‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 194 sur 312 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Description de l'amour en geiieral.

La volonté a une si grande convenance avec le bien que , tout aussi tost qu'elle l'apperçoit, elle se tourne de son costé pour se complaire en iceluy, comme en son objet tresaggreable , auquel elle est 'si estroittement alliée que mesme Ton ne peut déclarer sa nature que par le rapport qu'elle a avec iceluy , non plus qu'on ne sçauroit monstrer la nature du bien que par l'alliance qu'il a avec la volonté. Car, je vous prie , Theotime , qu'est-ce que le bien , sinon ce que chacun veut ? et qu'est-ce que la volonté , sinon la faculté qui porte et fait tendre au bien , ou à ce qu'elle estime tel ?

La volonté donques appercevant et sentant le bien par l'entremise de l'entendement qui le luy représente , ressent à mesme tems une soudaine délectation et cômplaysance en ce rencontre , qui l'esmeut et incline doucement , mais puissamment, vers cet objet aymable, affin de s'unir à luy; et pour parvenir à cette union , elle luy fait cercher tous les moyens plus propres.

La volonté donc a une convenance tres-estroitte avec le bien ; cette convenance produit la cômplaysance que la volonté ressent à sentir et appercevoir le bien ; cette cômplaysance esmeut et pousse la volonté au bien ; ce mouvement tend à l'union ; et en fin , la volonté esmeuë et tendante à l'union cerche tous les moyens requis pour y parvenir.

Certes, à parler généralement, l'amour comprend tout cela ensemblement , comme un bel arbre , duquel la racine est la convenance de la volonté au bien ; le pied en est la

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