‹ Œuvres completes. Tome premier, SermonsChapitre 31 sur 46 · AA AL EI · texte numérisé non relu

AA AL EI

et un voleur ! Vous comprenez assez, Messieurs, ce qu'il y avait de dur et de honteux dans ces circonstances. Toutefois, Jésus n'en est nullement troublé. Il reçoit le baiser du traître avec une douceur capable d'adoucir un tigre. Il se nomme, il se fait connaître, il guérit le serviteur du pontife qui avait été blessé par Saint Pierre, et sa (présence auguste ayant comme interdit et même renversé tous ces satellites, il les rassure et les encourage à exécuter les ordres qu’ils ont recus.

Il est étrange qu'un procédé si honnête et si généreux ne touche point ces soldats. Au contraire, bien loin de les adoucir et de les obliger d’en user avec Jésus un peu plus honnêtement qu'avec un autre homme (1), ils le traitent avec une brutalité et une cruauté inouiïe. Ils n'avaient qu’à le prendre et à le conduire; il ne faisait nulle résistance; il les suivait de tout son cœur; et cependant ils se lancent sur lui comme des chiens enragés, ils le jettent par terre, et, l’ayant lié de plusieurs cordes, tantôt ils le trainent inhumainement, tantôt ils le relèvent à grands coups de pieds et le rouent de coups de bâtons et de hallebardes. Mais quoi, me dites-vous, ce n’est point de la sorte qu’on a coutume de traiter les plus criminels, à moins qu'ils ne se révoltent ? C’est là véritablement punir un malheureux avant qu'il ait été jugé coupable, ce qui est une injustice que les peuples les plus barbares ont en horreur. Vous avez raison, Messieurs. Mais il faut vous avertir une fois pour toutes que, dans toute la Passion

() Bien loin qu'ils en soient adoucis et obligés d’en user avec Jésus, ete,

de Jésus-Christ, vous ne devez vous attendre à nulle formalité, à nuile apparence de justice. Il semble que pour lui on ait oublié toutes les lois de l'équité la plus naturelle, que tout le monde se soit dépouillé de tout sentiment d'humanité. C’est une conduite toute extraordinaire, un horrible renversement de toutes choses. On dirait que ce n’est pas un homme qu’on maltraite, que c’est un vil animal, un ver de terre qu’on peut fouler, qu'on peut écraser impunément.

De cette manière, Jésus est trainé au tribunal des pontifes ; il paraït, lié et tête nue, devant des hommes, dont il était lui-même le juge et qui ne méritaient pas de lui délier la courroie de ses souliers. C’est une étrange humiliation, pour un roi, de paraître en qualité de criminel devant ses propres sujets et d’être obligé de leur rendre compte de sa conduite,. surtout si c'est un grand prince, s’il a du mérite et de la vertu, s'il est innocent, et si ceux qui l’accusent ou qui président à ce jugement injuste sont des scélérats qui méritent eux-mêmes toutes les rigueurs de la justice. Messieurs, le Fils unique de Dieu, qui est Dieu comme son Père, est amené devant Anne et devant Caïphe, deux mauvais prêtres, indignes de leur caractère et de l'office de juge qu'ils exerçaient. On lui reproche en leur présence mille crimes qui n’ont pas seulement l’ombre de la vérité, qui s’entre-détruisent les uns les autres ; on l’oblige à répondre à ces ridicules accusations. A la première parole qu'il profère, un misérable soldat a l’insolence de lui donner un soufflet, et les juges laissent cette action impunie ! Jésus demeure donc dans le silence. Mais on

n'est pas plus content de son silence que de ses paroles ; on veut qu'il parle, pour avoir occasion de le surprendre dans ses réponses. Quoiqu'il connaisse leurs intentions, il ne laisse pas d'obéir; et sur ce qu'il dit, qu'il est en effet le Fils de Dieu, le pontife se récrie comme s’il avait oui un blasphème, il déchire ses habits, il demande justice à tout le conseil; et tout le conseil juge que Jésus-Christ mérite la mort, sans qu’il s’en trouve un seul qui soit d'un avis contraire : Qui omnes condemnaverunt eum esse reum mortis.

