serai jamais seul que mon imagination troublée ne me représente mille spectres, mille fantômes? A chaque faux pas que je ferai il me semblera que la terre va s'ouvrir et que c’est la main de Dieu qui me pousse dans les abîmes ? Toutes les fois que la nuit viendra, l'horreur de mon crime se représentera à mon esprit et le moindre bruit, la moindre ombre me fera pâmer de frayeur? Je ne pourrai m'endormir sans songer que c’est entre les bras du démon que je m’endors et que de ce lit je serai peut-être porté sur des lits de feu et dans des étangs de souffre allumé ? Confige timore tuo carnes meas. Ah plutôt, Seigneur, remplissez-moi de votre crainte et faites que j'en sois tout pénétré, de cette crainte amoureuse qui fait les plus doux plaisirs du cœur et qui le comble d’allégresse, comme l’assure David : Timor Dominti delectabit cor, et dabit lætitiam et gaudium in longitudinem dierum; de cette crainte qui, bien loin de nous troubler, rassure et calme l'esprit ; de cette crainte qui bannit toute autre crainte, qui rend intrépide dans les périls, qui fait mépriser la mort, qui la fait même désirer. Faites que je craigne de vous offenser, Ô mon Dieu, que je ne craigne rien tant que cela, que je ne craigne que cela, puisque dans la vérité il n’y a que cela qui mérite d’être craint, puisque c’est à l’égard de cela seul que la crainte est salutaire et qu’elle délivre du mal qu'on craint.
Nous avons donc vu, chrétiens Auditeurs, des preuves
bien convaincantes de l'autorité et de la puissance du nouveau roi sur les autres rois. Disons un mot de sa majesté royale et voyons s’il est vrai qu'il n’a qu'à se faire voir pour se faire respecter. Messieurs, vous n'ignorez pas que, lorsque le Verbe Eternel s’unit à l'humanité sainte du Sauveur, il lui fit part de toutes ses perfections infinies ; que dès lors l’homme fut puissant, immense, immortel, sage comme Dieu, parce qu'il ne fut plus qu'une même personne avec Dieu. Mais, outre ses divines perfections, le Créateur répandit dans l’âme de Jésus-Christ des qualités créées, et surnaturelles, et naturelles, proportionnées en quelque manière à la divinité à laquelle il était uni; de sorte que, même à ne considérer que ce qu'il avait d'humain, il était bon, sage, saint, savant d’une manière toute divine et bien différente de celle des autres hommes. Il n’y eut pas jusqu’à son corps qui ne se ressentit de la divinité qui y habitait. On peut dire, en quelque sens, qu'il était divinement beau, qu'il avait une majesté divine, que Dieu ne s'était pas seulement uni à cette partie terrestre et sensible, mais qu'il s'était rendu comme corporel et sensible en elle. C’est le sens que quelques docteurs donnent à ces paroles de Saint Pierre : /n quo inhabitat plenitudo Divinitalis corporaliter.
En effet, dit Saint Jérôme écrivant à une sainte fille nommée Principia, il fallait bien que sur le visage et dans les yeux du Sauveur il y eût quelque chose de divin, car sans cela les apôtres ne se seraient pas si fort hâtés de le suivre à la première invitation, eux, dis-je, qui étaient alors si grossiers et qui ne pouvaient encore
être touchés que par les sens. Quand on le cherchait de de la part des prêtres pour le livrer à Pilate, l'Evangile dit qu'il était nuit et qu’on le cherchait aux flambeaux : cela n’empêcha pas que les soldats ne fussent éblouis par l'éclat de son visage, et il y a des Pères qui assurent que ce fut la surprise que ce grand éclat leur causa, qui les fit tomber par terre. Mais le mystère de ce jour, ce qui se passe à Bethléem à l’arrivée des rois mages, nous doit persuader de la beauté auguste et majestueuse de Jésus-Christ encore plus fortement que tous les exemples. Car ces rois ne l’ont pas plus tôt aperçu entre les bras de Marie que, frappés de je ne sais quels rayons qui sortaient de sa personne, oubliant leur rang et leur propre majesté, ils se prosternent devant sa crèche et l’adorent avec toutes les marques du respect le plus profond : Et procidentes adoraverunt eum. Si la majesté de Jésus peut faire ce prodige, dans un âge où cette qualité ne se produit encore que faiblement, que sera-ce lorsque ses traits seront mieux formés et qu’ils auront toute leur perfection ? Mais combien faut-il qu’elle ait été grande, dès cet âge même, pour surmonter le mépris que l'enfance attire naturellement et pour inspirer des mouvements tout contraires? Combien faut-il qu’elle ait été grande, pour faire une impression si forte sur l'esprit des mages, malgré tant de circonstances désavantageuses qui devaient empêcher ce grand effet ?
