‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 250 sur 312 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les premiers sentimens d'amour que les attraitz divins Sont en l'ame avant qu'elle ait la foy.

Le mesme vent qui relevé les apodes se prend premièrement à leurs plumes, comme parties plus légères et susceptibles de son agitation , par laquelle il donne d'abord du mouvement à leurs aisles, les estendant et despliant en sorte qu'elles luy servent de prise pour saisir l'oyseau et l'eniporter en l'air. Que si l'apode ainsy enlevé contribue le mouvement de ses aisles à celuy du vent , le mesme vent qui l'a poussé l'aydera de plus en plus à voler fort aysément. Ainsy, mon cher Theotime , quand l'inspiration , comme un vent sacré , vient pour nous pousser en l'air du saint amour, elle se prend à nostre volonté , et par le sentiment de quelque celeste délectation, elle l'esmeut, estendant et despliant l'inclination naturelle qu'elle a au bien , en sorte que cette inclination mesme luy serve de prise pous saisir nostre esprit. Et tout cela, comme j'ay dit, se fait en nous sans nous ; car Vest la faveur divine qui nous prévient en cette sorte. Que si nostre esprit ainsy saintement prévenu , sentant les aisles de son inclination esmeuès , despliées , estendues , poussées

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et agitées par ce vent céleste , contribue tant soit peu son consentement, ah! quel bonheur! Theotime; car la mesme inspiration et faveur qui nous a saysis , meslant son action avec nostre consentement , animant nos foibles mouvemens de la force du sien , et vivifiant nostre imbecille coopération par la puissance de son opération , elle nous aydera , conduira et accompagnera d'amour en amour, jusques à l'acte de la tres-sainte foy, requis pour nostre conversion.

Vray Dieu! Theotime, quelle consolation de considérer la sacrée méthode avec laquelle le saint Esprit respand les premiers rayons et sentimens de sa lumière et chaleur vitale dedans nos cœurs 1 0 Jésus ! que c'est un playsir délicieux de voir l'amour céleste, qui est le soleil des vertus, quand petit à petit , par des progrés qui insensiblement se rendent sensibles , il va desployant sa clarté sur une ame , et ne cesse point qu'il ne l'ait toute couverte de la splendeur de sa présence , luy donnant en fin la parfaite beauté de son jour! 6 que cette aube est gaye , belle , amiable et aggreable î Mays pourtant il est vray que ou l'aube n'est pas jour, ou si elle est jour, c'est un jour commençant, un jour naissant; c'est plus tost l'enfance du jour que le jour mesme. Et de mesme, sans doute , ces mouvemens d'amour qui précèdent l'acte de la foy requis à nostre justification , ou ilz ne sont pas amour, à proprement parler, ou ilz sont un amour commençant et imparfait. Ce sont les premiers bourgeons verdoyans que l'ame eschauffée du soleil céleste, comme un arbre mystique , commence à jetter au printems, qui sont plus tost présages de fruit que fruit.

Saint Pacome , lors encor tout jeune soldat , et sans connoissance de Dieu , enroollé sous les enseignes de l'armée que Constance avoit dressée contre le tyran Maxence ^ vint , avec la trouppe de laquelle il estoit, loger auprès d'une petite ville non guère esloignée de Thebes , où non seulement luy, mays toute l'armée se treuva en extrême disette de vivres :

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