‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 243 sur 312 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

nos cœurs, elle les saisit et les esmeut, relevant nos pensées, et poussant nos affections en Tair du divin amour.

Or ce premier eslans ou esbranlement que Dieu donne en nos cœurs pour les inciter à leur bien se fait voirement en nous, mays non pas par nous ; car il arrive à l'improuveu, avant que nous y ayons ni pensé, ni peu penser, puisque nous n'avons aucune suffisance pour de nous mesmes, comme de nous mesmes , penser aucune chose qui regarde nostre salut; mays toute nostre suffisance est de Dieu*, lequel ne nous a pas seulement aymés avant que nous fussions, mays encor affin que nous fussions, et que nous fussions saintz ; en suite de quoy il nous prévient es bénédictions de sa douceur ^ paternelle , et excite nos espritz pour les pousser à la sainte repentance et conversion. Voyés, je vous prie, Tiieotime, le pauvre prince des Apostrestoutengourdy dans son péché, en la triste nuit de la passion de son maistre : il ne pensoit non plus à se repentir de son péché que si jamais il n'eut conneu son divin Sauveur, et, comme un chetif apode atterré, il ne se fust oncques relevé, si le coq, comme instrument de la divine providence , n'eut frappé de son chant à ses aureilles , à mesme tems que le doux Rédempteur, jettant un regard salutaire , comme une sagette d'amour, transperça ce cœur de pierre , qui rendit par après tant d'eaux ^ , à guise de l'ancienne pierre , lorsqu'elle fut frappée par IMoïse au désert *. Mays voyés derechef cet apostre sacré dormant dans la prison d'Herodes, lié de deux ^haines : il est là en qualité de martyr , et neantmoins il représente le pauvre homme qui dort emmy le péché , prisonnier et esclave de Satan. Helasî qui le délivrera? L'ange descend du ciel, et frappant sur le flanc du grand saint Pierre prisonnier, le reveille, disant : «Sus, leve-toy : ^ » et l'inspiration vient du ciel , comme un ange , laquelle bat-

1 II Cor. III, 5. — 2 Psal. XX, 4. — 3 Luc. XXII, 61. — * Num. XX, 11. — 8 Act. XII, 6.

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tant droit sur le cœur du pauvre peciieur, Texcite afïirt qu'il se levé de son iniquité. N'est-il donq pas vray, mon cher Theotime , que cette première esmotion et secousse que l'ame sent quand Dieu , ]a prévenant d'amour, resveiiie et l'excite à quitter le péché et se retourner à luy , et non seulement cette secousse, ains tout le resveil, se fait en nous et pour nous, mays non pas par nous? Nous sommes esveillés^. mays nous ne nous sommes pas Ooveillés de nous mesmes : c'est l'inspiration qui nous a esveiliés, et pour nous osveiiler elle nous a esbranlés et secoués : Je dormois, dit cette dévote espouse*, et mon espoux, qui est mon cœur, veilloit. Hé! le voyci qui m'esveille , m'appellant par le nom de nos amours^ et j'entens bien que c'est luy à sa voix. C'est en sursaut et à l'improuveu que Dieu nous appelle et resveiiie par sa trèssainte inspiration. En ce commencement de la grâce cœleste, nous ne faysons rien que sentir l'esbranlement que Dieu fait en nous , comme dit saint Bernard , mays sans nous.

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