La majesté, chrétiens Auditeurs, quoi qu’en dise la flatterie, n’est, dans la plupart des plus grands rois, qu'un faux avantage qu’ils doivent à la prévention de nos esprits et à l'erreur de nos sens. Leur palais, leurs
gardes, le nombre et la qualité de leurs officiers, la manière auguste et mystérieuse dont ils sont servis, le trône, la pourpre, la couronne, tout cela nous aide à nous tromper en leur faveur et à nous persuader que nous voyons en eux quelque chose qui les distingue des autres hommes. On ne peut pas dire qu’une pareille illusion ait porté nos rois à s’humilier en présence de Jésus. L'étable et la crèche, la pauvreté de Joseph et de Marie ne sont guère propres pour imposer aux yeux des hommes ; tout cela est bien plus capable d’étouffer une véritable majesté que d'en donner une imaginaire. Nonobstant tout cela, la majesté de Jésus ne laisse pas de briller, de percer tous ces nuages qui la couvrent, de se faire sentir jusqu’au fond de l’âme et dès la première vue. Cela est d'autant plus digne d’admiration que ces mages avaient vu le fils d'Hérode en passant par Jérusalem, et ils ne l'avaient point adoré. Quoi que ce prince fût né dans la pourpre, qu’il fût logé dans un superbe palais, quoi qu'il fût vêtu et servi à la royale, ils ne se sentirent point portés en le voyant, à plier le genou devant son berceau. Saint Fulgence dit qu'ils n’eurent que du mépris pour lui, qu’ils ne daignèrent pas même le saluer. Jésus, au contraire, quoique destitué de tout cet appareil de grandeur, attire d’abord tous leurs respects ; il trouve dans sa majesté vraiment royale ce que les autres cherchent en vain dans la pompe qui les environne : /lle natus in palatio contemnitur, iste natus in diversorio quæritur ; ille à magis nullatenus,nominatur, iste inventus suppliciter adoratur.
Que nous sommes obligés à Dieu d’avoir amené ces
grands hommes à la crèche de son Fils! Quoique la visite des pauvres pasteurs nous eût beaucoup édifiés, il nous a été incomparablement plus utile de le voir adoré par les rois mages. Car, outre que ce sont ici les prémices des nations et qu’ils nous ouvrent à tous un chemin qui jusqu’à cette heure nous avait été fermé, si, pour soutenir notre foi nous n'avions eu que le témoigpage des pasteurs, notre foi aurait toujours été faible et chancelante ; on aurait dit que ces bonnes gens auraient pris un songe pour une apparition et que, -prévenus de la pensée qu’un ange leur avait parlé, ils auraient trouvé dans cet Enfant tout ce qu’il aurait plu à léur imagination de leur figurer de grand et d’auguste. Mais, depuis que les mages ont été à l’étable de Béthléem, il ne reste plus de lieu aux doutes ni aux défiances des incrédules. Ce ne sont ici, ni des bergers, ni des idiots ; ce sont des rois qui ne voudraient pas s’exposer à la risée de tout lunivérs, en venant de si loin pour s’humilier devant le fils d’un pauvre artisan, s’ils n’eussent été bien persuadés que cet enfant était quelque chose de plus que ce qu'il paraissait être par sa naissance temporelle.
De plus, ils étaient savants et, apparemment, les plus savants de leur nation. Ils étaient surtout bien versés dans l’astrologie. Ils avaient vu une étoile, et ils étaient trois qui l'avaient vue, et ils ne l’avaient pas vue une seule fois ou seulement un moment de temps ; mais elle leur à apparu dans leurs pays, où ils ont eu tout le loisir de la considérer avant que de se mettre en chemin; et la voilà encore qui les conduit à l’étable. Au reste, ils sont si convaincus de ce qu’ils croient qu'ils n'hésitent
pas le moins du monde; ils demandent hardiment dans Jérusalem où est né le roi des Juifs; et quoique personne n'en ait entendu parler dans cette ville, qui est pourtant la capitale du royaume, ils ne craignent point pour cela de s'être trompés. Ils trouvent enfin ce roi dans l’indigence et entre les mains d’une mère pauvre et obscure, et ils n’en sont nullement surpris. Mais ils sont si surpris de la beauté et de la majesté de son visage qu'ils tombent à ses pieds et se prosternent pour l’adorer : Et intrantes domum invenerunt Puerum cum Maria Matre ejus, et procidentes adoraverunt eum.
