CHAPITRE IX
Que l'amour tend à l'union.
Le granà Salomon descrit d'un air délicieusement admirable les amours du Sauveur et de l'ame dévote en ce divin ouvrage que, pour son excellente suavité, on appelle le Cantique des Cantiques. Et pour nous eslever plus doucement à la considération de cet amour spirituel, qui s'exerce entre Dieu et nous par la correspondance des mouvemens de nos coeurs avec les inspirations de sa divine Majesté , il employé une perpétuelle représentation des amours d'un chaste berger et d'une pudique bergère. Or faysant parler l'espouse la première, comme par manière d'une certaine surprise d'amour, il luy fait faire d'abord cet eslancement : a Qu'il me bayse d'un bayser de sa bouche! * » Voyés-vous, Theotime, comme l'ame , en la personne de cette bergère , ne prétend , par le premier souhait qu'elle exprime, qu'une chaste union avec son espoux , comme protestant que c'est l'unique fin à laquelle elle aspire et pour laquelle elle respire ; car, je vous prie, que veut dire autre chose ce premier souspir : « Qu'il me bayse d'un bayser de sa bouche ! »
Le bayser, de tout tems , comme par instinct naturel , a esté employé pour représenter l'amour parfait, c'est à dire l'union des cœurs , et non sans cause. Nous faysons sortir et paroistre nos passions et les mouvemens que nos âmes ont