Voilà le sentiment de la Synagogue, c’est-à-dire des pontifes, des prêtres, des docteurs de la loi et des plus anciens du peuple. Si l’on veut s’en tenir à ce qu'ils en pensent, Jésus-Christ est un impie, il est digne du dernier supplice. O jugement des hommes, que vous me paraissez méprisable après cette injuste sentence! Qui n'aura honte à l’avenir, à mon aimable Sauveur, d’être loué et d’être estimé du monde! Qui ne fera gloire d'être condamné de ceux à qui vous avez paru digne de Leinet

Je ne m'arrêterai point ici à rechercher pourquoi les Juifs, ayant déclaré Jésus coupable, ils ne le firent pas mourir eux-mêmes. Saint Thomas et plusieurs autres docteurs disent que les Romains leur en avaient ôté le pouvoir. Saint Augustin et Saint Cyrille croient que cela leur était défendu au temps de Pâques. Quelques autres pensent que ce qu’ils répondirent à Pilate : Nobis non licet interficere quemquam ; il ne nous est pas permis de tuer personne, que cette réponse, dis-je, ne fut qu'un faux prétexte des Pharisiens pour faire mourir Jésus-

Christ avec plus d’ignominie, et pour se décharger sur les Romains de la haine du peuple qu’ils craignaient que cette mort ne leur attirât. Quoiqu'il en soit, voilà un homme dévoué à la mort. On n'attend plus que le lever du soleil pour le livrer aux gentils. Cependant on le met entre les mains des soldats pour le garder.

Quand Jésus n'aurait eu à souffrir durant toute cette nuit que la douleur des coups qu'il avait reçus, que les nœuds des cordes qui le serraient et l'attente d’une mort cruelle qu’il devait souffrir le lendemain, il est tout visible qu'il ne la pouvait passer que fort tristement. Mais non; ses gardes ne lui donnèrent pas le loisir, ni de se plaindre des maux passés, ni de songer aux maux à venir. Jls le reçoivent avec empressement, comme un fou capable de les divertir ou comme un méchant homme de qui on ne devait avoir nulle pitié. Ils le conduisent dans une salle écartée, avec ces raïlleries fades et outrageuses, avec ces brutales et cruelles dérisions dont vous savez que la canaïlle a coutume d’user dans ses joies les plus dissolues. Le voilà, debout au milieu de cette garde insolente, les bras liés et un bandeau sur les yeux. Le jeu à quoi ils passèrent toute la nuit fut à l’aborder en silence, à lui cracher au visage, puis lui donnant, les uns de grands soufflets, les autres des coups de poing dans le visage (1), à luidire : Devine, si tu peux, qui t'a frappé. Jésus fut muet, chrétienne Compagnie ; il fut sourd, il fut immobile au milieu de tant d’outrages.

(1) L'auteur avait écrit : Dans le nez.

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C'était à qui lui donnerait de meilleurs coups et à qui le rendrait plus ridicule en le frappant. Les plus rudes soufflets, ceux qui faisaient retentir toute la salle ou qui renversaient Jésus-Christ par terre, étaient suivis des cris et des applaudissements de toute la troupe. Cela dura toute la nuit et bien avant dans le jour, jusqu’à ce que le gouverneur fût en état de donner audience aux Pharisiens. Ce doux Agneau ne donna jamais nulle marque d'impatience; il ne se plaignit point, il ne murmura point dans son cœur; il eut pitié de l’aveuglement de ces pauvres malheureux; il se fit un plaisir de faire connaître, par son silence, le respect qu'il avait pour son Père et pour tous ceux qui exécutaient ses volontés.