Après cet exemple, chrétiens Auditeurs, je ne crois pas que nul d’entre nous refuse d’aller reconnaitre le Fils de Dieu jusque dans le sein de Marie, jusque dans la crèche où il est né. Mais avant que nous allions tous ensemble nous acquitter de ce devoir, vous voulez bien que je vous donne un avis sur la manière, dont il veut être adoré. Venit hora, et nunc est, quando veri adoratores adorabunt Deum in spiritu et veritate, et Pater tales quærit, qui adorent eum. Jésus cherche de véritables adorateurs, c'est-à-dire des personnes qui l’adorent en esprit. S'il se contentait des révérences, des cérémonies extérieures ; s’il ne voulait qu'être encensé, que voir son étable inondée du sang des victimes, il n'aurait pas fait venir de si loin ces princes que vous voyez à genoux devant sa crèche. Les Juifs étaient les gens du monde les plus propres pour lui rendre cette espèce de culte. Mais depuis que le Seigneur s’est rendu visible aux hommes, il demande un culte invisible, des sacrifices spirituels, dont le peuple Juif ignore l’usage.
Prenons garde, Messieurs, que toute notre religion, aussi bien que celle de ce peuple; ne consiste en des choses extérieures et sensibles. Venir à la messe, à la prédication, jeûner, communier, dire force prières vocales, ce sont toutes actions saintes et chrétiennes ; elles honorent Dieu, nous n’en pouvons pas douter. Mais si Dieu ne demandait que cela, on peut dire qu’il trouverait de véritables adorateurs, sans qu’il se miît trop en peine d’en chercher. Mais il cherche des gens qui lui sacrifient leurs désirs, leurs inclinations, leurs répugnances, qui choisissent pour victime l’idole de leur cœur, ce qui fait son plaisir, ce qu'il aime, ce qu'il adore. Cette femme avare renonce volontiers aux ajustements , cette femme vaine est charitable envers les pauvres. Ce sont-là des sacrifices fort imparfaits : le véritable sacrifice serait, si celle qui est portée à la vanité s’habillait fort simplement, et que l’avare donnât l’aumône. Cet homme, qui est colère et vindicatif de son naturel, se défend des passions tendres ; cet autre, qui aime le plaisir, pardonne aisément les injures qu'on lui a faites : si le vindicatif s’appliquait à ne haïr que soi-même et le voluptueux à n’aimer que Dieu, ils seraient l’un et l’autre de parfaits adorateurs. Ce sont là les adorateurs que Dieu cherche, chrétienne Compagnie : Et Pater tales quærit, qui adorent eum. Il en trouve peu, même parmi les personnes qui se croient dévotes et qui passent pour telles dans le monde; mais aussi, quand il en trouve, on ne saurait dire combien il les distingue de tous les autres, combien il les caresse, combien il les aime : on ne saurait dire tout ce qu'il fait
pour leur témoigner qu'il agrée leur sacrifice. Je n’oserais vous inviter tous à entreprendre un exercice qui va si directement à la destruction de l’amour-propre, quoique je souhaïtasse de vous voir tous dans cet exercice. Mais j'exhorte de tout mon cœur toutes les personnes qui se sentent appelées à la dévotion, de ne prendre point d'autre voie que celle-ci. Qu'’elles s’étudient ellesmêmes, qu'elles tâchent de découvrir leurs passions et tous les mouvements de leur cœur, et qu’elles s’appliquent à les réprimer. Qu'elles se résolvent à donner au Seigneur ce que la nature voudrait se réserver pour ellemême. Croyez-moi, Messieurs, toutes les autres routes sont non seulement fort longues, mais elles sont dangereuses, au lieu que, par celle-ci, on va fort sûrement et fort loin en fort peu de temps. Elle est rude, elle est épineuse, il est vrai; mais elle nous mène bientôt à Jésus et, du moment qu’on l’a trouvé, toutes les épines se changent en roses, toutes les peines en plaisirs : on commence à jouir, dès cette vie, d’une félicité parfaite et l’on est assuré d’en avoir en l’autre une éternelle. Ainsi soit-il. |
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