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nous épargner ces peines ? Pensez-y, chrétienne Compagnie, et profitez de cet excès d'amour.
Je remarque, en troisième lieu, que quelque excessives qu'aient été les souffrances de l’âme de Jésus-Christ, elle n’a souffert que d'elle-même et de ses propres passions, émues par les objets qui les réveillent naturellement; elle n’a été au pouvoir, ni des hommes, ni des démons ; il en est toujours demeuré le maitre. Mais son corps a entièrement été en la puissance de ses ennemis ; il a été livré aux valets, aux soldats, aux gardes, à plusieurs bourreaux, à quiconque a bien voulu lui faîre du mal ; il a essuvyé toute la rage, et des Juifs; et des Gentils, et, par eux, toute la fureur des démons dont ils étaient possédés. On ne le conduit chez Caïphe qu'à coup d'épées et de bâtons, cum gladiis et fustibus; à peine est-il arrivé qu'on le remet entre les mains d’une garde insolente qui abuse de sa patience en mille manières. On le soufflette, on lui arrache la barbe et les cheveux, on lui donne des coups dans les flancs et au visage. Chez Pilate, tout est permis aux bourreaux et aux soldats. Bien loin d’être retenus (1) par la crainte des lois et des juges, on les anime, on les paie, on loue ceux qui le traitent plus inhumainement. Saint Jean Chrysostôme dit que les Juifs en usèrent en cela comme des chasseurs qui, ayant enfin trouvé la biche qu'ils poursuivaient, ne se contentent pas de la prendre, ni de la faire simplement mourir; mais qui se font un plaisir de la fatiguer,
(1) Bien loin de les retenir par la crainte des lois et des juges, on les
anime...
de la tourmenter, de lâcher tous les chiens sur elle, de la faire fouler et déchirer toute vive. ,
A Dieu ne plaise, à mon très aimable Jésus et Rédempteur, que je diminue en rien la compassion qu'on doit avoir pour votre cœur affligé ! En voulant exagérer les peines de votre corps adorable, je ne prétends autre chose que de faire voir que tous vos maux sont extrêmes, qu'ils s’entre-cèdent, qu'ils s'entre-surpassent tous les uns les autres, et que tout ce qu’on en peut dire de plus certain c’est qu’ils sont tous au-dessus de toute comparaison. Qu'il me soit donc permis d'ajouter encore à Ce que j'ai dejà dit, que votre âme, quoique tout à fait inconsolable en ses croix secrètes, ne fut pourtant pas privée de toute consolation. Un ange la fortifia dans le jardin ; elle se soutint elle-même par son amour durant tout le cours de ses souffrances. Pilate refusa quelque temps d'écouter les demandes injustes des Juifs ; les femmes vous accompagnèrent de leurs larmes, le bon larron vous reconnut pour son Dieu. C'était bien peu de chose, tout cela, en comparaison de ce que nous disions tantôt ; c'était tout au plus une goutte d’eau douce dans un torrent de fiel et d'absinthe. Mais enfin je ne trouve pas qu'il y ait eu une seule goutte de consolation pour le corps. Il souffrit durant l’espace d'environ trois jours, sans qu'on lui présentât un verre d'eau pour le rafraichir dans les tourments qui ont coutume de causer une soif extrême. Durant tout ce temps-là, on ne lui offrit rien à manger, on ne lui donna rien, pas un seul moment pour dormir. Que dis-je, dormir? Il n'eut pas même le temps de respirer entre les supplices. .
