‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 241 sur 312 · LÏVRE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LÏVRE II, CHAPITRE VIII

laissé l'inclination naturelle de l'aymer pour néant ; car affin qu'elle ne soit oyseuse , il nous presse de l'employer par ce commandement gênerai ; et affin que ce commendement puisse estre pratiqué , il ne laisse homme qui vive auquel il ne fournisse abondamment tous les moyens requis à cet effet. Le soleil visible touche tout de sa chaleur vivifiante, et, comme l'amoureux universel des choses inférieure^, il leur donne la vigueur requise pour faire leurs productions : et de mesme la bonté divine anime toutes les âmes et encourage tous les cœurs à son amour , sans que homme quelconque soit caché à sa chaleur, a La Sapience éternelle , dit Salomon , presche tout en public , elle fait retentir sa voix emmy les places , elle crie et recrie devant les peuples, elle prononce ses paroles es portes des villes, elle dit.: Jusques à quant sera-ce , ô petitz enfans î que vous aymerés l'enfance? et jusques à quand sera-ce que les forcenés désireront les choses nuisibles , et que les imprudens haïront la science? Convertissés-vous , revenés à moy sur cet advertissement : hé ! voyci que je vous offre mon esprit, et je vous monstreray ma parole. * » Et cette mesme Sapience poursuit en Ezechiel, disant : ce Que personne ne die : Je suis emmy les péchés, et comment pourrai-je revivre? Ah non! car voyci que Dieu dit : Je suis vivant; et aussi vray que je vis, je ne veux point la mort de l'impie, mays qu'il se convertisse de sa voye, et qu'il vive. *» Or vivre selon Dieu, c'est aymer; et c( qui n'ayme pas , il demeure en la mort. '» Voyez donc, Theotime, si Dieu désire que nous l'aymionsî

Mays il ne se contente pas d'annoncer ainsy son extrême désir d'estre aymé en public, en sorte que chacun puisse avoir part à son aymable semonce ; ains il va mesme de porte en porte hurtant et frappant, protestant que si quelqu'un ouvre , il entrera chés luy, et soupera avec luy *, c'est' à dire, il luy tesmoignera toute sorte de bienveuillance.

i ProY. I, 20. — ' Ezech. XXXIII, 10. — » I Joan. lU, 14. — * Apoç. III, 20;

m DE l'amour de dieu,

Or qu'est-ce à dire tout cela , Theotime , sinon que Dieu Benous donne pas seulement une simple suffisance de moyens pour l'aymer, et en Taymant nous sauver, mays que c'est ime suffisance riche, ample , magnifique, et telle qu'elle doit fstre attendue d'une si grande bonté comme est la sienne. Le grand Apostre , parlant au pécheur obstiné : ce Mesprisestii, dit-il, les richesses de la honte , patience , et longanimité de Dieu? Ignores- tu que la bénignité de Dieu t'ameine à pénitence? Mays toy, selon ta dureté et ton cœur impénitent, tu te fais un thresor d'ire au jour de l'ire. * » Mon cher Theo- ■fime , Dieu n'exerce pas donc une simple suffisance de remèdes pour convertir les obstinés , mays employé à cela lés richesses de sa bonté. L' Apostre, comme vous voyés, oppose les richesses de la bonté de Dieu aux thresors de la malice du cœur impœnitent , et dit que le cœur malicieux est si riche en iniquité que mesme il mesprise les richesses de la de- Ijonnaireté par laquelle Dieu l'attire à pœnitence ; et notés que ce ne sont pas simplement les richesses de la bonté di- TÎne que Tobstiné mesprise , mays les richesses attrayantes à pœnitence, richesses qu'on ne peut bonnement ignorer. Certes cette riche, comble et planteureuse suffisance de moyens, que Dieu eslargit aux pécheurs pour l'aymer, paroit presque partout en l'Escriture. Car voyés ce divin amant à la porte : il ne bat pas simplement , il s'arreste à battre , il appelle l'ame : ce Sus , leve-toy, ma bienaymée , depeschefoy ; » et met sa main dans la serrure pour voir s'il pourroit point ouvrir*. S'il presche emmy les places, ilnepreschepas amplement , mays il va criant , c'est à dire , il continue à crier. S'il exclame qu'on se convertisse, il semble qu'il ne l'a jamais assés répété : « Convertissés-vous, convertiss4s-vous, fadtes pœnitence, retournés à moy, vives : pourquoy mourrés- Tous, mayson d'Israël^? » En somme, ce divin Sauveur n'oublie rien pour monstrer que ses miserations sont sur

*Rom. II, 4. — a Gant. Gant. II, 10; Y, 4 ^Ezech. XVIII, 30.

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