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font trainer ces nouveaux prédicateurs devant les juges pour être punis comme des séditieux. Ils y vont sans peine et ils en reviennent comblés de joie de ce qu’on les a trouvés dignes d'être outragés pour l’amour de Jésus-Christ. Vous les méenacez de la croix! Elle est l'objet de tous leur vœux; s'ils ne la trouvent pas en leur pays, ils l’iront chercher jusqu’au bout du monde, et, quand ils s’y verront enfin attachés, il s’en faudra peu qu'ils n'y meurent de joie, avant que le tourment puisse leur ôter la vie!
Tous ceux qui ont recu le Saint-Esprit sant en cette même disposition. Les difficultés qui se rencontrent dans l'exercice de la vertu ne les épouvantent plus. Ils se font des plaisirs de tous les travaux, de toutes les rigueurs de la pénitence. Essuyer un affront, pardonner une injustice, mortifier un désir, renoncer à une vanité, se taire, céder, obéir, ce sont toutes victoires qui leur paraissaient autrefois impossibles; aujourd'hui, ils les remportent presque sans combattre, ils triomphent en se jouant de toutes sortes d’ennemis, dit Saint Basile. Omne genus bellorum ipsis ridiculum existit. Cela étant ainsi supposé, si l’on nous faisait aujourd’hui la même demande que Saint Paul fit autrefois à ceux d'Ephèse : Si Spirilum Sanctum accepistis credentes, Ames fidèies, avez-vous reçu le Saint-Esprit, qu'est-ce que nous
‘aurions à répondre? Quel courage, quelle force nous
sentons-nous, lorsqu'il se présente une occasion de faire ou de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ? Hélas! nous sommes pour la plupart encore si faibles ! Il faut tant de temps pour faire oublier une injure! On a tant
de peine à nous arracher un pardon sincère ! Combien de combats avant que de pouvoir vaincre un respect humain, avant que de pouvoir renoncer à un gain injuste ou retrancher quelque chose du luxe et de la vanité des habits! Nous faisons quelquefois d'assez bonnes résolutions; nous sommes, durant quelques jours, tout dégoûtés du monde, tout persuadés du bonheur qu'il y a à servir Dieu ; nous faisons même quelques démarches. Mais il faut si peu pour nous tenter, pour nous vaincre, pour nous faire oublier ces sentiments, pour nous rengager dans cette vie mondaine pour laquelle il semblait que nous eussions conçu tant d'aversion ! À peine pouvons-nous résister à une prière, à un exemple, à un objet, à une pensée : Si Spiritum Sanctum accepistis credentes? Non, certainement, nous ne l’avons pas reçu cet Esprit-Saint. Peut-être même n’avons-nous jamais bien su, s’il y en avait un qui se communiquât de la sorte à l'âme des justes et qui y produisit les effets que nous avons dit : Neque si Spiritus Sanctus est, audivimus. Du moins, suis-je très certain que, si nous ne l'avons pas reçu, nous ne l’avons pas même demandé, parce que Jésus-Christ a engagé sa parole que son Père l’accordera à nos prières, avec la même facilité qu’un homme donne du pain à ses enfants, quand ils lui en demandent dans leur besoin.
Demandons-le done cet Esprit de vérité, cet Esprit d'amour, cet Esprit de force, cet Esprit qui fait les saints, qui fait les véritables dévots et qui rend la dévotion si aisée et si constante. Disons-lui souvent avec l'Eglise : Veni, Sancte Spiritus, et emitte cœlitus lucis tuæ
radium. Venez, Esprit-Saint, envoyez-nous du ciel un rayon de votre lumière, de cette lumière qui fait un si grand jour dans l'âme, qui la détrompe en un moment des erreurs du siècle, qui lui fait connaitre tout ce qu’elle doit aimer et qui lui fait aimer son devoir sur toutes choses. Veni, Pater pauperum; vent, Dalor munerum. Si vous êtes le Père des pauvres, sur qui est-ce que vous devez plutôt répandre vos libéralités que sur nous, qui ne sommes pas seulement dénués de toutes vertus, de tous biens spirituels, mais qui vivons dans une région de ténèbres où la piété est si peu connue, où elle est si peu pratiquée, où nous manquons, et d’instructions et d'exemples, où à peine a-t-on {a liberté de vous aimer, et où l’on a tant de liberté de faire toute autre chose ? Veni, Lumen cordium. Venez, divine Lumière des cœurs! Toute autre lumière ne peut éclairer que nos esprits, ni produire qu'une science froide et stérile ; vous seule pouvez dissiper les ténèbres que forment les passions et rendre l'amour clairvoyant et raisonnable :
. Consolator optime, dulcis Hospes animæ, dulce refrige-
rium. Venez, admirable Consolateur, qui n’adoucissez pas seulement les maux, mais qui nous les rendez même agréables, en nous faisant comprendre combien ils nous sont utiles.
Que nous serons heureux, lorsque vous aurez établi en nous votre demeure, puisque tout est toujours calme où vous habitez, et que vous portez partout la confiance et la joie. Lava quod est sordidum, riga quod est aridum, sana quod est saucium. Il est vrai, nous sommes indignes de vous recevoir; mais ce n’est qu'en vous recevant
que nous pouvons devenir meilleurs que nous ne sommes. Vous seul êtes capable de purifier des cœurs que le monde a tout à fait corrompus, de guérir des plaies si profondes et si souvent renouvelées. Flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege quod est devium. C’est à vous à vaincre notre obstination et à exciter notre tiédeur, à corriger nos égarements. Da virtutis meritum, da salutis exitum, da perenne gaudium. C'est à vous à nous engager par des attraits également doux et puissants dans la pratique de la vertu; c’est à vous à nous y donner la persévérance; c’est à vous enfin à récompenser vos propres dons et à couronner toutes ces grâces d’une gloire infinie et immortelle, que je vous souhaite, Messieurs, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. |