Après la sanglante flagellation dont nous avons parlé, les bourreaux lassés, épuisés de force, eurent besoin de repos et ils se retirèrent pour en prendre. Dieu sait si Jésus en avait besoin, lui qui avait recu tous les coups, qui avait causé leur lassitude. Mais il ne fut pas plus tôt délié que les soldats, se jetant sur lui, se mirent à lui faire une couronne d’épines et à la lui enfoncer dans la tête; et pour faire durer ce supplice et l’augmenter à chaque moment, jusqu'à ce qu'on lui en préparàt un nouveau, ils se divertirent durant plusieurs heures à frapper sur ces épines avec un roseau qu'ils lui avaient mis entre les mains par dérision en forme de sceptre. Quand après cela on lui aurait donné un peu de relâche, on n'aurait pas pour cela interrompu ses douleurs, puisqu'il ne quitta plus ce funeste diadème, qu'il le porta jusqu'à la mort. Mais ce jeu inhumain durait encore, lorsqu'il fut appelé devant Pilate. On n'eut pas le temps de lui ôter la ridicule pourpre dont il était revêtu. Pilate le condamne; on le charge d’une croix, on lui arrache ses habits qui s'étaient collés à ses plaies; on le crucifie. On avait coutume de donner aux criminels certain vin de myrthe, qui avait la vertu d'émousser le sentiment et de rendre ainsi le tourment de la croix plus supportable: il refuse ce petit soulagement; il brûle de soif; il ne peut pas la dissimuler; on lui refuse une goutte d’eau.
O mon Dieu, que nos délicatesses vous coûtent cher! Que de rigueurs pour expier ces soins excessifs que nous prenons de nous-mêmes, cet empressement que
‘nous avons à nous choyer, à prendre tous nos plaisirs,
à éviter jusqu'aux plus petites mortifications, à chercher nos aises jusque dans nos prières, jusque dans nos jeûnes ! Qu'il faut que cette vie molle et délicieuse vous déplaise, puisque vous avez tant souffert pour nous faire entendre qu’elle vous déplait! Nous le comprenons, mon adorable Sauveur; car qui ne serait pas frappé d’une si grande lumière! Mais, hélas ! que cette connaissance fait peu d'impression sur des âmes molles et faibles, telles que nous sommes, sur des âmes qui ne se connaissent, qui ne s’estiment, qui ne s'aiment point elles-mêmes, qui ne font état que de leur corps, qui en sont aussi amoureuses que s'il était immortel ou qu'elles dussent mourir avec lui.
Enfin, Messieurs, vous n’ignorez pas qu'il y avait deux parties dans l’âme de Jésus-Christ, aussi bien que dans celle des autres hommes, et que, dans sa Passion, 1l ne souffrit que dans la partie inférieure, l’autre étant comme une région élevée au-dessus des vents, où tout était calme dans le temps de la plus grande tempête. C'est-à-dire que les tourments, la mort, le péché même et la réprobation des hommes, dans cette région supérieure de l’âme, n'avaient rien de dur, rien de fâcheux. La volonté de Dieu y régnait uniquement ; tout ce qui était ordonné par cette volonté souveraine était accepté, non seulement avec soumission, mais même avec joie. Il n'en est pas de même du corps adorable de mon Rédempteur; il a souffert en toutes ses parties et presque en chaque partie des tourments particuliers et en la plupart plusieurs tourments : À planta pedis usque ad verticem non est in eo sanitas, depuis la plante des
pieds jusqu'au haut de la tête tout est plaie, tout est douleur. Voilà pourquoi Isaïe le compare à un lépreux qui n'a rien de sain en sa personne, à un homme frappé de Dieu et humilié, c’est-à-dire tout couvert d’ulcères ou d'autres maux qui font horreur et qui l’obligent de se retirer du commerce des autres hommes. Tout le visage de Jésus est meurtri, est enflé des rudes soufflets qu'il a recus; on ne le reconnait plus; de l’état du plus bel homme du monde le voilà réduit à un état où l’on distingue à peine les traits d’un homme. Quelle partie de son corps a été épargnée à la flagellation ? N’avait-il pas déjà reçu mille et mille bastonnades sur les mêmes épaules où l’on déchargea tant de coups de fouets ? Laquelle de ses blessures ne fut pas renouvelée deux fois, lorsqu'on le dépouilla chez Pilate et sur le Calvaire? Et de combien d’épines cette tête ne fut-elle pas percée ? Et combien de coups de roseaux sur ces épines ? Enfin, ce fut sur des plaies qu'il porta la croix. Je ne parle ni des chutes fréquentes qu'il fit, ni des coups de pieds qu'on lui, donna, soit dans les jambes, soit dans les flancs pour le relever. La faim, la soif, le sommeil le firent souffrir jusque dans ses entrailles, et la lassitude mortelle qui lui restait après de si grandes et continuelles souffrances lui avaient comme brisé tous les os. Ses mains avaient enduré les rudes nœuds dont on les avait liées, ses pieds avaient souvent été foulés par les soldats, qui le pressaient en le conduisant. Mais la plante des pieds et la paume des mains n'avaient encore eu que de légères atteintes ; on les réservait pour le plus
cruel de tous les supplices.
