‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 160 sur 312 · IV* PARTIE, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

IV* PARTIE, CHAPITRE XV

sensuelz , et en fin nous rendre ennuyeux a nous-mesmes et aux autres , affin de décrier et diffamer la sainte dévotion ; mais si vous observés les enseignemens que je vous ay donnés, vous accroistrés grandement vostre perfection en Fexercice que vous ferés entre ces afflictions intérieures, desquelles je ne veux pas finir le propos que je ne vous die encor ce mot. Quelquefois les desgoutz, les stérilités et seiclieresses , proviennent de l'indisposition du corps , comme quand par l'excès des veilles, des travaux et des jeusnes, on se treuve accablé de lassitudes , d'assoupissemens , de sommeil , de pesanteurs , et d'autres telles infirmités , lesquelles bien qu'elles dépendent du corps , ne laissent pas d'incommoder l'esprit , pour l'estroite liayson qui est entr'eux. Or en telles occasions il faut tous-jours se resouvenir de faire plusieurs actes de vertu avec la pointe de nostre esprit et volonté supérieure ; car encor que toute nostre ame semble dormir et estre accablée d'assoupissement et lassitude, si est-ce que les actions de nostre esprit ne laissent pas d'estre fort aggreables à Dieu. Et pouvons dire en ce tems-là, comme l'Espouse sacrée : «Je dors, mais mon cœur veille; » et comme j'ay dit cy-dessus , s'il y a moins de goust à travailler de la sorte, il y a pourtant plus de mérite et de vertu. Mays le remède en cette occurence, c'est de revigourer le corps par quelque sorte de légitime allégement et récréation. Ainsy saint François ordonnoit à ses religieux qu'ilz fussent tellement modérés en leurs travaux qu'ilz n'accablassent pas la ferveur de l'esprit.

Et à propos de ce glorieux Père , il fut une fois attaqué et agité d'une si profonde melancholie d'esprit qu'il ne pouvoit s'empescber de le tesmoigner en ses desportemens ; car s'il vouloit converser avec ses religieux , il ne pouvoit ; s'il s'en separoit , il estoit pis ; l'abstinence et macération de la cbair l'accabloient , et l'orayson ne l'allegeoit nullement. Il fut deux ans en cette sorte, tellement qu'il sembloit estre du

tout abandonné de Dieu ; mais en fin , après avoir humblement souffert cette rude tempeste , le Sauveur lui redonna en un moment une heureuse tranquillité. C'est pour dire que les plus grans serviteurs de Dieu sont sujetz à ces secousses, et que les moindres ne doivent s'estoBaer s'il leur en arrive quelques-unes.

V* PABTIE, CHAPITRE I. 271

C!NOl]IEME PARTIE DE L'INTRODUCTION,

CONTENANT DES EXERCICES ET AD VIS POUR RENOUVELLER L'AME ET LA CONFIRMER EN LA DEVOTION.

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