‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 183 sur 312 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que pour la beauté de la nature humaine j Dieu a donné le gouvernement de toutes les facultés de Vame à la volonté.

L'union establie en la distinction fait l'ordre ; l'ordre produit la convenance et la proportion ; et la convenance , es choses entières et accomplies, fait la beauté. Une armée est belle, quand elle est composée de toutes ses parties tellement rangées en leurs ordres que leur distinction est réduite au rapport qu'elles doivent avoir ensemble pour ne faire qu'une seule armée. Alïin qu'une musique soit belle , il ne faut pas seulement que les voix soient nettes , claires et bien distinguées, mays qu'elles soient alliées en telle sorte les unes aux autres qu'il s'en face une juste consonance et harmonie, par le moyen de l'union qui est en la distinction et la distinction qui est en l'union des voix, que non sans cause oh appelle un accord discordant , ou plus tost une discorde accordante.

320 DE l'amour de dieu,

Or, comme dit excellemment Tangelique saint Thomas après le grand saint Denis , la beauté et la bonté , bien qu'elles ayent quelque convenance , ne sont pas neantmoins une mesme chose ; car le bien est ce qui plait à l'appétit et volonté , le beau ce qui plait à Tentendement et à la connoissance; ou, pour le dire autrement, le bon est ce dont la jouissance nous délecte , le beau ce dont la connoissance nous aggrée. Et c'est pourquoy jamais , à proprement parler, nous n'attribuons la beauté corporelle sinon aux objets des deux sens qui sont les plus connoissans et qui servent le plus à l'entendement , qui sont la veuë et l'ouïe ; si que nous ne disons pas : Voylàdes belles odeurs ou des belles saveurs; mays nous disons bien : Voylà des belles voix et des belles couleurs.

Le beau donq estant appelle beau par ce que sa connoissance délecte, il faut que, outre l'union et la distinction, l'intégrité, l'ordre et la convenance de ses parties, il ayt beaucoup de splendeur et clarté, alïïn qu'il soit connoissable et visible : les voix, pour estre belles, doivent estre claires et nettes, les discours intelligibles , les couleurs esclatantes et resplendissantes; l'obscurité, l'ombre, les ténèbres sont laides et enlaidissent toutes choses , par ce qu'en icelles rien n'est connoissable, ni l'ordre, ni la distinction, ni l'union, ni la convenance; qui a fait dire à saint Denis * que «Dieu, comme souveraine beauté , est autheur de la belle convenance , du beau' lustre et de la bonne grâce qui est en toutes choses , faysant esdater, en forme de lumière, les distributions et departemens de son rayon, par lesquelz toutes choses sont rendues belles,» voulant que pour eslablir la beauté il y eut la convenance, la clarté et la bonne grâce.

Certes , Theotime , la beauté est sans effect , inutile , et morte , si la clarté et splendeur ne l'avive et lui donne efficace ; dont nous disons les couleurs estre vives , quand elles ont de l'esclat et du lustre.

« Ch. IV des Noms divins. (R.)

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