O qu'il est difficile d'imaginer ce que souffre un malheureux, quand on lui perce les pieds et les mains, quelque instrument qu'on puisse employer pour le faire! Mais quand c’est avec des clous qu'on les lui perce, et avec de gros clous longs, raboteux et émoussés, qu'on enfonce à coups de marteau, et qu’on enfonce jusqu’à la tête, jusqu'à ce qu’à travers les pieds et les mains ils soient entrés dans une poutre assez grosse pour soutenir tout le corps, je laisse à juger de l'excès de cette douleur, à ceux qui ont examiné plus exactement combien d'os, de muscles, de nerfs, de tendons devaient être offensés, rompus, déchirés dans ce tourment, et qui savent dans quels symptômes, dans quelles convulsions on a coutume de tomber, pour peu qu'on soit piqué dans des parties si sensibles. |
Voilà, Messieurs, comme on a traité le plus innocent, le plus saint de tous les hommes, celui qui nous avait aimés davantage et qui méritait le plus d’être aimé. O si vous l'aviez vu dans l’état pitoyable où tant de tourments l’avaient réduit, en l’état où il parut aux yeux d'une multitude presque infinie de peuple, lorsqu'on éleva la croix à laquelle il avait été cloué, en cet état, dis-je, qui fit pâlir le soleil et fendre les pierres! Quels mouvements ce spectacle n'aurait-il pas excité dans des cœurs aussi bons et aussi tendres que les vôtres! En voilà une image, chrétienne Compagnie (1). Mais, hélas! qu'elle est peu ressemblante ! Qu'elle est flattée! Qu'elle représente faiblement les misères dont je vous ai entrete-
(1) Ici le prédicateur mettait le crucifix sous les yéux de ses auditeurs.
nus ! O que ce visage était bien autrement défiguré! Que ce sein était bien déchiré d’une autre manière! Que ces clous étaient bien plus rudes et ces ouvertures plus larges et plus affreuses ! Quelle différence entre cette éclatante blancheur et la couleur pâle, livide, sanglante de Jésus crucifié ! De toute l’idée que je me suis formée de mon Rédempteur souffrant, ce portrait ne me semble bien exprimer que son silence. Oui, Jésus au milieu de tant de maux, dans le temps qu'on exerçait sur lui les plus injustes et les plus excessives cruautés ; dans ce temps-là, dis-je, Jésus a été aussi froid, il a été aussi muet que cette figure. Mais s'il s’est tu si constamment, c’est moins un effet de sa patience que de son amour ; c’est qu'il n’a pas cru, que notre salut devant être le prix de ses douleurs, il eût aucun sujet de se plaindre. Il est vrai que c’est là, à peu près, la posture où il a passé les trois dernières heures de sa vie; c’est, à vrai dire, une espèce de question et de torture cruelle. Quand il aurait été attaché avec des cordons de soie, ayant ainsi les bras élevés et attirés en bas par le poids du corps, il n'aurait pas laissé de souffrir un cruel martyre, surtout étant brisé et tout épuisé de forces, comme il était. Mais quel surcroît de douleur d’être ainsi suspendu sur des clous, appuyé sur des plaies toutes fraîches et qui s’augmentent, qui se renouvellent à chaque moment !
