‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 107 sur 312 · III* PARTIE, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

III* PARTIE, CHAPITRE XXV

pourmenois, dit-il , moy-mesme avec moy-mesme sur le soleil couchant, et passois le tems sur le rivage de la mer; car j'ayaccoustumé d'user de cette récréation pour me relascheT et secouer un peu des ennuis ordinaires; » et là dessus il discourt de la bonne pensée qu'il fit, que je vous ay recitée ailleurs ; et à Texemple encor de saint Ambroise , duquel parlant saint Augustin , il dit que souvent estant entré en sa chambre (car on ne refusoit l'entrée à personne) il le regardoit lire , et après avoir attendu quelque tems, de peur de l'incommoder , il s'en retournoit sans mot dire , pensant que ce peu de tems qui restoit à ce grand pasteur pour revigorer et recréer son esprit, après le tracas de tant d'affaires, ne luy devoit pas estre osté. Aussi après que les apostres eurent un jour raconté à nostre Seigneur comme ils avoient presché et beaucoup fait : a Venés, leur dit-il , en la solitude et vous y reposés un peu. »

CHAPITIŒ XXV.

Be la bienséance des habitz.

Saint Paul veut que les femmes dévotes (il en faut autant dire des hommes) soient revestues d'habitz bienseans, se parans avec pudicité et sobriété. Or la bienséance des habitz et autres ornemens dépend de la matière , de la forme , et de la netteté. Quant à la netteté , elle doit presque tous-jours estre esgale en nos habitz, sur lesquelz, tant qu'il est possible, nous ne devons laisser aucune sorte de souilleure et vilenie. La netteté extérieure représente en quelque façon l'honnesteté intérieure. Dieu mesme requiert l'honnesteté corporelle en ceux qui s'approchent de ses autelz , et qui ont la charge principale de la dévotion.

Quant à la matière et à la forme des habitz , la bienséance se considère par plusieurs circonstances du tems , de l'aage , des qualités, des compaignies, des occasions. On se pare or- I. 12

dinairement mieux es jours de feste, selon la grandeur du jour qui se célèbre. En tems de pénitence , comme en caresme , on se desmet bien fort; aux nopces on porte les robbes nuptiales, et aux assemblées funèbres les robbes de deuil; auprès des princes on rehausse l' estât, lequel on doit abbaisser entre les domestiques. La femme mariée se peut et doit orner auprès de son mary, quand il le désire ; si elle en fait de mesme en estant esloignée , on demandera quelz yeux elle veut favoriser avec ce soin particulier. On permet plus d'affîquetz aux lilles, par ce qu'elles peuvent loysiblement désirer d'aggréer à plusieurs, quoy que ce ne soit qu'afîin d'en gaigner un par un saint mariage. On ne trouve pas non plus mauvais que les vefves à marier se parent aucunement , pourveu qu'elles ne facent point paroistre de folastrerie, d'autant qu'ayans desja esté mères de famille , et passé par les regretz du vefvage , on tient leur esprit pour meur et attrempé. Mais quant aux vrayes vefves, qui le sont, non seulement de corps , mais aussi de cœur , nul ornement ne leur est convenable, sinon l'humilité, la modestie et la dévotion; car si elles veulent donner de l'amour aux hommes, elles ne sont pas vrayes vefves , et si elles n'en veulent pas donner, pourquoy en portent-elles les outilz ?Qui ne veut recevoir les hostes, il faut qu'il oste l'enseigne de son logis. On se moque tous-jours des vieilles gens quand ilz veulent faire les jolis : c'est une folie qui n'est supportable qu'à la jeunesse.

Soyés propre , Philothée ; qu'il n'y ait rien sur vous de traynant et mal agencé : c'est un mespris de ceux avec lesquelz on converse d'aller entr'eux en habit desaggreable ; mais gardés-vous bien des affaiteries, vanités, curiosités, et folastreries. Tenés-vous tous-jours tant qu'il vous sera possible du costé de la simplicité et modestie , qui est sans doute le plus grand ornement de la beauté , et la meilleure excuse pour la laydeur. Saint Pierre advertit principalement les

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jeunes femmes de ne porter point leurs cheveux tant crespés , frisés, annellés , et serpentes. Les hommes qui sont si lasches que de s'amuser à ces muguetteries sont par-tout descriés comme hermaphrodites , et les femmes vaines sont tenues pour imbecilles en chasteté : au moins , si elles en ont , elle n'est pas visible parmi tant de fatras et bagatelles. On dit qu'on n'y pense pas mal ; mais je réplique , comme j'ay fait ailleurs, que le diable y en pense tous-jours. Pour moy , je voudrois que mon dévot et ma dévote fussent tous-jours les mieux habillés de la troupe, mais les moins pompeux et afFetés, et, comme il est dit au Proverbe, qu'ilz fussent parés de grâce, bienséance, et dignité. Saint Louys dit en un mot que l'on se doit vestir selon son estât, en sorte que les sages et bons ne puissent dire : Yous en faites trop; ny les jeunes gens : Yous en faites trop peu. Mais en cas que les jeunes ne se veuillent pas contenter de la bienséance , il se faut arrester ^ l'advis des sages.

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