Quand nous avons lu dans l’Ecriture l’état pitoyable où les Philistins avaient réduit le pauvre Samson, et surtout comme, après lui avoir crevé les yeux, ils le faisaient venir dans leurs assemblées, aux jours de leurs plus grandes fêtes, pour en faire leur jouet, nous apprenons ensuite, avec un plaisir extrême, de quelle manière il se vengea enfin de leurs insultes, en faisant tomber sur eux la maison où ils s’assemblaient et les ensevelissant sous les ruines. On admire le pouvoir du grand Elisée et on lui sait bon gré de s’en être servi pour faire descendre le feu du ciel sur deux capitaines et sur cent hommes d'armes qui venaient pour le surprendre et pour le livrer à Ochosias. On admire encore le crédit du prophète Elisée qui, se voyant poursuivi avec des huées par une troupe d'enfants que ceux de Bethel avaient envoyés pour l’outrager, fit sortir de la forêt voisine deux ours furieux qui dévorèrent quarante-deux de ces

petits téméraires. Mais combien vous admiré-je davantage, mon divin Sauveur, vous qui êtes le Roi du ciel et de la terre, vous de qui tous les anges n’attendent qu'un signal pour fondre sur les insolents qui vous maltraitent, vous qui, par une de vos paroles, pourriez les rendre aveugles, les changer en statues, les livrer à Lucifer, faire ouvrir la terre sous leurs pieds pour les engloutir, d'aimer mieux vous taire, d'aimer mieux souffrir comme le plus faible de tous les hommes, d'aimer mieux essuyer leurs outrages et de servir de risée jusqu’au bout!

Enfin le jour parut, ce jour si agréable à la jalousie des prêtres et à l'amour de Jésus ; ce grand jour dont nous solennisons aujourd’hui la triste mémoire; ce jour qui fut le dernier de la plus belle et de la plus innocente vie qui fut jamais. On conduit le Sauveur du monde à Pilate ; tous les docteurs de la loi, toute la foule des Pharisiens se rend au palais. Les Juifs, attirés par la curiosité, accourent de toutes parts pour voir ce qui arrivera au jugement de cet homme qui a rempli toute la Judée du bruit de son éloquence et de ses miracles. C’est devant une si illustre et si nombreuse assemblée que Jésus est chargé de mille crimes, tous confirmés par plusieurs faux témoins. Il se lève à chaque moment de nouveaux accusateurs ; il en arrive sans cesse qui succèdent aux premiers et qui font instance pour être ouis dans leurs dépositions. Il est étrange qu'il se soit trouvé tant de personnes disposées à calomnier un homme qui n’avait jamais fait de mal à personne. Il est étrange que de toute cette grande multi-

tude nul ne se présente pour réfuter ces calomnies et pour prendre le parti de l’innocent. Jésus-Christ avait eu douze apôtres et soixante et douze disciples qui avaient été témoins de ses actions; il avait guéri un million de malades et ressuscité plusieurs morts; il avait rendu l'usage de la parole à je ne sais combien de muets; et cependant tout se tait, personne ne paraît pour le défendre ! Quelle lâcheté! Quelle ingratitude ! Mais quelle confusion, quel sujet de douleur pour le Fils de Dieu, de se voir abandonné dans une nécessité si pressante, de voir qu’on a honte de se déclarer pour lui, que ses meilleurs amis le renoncent, qu'ils feignent de ne l’avoir jamais connu!

Mais que répond-il lui-même à tant et à de si importantes accusations ? Il ne répond rien, pas une parole. On l'invite à réfuter les crimes qu’on lui impute; on le presse, on lui demande s’il n'entend pas ce que l’on dit contre lui ou s’il reconnait qu’il est coupable; on le conjure de dire quelque chose pour sa justification : à tout cela, Messieurs, nulle réponse. Pilate ne peut s’en étonner assez ; il n’a jamais vu d'homme muet en sa propre cause; ce silence est une énigme qui l’embarrasse et qu'il ne peut démêler : Et non respondit ei verbum, ita ut miraretur præses vehementer. Mon Dieu! la belle occasion qu'il avait alors de parler et de faire triompher son éloquence! Le beau sujet de discours pour le Verbe Incarné, que la sainteté de ses mœurs, la pureté de sa doctrine et l’hypocrisie des Pharisiens! Avec quel silence ne se serait-il pas fait écouter! Quels mouvements n’aurait-il pas excités dans tous les esprits ! De