Je ne vous demande plus, chrétiens Auditeurs, ce que vous pensez de la comparaison que j'ai eu dessein de faire entre les peines spirituelles et les peines sensibles de Jésus-Christ. Elles ont été toutes excessives, toutes
communes aux deux parties dont Jésus était composé, passant sans cesse de l’une à l’autre, celles du corps pénétrant jusqu’à l’âme, celles de l’âme retombant à leur tour sur ce faible corps. A la vue du Sauveur mourant, je ne puis avoir d’autre pensée que celle qu'il a luimême ; il ne songeait qu’à notre salut. Et si nous n’y songeons pas tout de bon, en le voyant mourir aujourd'hui pour nous, je ne vois pas ce qui pourra jamais être capable de nous y faire songer. Quelle foule, quel amas de motifs, dans ce seul objet, pour nous obliger à vivre chrétiennement ! Vous y pouvez voir comme en abrégé toutes les vérités que je vous ai prêchées durant le carême, mais toutes mises dans un si grand jour et exposées avec tant de force qu'à moins de s’aveugler et de s’endurcir volontairement, il est impossible d'y résister.
Voyez, Ame chrétienne, ce que c’est que ce péché dont nous faisons si peu de cas. Il a fallu qu’un Dieu soit mort pour en expier un seul. Vous comptez pour rien les peines préparées aux serviteurs infidèles. Voilà ce que la seule compassion a fait souffrir à Jésus-Christ, pour les épargner à ses ennemis. Voilà jusqu’à quel point il a estimé cette âme que vous négligez si fort! Voilà jusqu’à quel point il vous aime, jusqu'à quel point il aime vos frères, jusqu’à quel point il est altéré des opprobres et des souffrances dont vous avez tant d'horreur! Voilà quels sont les jugements du monde, de ce monde impie pour lequel vous avez tant de complaisance et de considération! Il a méprisé la Sagesse éternelle et incarnée : il l’a fait passer pour extrava-
gance; il l’a jugée digne de mort et a fait mourir effectivement l’Auteur de la vie. Si tout cela ne vous touche point, qui pourra espérer d’en venir à bout? A quel artifice me faudra-t-il recourir? Que ferons-nous si tout ce que Jésus-Christ a pu faire se trouve inutile! Mais que ne ferai-je point avant que de désespérer de votre entière conversion, ayant devant les yeux et entre les mains un si grand sujet de confiance.
Père Eternel, je m'adresserai à vous, je vous présenterai votre Fils, en l’état où l’amour l’a réduit ; et j'espère que vous serez plus sensible à ce spectacle. Car comment se pourrait-il faire que je trouvasse en vous cette même dureté que vous ne pouvez pardonner aux hommes ? Que pouvez-vous me refuser, à Dieu de toute bonté, Père de miséricorde, à la vue de cet Agneau qui s'est laissé égorger pour vous témoigner son obéissance! C’est par cette innocente victime, c’est par ses plaies et par sa mort que je vous prie aujourd’hui. Et qu'est-ce que je vous demande, à mon Dieu? Rien autre chose, si ce n’est que vous ne méprisiez pas les douleurs de votre Fils unique, que vous ayez quelque égard à ce qu'il endure et que vous ne laissiez pas de si grands mérites sans récompense! Dignus est Agnus, qui occisus est accipere virtutem, et divinitatem, et sapientiam, et fortitudinem, et honorem, et gloriam, et benedictionem. Oui certainement, il est digne d’être aimé, respecté, béni, glorifié de toute la terre; il mérite d’être le Roi et le Dieu même de tous ceux qu’il a rachetés. Faites donc, à Dieu de justice, qu’il règne effectivement sur tous les cœurs; que tous les impies changent leurs blas-
Zi
phèmes en bénédictions, tous les pécheurs, leurs obstinations en tendresse, toutes les âmes faibles et imparfaites, leur tiédeur en ferveur et leurs désirs en effets. Faites, je vous en conjure, que tous ceux sur qui ce précieux sang sera versé à ces fêtes par le sacrement de la pénitence en soient véritablement purifiés, qu'il les trouve tout disposés, par une amère douleur de leurs fautes et par un désir sincère de changer de vie, à profiter d’un si grand bienfait; surtout, à mon Dieu, ne permettez pas que ce sang serve à la condamnation d'aucune âme, puisque cela est si éloigné de l'intention de Celui qui l’a répandu. Je m'adresserai encore à vous, à mon aimable Rédempteur! Ah! je vous conjure par vous-même, par cette sanglante Passion, par ce zèle infini que vous nous avez témoigné en mourant pour notre salut : faites ressentir, du moins à tous mes Auditeurs, les effets d’un amour si généreux et d’une rédemption si abondante! Quoi, Seigneur, vous aurez donné votre âme, vous aurez avancé un prix immense, et nous n’aurons que des grâces inefficaces ! Souvenezvous qu'avant votre Passion vous avez dit que vous attireriez à vous toutes choses, aussitôt qu’on vous aurait levé en croix (1). Puisqu'enfin vous y voilà cloué, aimable Jésus, souffrez que je vous fasse ressouvenir de votre prédiction! Faites voir, en l’accomplissant, que vous êtes vraiment notre Dieu! O que j'en serai bien mieux convaincu par là que par les éclipses des astres, que par les tremblements de terre et par la résurrection
(1) Elevé en croix.
