‹ Œuvres complètesChapitre 74 sur 475 · Tronchin; voyez la lettre · texte numérisé non relu

Tronchin; voyez la lettre

absolument envoyer M. de La Vallière‘ pour tirer juste. Au milieu de tous ces beaux raisonnements arrive la nouvelle de la prise : voilà jusqu’à présent le plus beau moment de votre vie. Qu’est-il arrivé de là? Qu’on ne vous conteste? plus le service que vous avez rendu à Fontenoy. Port-Mahon confirme tout, et met le sceau à votre gloire. Il se pourra bien faire que vous ne soyez pas le premier dans le cœur de la belle personne * que vous savez; mais vous serez toujours considéré, honoré, et je vous regarde comme le premier homme du royaume, C’est une place que vous vous êtes donnée, et que rien ne vous ôtera. Il me pleut de tous côtés de mauvais vers pour vous; vous devez en être excédé. Pour vous achever, il faut que je prenne aussi la liberté de vous envoyer ce que j'écrivais ces jours-ci à mon petit Desmahis. Ce Desmahis est fort aimable; vous ne vous en soucierez guère, vous avez bien autre chose à faire.

Nous sommes tous ici aux pieds de notre héros.

1 août.

Mon divin ange, voici le Botoniate achevé et réparé à peu près comme vous l’avez voulu. L'auteur “ est un homme très-aimable, et porte un nom qui doit réussir à Paris. Je ne doute pas que les comédiens n’acceptent une pièce qui vaut beaucoup mieux que tant d’autres qu'ils ont jouées, et je doute encore moins du succès quand elle sera bien mise au théâtre. Je vous demande vos bontés, et nous sommes deux qui serons pénétrés de reconnaissance.

Mon cher ange, les bras ensanglantés® sont bien anglais: mais, si on les souffre, je les souffre aussi.

Si cet honnête La Beaumelle est enfermé‘, je n’en suis pas surpris; il avait dit dans ses Mémoires, en parlant de la maison royale : « On s'allie plaisamment dans cette maison-là. »

On dit qu’il avait fait imprimer une Pucelle en dix-huit chants, pleine d’horreurs.

Général d'artillerie, né en 1667, mort en 1759 ; voyez tome XV, page 216. . On le conteste encore aujourd'hui.

. M®e de'Pompadour.

. Fr. Tronchin, conseiller d'État de Genève.

. Allusion à Lekain jouant le rôle de Ninias dans Sémiramis. 6. Mis pour la seconde fois à. la Bastille, le 6 août 1756, La Beaumelle n'en sortit que le 1° septembre 1757.

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Je ne savais pas que ce fût M. de Sainte-Palaye! qui m'’eût honoré du Glossaire; voulez-vous bien lui donner le chiffon ci-joint ?

La poste part; je n’ai que le temps de vous dire que vous êtes le plus aimable et le plus regretté des hommes.

Aux Délices, 9 août,

Mon cher et ancien ami, je ne sais ce que c’est que cette Critique dévote dont vous me parlez ?. Est-ce une critique imprimée ? est-ce seulement un cri des âmes tendres et timorées ? Vous me feriez plaisir de me mettre au fait. Je m’unis, à tout hasard, aux sentiments des saints, sans savoir ni ce qu’ils disent ni ce qu’ils pensent.

On me mande qu’on a défendu à l’évêque de Troyes? d’imprimer des mandements; c’est défendre à la comtesse de Pimbesche ‘ de plaider.

Est-il vrai qu’on joue Sémiramis ? que l'ombre n’est pas ridicule, et que les bras de Lekain' ne sont pas mal ensanglantés ? Vous ne savez rien de ces bagatelles: vous négligez le théâtre ; vous n’aimez que les anecdotes, et vous ne m'en dites point.

Je ne sais guère de nouvelles de Suède. J'ai peur que ma divine Ulrique ne soit traitée par son sénat avec moins de respect et de sentiment qu'on n’en doit à son rang, à son esprit, et à ses grâces.

Vous saurez que l'impératrice-reine * m’a fait dire des choses très-obligeantes. Je suis pénétré d’une respectueuse reconnaissance. J'adore de loin; je n’irai point à Vienne; je me trouve trop bien de ma retraite des Délices. Heureux qui vit chez soi avec ses nièces, ses livres, ses jardins, ses vignes, ses chevaux, ses vaches, son aigle, son renard, et ses lapins, qui se passent la patte sur le nez ! J'ai de tout cela, et les Alpes par-dessus, qui font un effet admirable. J'aime mieux gronder mes jardiniers que de faire ma cour aux rois.

1. J.-B. de La Curne de Sainte-Palaye, né à Auxerre en 1697, mort le 1°" mars 1781, avait publié le Projet d'un glossaire français, 1156, in-4°. Aucune des lettres que lui adressa Voltaire n’a encore vu le jour. (B.)

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