quelle confusion n'aurait-il pas couvert les auteurs de tant d’impostures ! Combien les aurait-il rendus ridicules et odieux à toute la terre! Mais si, de criminel devenant accusateur, il eût fait aux yeux de cette grande assemblée le véritable portrait des prêtres et des Pharisiens, il eût découvert jusqu'aux plus secrètes pensées de ces hypocrites et renouvelé les miracles qu'il avait faits en faveur de la femme adultère, lorsque, pour fermer la bouche à ceux qui l’accusaient, quoique justement, il se mit à écrire avec le doigt les crimes dont chacun d’eux était coupable; s’il eût fait cela, chrétiens Auditeurs, quelle gloire pour lui! Quelle acclamation ! Quel triomphe ! Il pouvait faire encore plus; il pouvait prendre lui-même la qualité de juge, commander à Pilate de descendre du tribunal, y monter en sa place, y condamner tous ceux qui l'avaient noirci par leurs calomnies, les faire mourir sur l’heure,;les punir par telle autre peine de corps ou d'esprit qu'il lui aurait plu et demeurer seul libre et maître, pour ainsi dire, du champ de bataille. Nous aurions tous applaudi à une action si éclatante; elle nous aurait paru digne d’un Dieu. Mais Jésus croit que rien n’est plus digne de lui que de souffrir et de se taire : Jesus autem tacebat !

Que dirons-nous, à cet exemple, nous qui sommes si sensibles à tout ce qui touche l’honneur et qui croyons que tout est permis pour le sauver? Je ne suis pas le maitre de ma réputation, dit-on ordinairement ; on est obligé de se défendre; on fait tort au public, si l’on ne demande justice contre ceux qui ont mal parlé de nous. Si nous ne nous purgeons de leurs calomnies, il faut semer

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partout des apologies, fatiguer le monde de nos justifications, faire connaître à toute la terre nos accusateurs, les décrier afin de les rendre incapables de nous nuire. Jesus autem tacebat. Jésus n’a pas eu tant de zèle pour sa réputation; il n’a point cru qu’il fût obligé à de si grands soins; il n’a répondu que par le silence; il n’a pas dit un seul mot, lorsqu'on le faisait passer pour un séditieux, pour un imposteur: Et non respondit ei ad ullum verbum. O adorable silence de Jésus-Christ ! O silence encore plus admirable que ses plus admirables discours ! Que vous me dites de grandes choses, si je veux bien vous entendre! Que vous me faites de belles et d'excellentes leçons! Que j'ai de plaisir de vous voir accomplir si exactement cette parole du prophète: Pour moi, je faisais le sourd à tous ces reproches, je ressemblais un muet qui ne peut rien dire pour se défendre. Ego autem tanquam surdus non audiebam, et quasi mutus non aperiens os suum.

Jésus se comporta de la sorte devant tous les tribunaux auxquels il fut présenté. Pilate admira cette conduite. Mais le roi Hérode la prit pour un signe de folie et de faiblesse d'esprit; il se moqua du Sauveur et de la crédulité du peuple qui faisait passer cet homme pour un grand prophète. Toute la cour de ce prince, tous les officiers de son armée se mirent à lui faire des questions, à le railler sur ses qualités prétendues de roi et de Fils de Dieu, à se divertir de sa stupidité apparente. Enfin on le renvoya vêtu d’une robe blanche, qu'on mettait en ce temps-là aux insensés, afin qu'ils fussent partout reconnus à cette marque. Je vous laisse

à penser, Messieurs, quels triomphes les Pharisiens firent sur cette aventure. Ils le remenèrent, ainsi vêtu, par toutes les rues de Jérusalem, pour faire savoir à tout le monde le jugement qu'Hérode avait fait de lui. Ils ne manquèrent pas de dire qu’il était aisé d'imposer au peuple, lequel donne à tout (1), qui est toujours disposé à croire les choses les plus incroyables et qui se laisse aisément surprendre par les dehors d'une fausse piété, mais que la cour avait paru trop raffinée à ce prétendu Messie, qu’il n’avait eu garde d'y débiter ses visions, ni d'y étaler ses faux miracles : qu’il avait pris le parti de se taire et de faire l’idiot, afin de persuader aux gens que les fausses qualités qu’il s’attribuait étaient moins l'effet de son ambition que de son cerveau blessé.