des morts! Autant de personnes qui sont ici assemblées, ce sont autant de cœurs qui ne demandent qu’à être attirés et qui sont tous prêts à suivre les mouvements qu'il vous plaira leur donner par votre grâce. Attirez-les donc, Seigneur, avec cette douceur invincible, à quoi vous savez que nulle obstination ne peut résister. Attachez-les avec vos liens que nulle inconstance ne saurait rompre. Donnez-leur, par vous-même, toutes les bénédictions que vous leur avez méritées et que je leur souhaite en votre nom, à la gloire du Père et du Saint-Esprit. Amen.
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LETTRE A D 'UJRUEN
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3 CHENE teur
POUR
Attendite et videte, si est dotor sicut dolor meus.
Considérez, et voyez, s’il y a une douleur pareille à la mienne.
(Jérém. 1).
2 Je suis obligé de traiter aujourd’hui le sujet le plus auguste, le plus touchant, le plus riche, le plus fort pour convertir les pécheurs, le plus propre pour faire
des saints, le plus efficace pour la consolation des
affligés, le plus utile pour toutes sortes de personnes,
mais le plus désavantageux pour un prédicateur évan-
gélique qu'il soit possible d'imaginer. Vous êtes venus ici, Messieurs, dans une espérance comme certaine de goûter toutes les douceurs de la plus sensible dévotion; vous y êtes venus tout disposés à verser des larmes sur votre bon Maître et à abandonner votre cœur à tous
les mouvements que le récit de la Passion y peut exciter; et moi j y viens dans un véritable désespoir de pouvoir rien dire qui réponde à votre attente, de pouvoir même expliquer ce que je pense et ce que je sens.
Pour dire quelque chose de raisonnable sur la Passion et sur la mort de Jésus-Christ, il faudrait, avant toutes choses, pouvoir faire comprendre ce que c’est que Jésus- Christ, quelle était son innocence, sa sainteté, son pouvoir sur toutes les créatures, sa bonté et sa sagesse infinie. Il faudrait pouvoir vous représenter la beauté et la douceur de son visage, la pente que son cœur avait à faire du bien et le bien qu'il faisait en effet à tout le monde. De plus, il faudrait vous entretenir de ses douleurs secrètes et intérieures, qui surpassent celles de son corps autant que la peine du dam surpasse, dans les enfers, toutes les peines sensibles. Enfin, il faudrait pouvoir dire avec quels sentiments intérieurs et surtout avec quel amour pour les hommes il à enduré les plus horribles tourments, qui sont toutes choses ineffables et pour la plupart même incompréhensibles.
Les tourments, même extérieurs, qui nous auraient touchés si vivement, si nous en avions été témoins, ne peuvent guère nous émouvoir, quand nous les entendons raconter ; outre que n'en pouvant rien dire qui n'ait été déjà dit mille fois, il est impossible que je fasse sur votre âme ces grandes impressions qu'y feraient des. choses inouïes et inespérées.
Cela supposé, chrétienne Compagnie, par quel art, par quelle éloquence de si grandes difficultés peuventelles être surmontées? Qui aura jamais le courage, pour