‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 158 sur 312 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Confirmation et éclaircissement de ce qui a esté dit par un exemple

notable.

Mays pour rendre toute cette instruction plus évidente, je veux mettre icy une excellente pièce de l'histoire de saint Bernard, telle que je l'ay treuvée en un docte et judicieux escrivain. Il dit donc ainsy : C'est chose ordinaire à presque tous ceux qui commencent à servir Dieu , et qui ne sont encor point expérimentés es soustractions de la grâce, ni es vicissitudes spirituelles, que leur venant à manquer ce goust de la dévotion sensible et cette aggreable lumière qui les invite à se haster au chemin de Dieu , ilz perdent tout à coup l'haleyne, et tumbent en pusillanimité et tristesse de cœur. Les gens bien entendus en rendent cette rayson , que la nature raysonnable ne peut longuemnt durer affamée, et sans quelque délectation ou céleste, ou te ^^^ Ire. Or, comme les âmes relevées au-dessus d'elles-mesmes p ^r l'essay des playsirs supérieurs renoncent facilement aux objetz visibles, ainsy quand par la disposition divine la joye spirituelle leur est ostée, se treuvans aussi d'ailleurs privées des consolations corporelles, et n'estans point encor accoustumées d'attendre en patience les retours du vray soleil, il leur semble qu'elles ne soient point au ciel ni en la terre, et qu'elles demeureront ensevelies en une nuit perpétuelle : si que, comme petitz

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