Ces discours font impression sur les esprits : la faiblesse que le Sauveur fait paraitre, l'avantage que ses ennemis ont sur lui, le jugement de toute la synagogue, confirmé par celui de toute la cour, tout cela, dis-je, donne aux impostures des prêtres quelque apparence de vérité. On ne doute plus que Jésus ne soit lui-même le plus grand imposteur qui fut jamais. On passe en un moment de la vénération qu'on avait pour lui, au dépit qu’on a d’avoir été abusé et au désir d’en tirer une cruelle et prompte vengeance.

En effet, Jésus ayant été reconduit au prétoire de Pilate, au lieu de quelques témoins apostés qui avaient parlé la première fois, c’est tout Jérusalem qui d'une voix demande la mort du faux prophète et qui est prête

(1) Se laisse prendre à tout.

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de se soulever, si on ne le crucifie. Voilà Jésus dans labime de l’humiliation, le voilà détruit dans l'esprit de tout le monde, le voilà anéanti. Tous ses miracles n'ont été que prestiges et qu'illusion; toute sa doctrine, que mensonge; toute sa sainteté, qu'hypocrisie. Le voilà l'objet de la haine et de l’exécration publique. On croit faire un sacrifice à Dieu que de hâter son supplice par toutes sortes de voies. Pilate, qui s’est aperçu de la jalousie et des intrigues des prêtres, qui est persuadé de l'innocence et de la sainteté de Jésus-Christ et qui a de grandes raisons pour croire qu’il est en effet le Fils de Dieu, Pilate, dis-je, souhaiterait bien de le sauver. Mais parler seulement de le renvoyer absous, c’est s’exposer à la fureur de cette populace insensée, c’est se déclarer protecteur du crime et ennemi des lois et de l’empereur. Barabbas est encore tout sanglant du dernier meurtre qu'il a fait; mais, en comparaison de Jésus, Barabbas est un homme de bien et qui mérite le suffrage et la faveur du public. Si le juge craint de le condamner injustement, il n’y a pas un Juif qui ne se charge de tout son cœur de la peine de cette injustice et qui ne prie le Seigneur de la faire tomber, et sur lui, et sur tous ses enfants: Sanguis ejus super nos et super filios nostros.

Pauvre peuple! qui t'a donc ainsi ensorcelé? Qui t'a inspiré contre ton bienfaiteur, contre ton bon Maitre, des sentiments si opposés à ceux que tu avais de sa vertu et de son crédit auprès de Dieu? N'est-ce pas ici ce même homme que vous suiviez partout avec tant d’ardeur pour avoir le plaisir de le voir et de l'entendre

parler? N'est-ce pas le même que vous aviez résolu de choisir pour votre roi, s’il eût voulu accepter cet honneur et s’il ne se fût enfui pour l’éviter ? Il n'y a que quelques jours que les prêtres n’osaient se saisir de sa personne, de peur de vous irriter et de vous porter à une sédition. Vous étiez déclarés pour lui, au point d'exposer vos vies pour sauver la sienne. Qu'est-il arrivé depuis ce temps-là? Qu'a-t-il fait depuis la résurrection du Lazare, laquelle vous causa, ces jours passés, une si grande admiration? Qu’a-t-il fait depuis quatre jours, que vous allâtes au-devant de lui, portant en vos mains des rameaux d’oliviers et couvrant les chemins de verdure et de vos propres habits? N'est-ce pas lui que vous recütes dans votre ville comme en triomphe? Ne vous souvient-il plus de ces cris de joie, dont vous fites retentir alors toutes les rues de Jérusalem : Salut et gloire au Fils de David, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna Filio David ! benedictus qui venit in nomine Domini !

O homme ! O amour ! O gloire des hommes! malheur à celui qui mettra en vous sa confiance et qui s’appuiera sur des roseaux si fragiles ! Maledictus homo qui confidit in homine, et ponit carnem brachium suum. Il est étrange, Messieurs, que rien ne puisse vous désabuser sur ce point. Nous voyons tous les jours les meilleurs maîtres trahis par leurs domestiques; les plus fidèles serviteurs méprisés et délaissés de leurs maitres. Nous voyons que ceux que la fortune ou la nature même a le plus étroitement liés, s’entre-trahissent (1) pour de légers intérêts :

(1) Ce verbe n’est plus usité.

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