‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 251 sur 312 · LIVRE II, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XIII

€6 que ayant entendu les habitans de la petite ville , qui par bonne rencontre estoient fîdelles de Jesus-Christ, et par conséquent amis et secourables au prochain , ilz pourveurent soudain à la nécessité des soldatz , mays avec tant de soin , <îe courtoisie et d'amour, que Pacome en fut tout ravy d'admiration; et demandant quelle nation estoit celle-là, sibonteuse , amiable et gracieuse , on luy dit que c'estoient des clirestiens ; et s'enquerant derechef quelle loy et manière de vivre estoit la leur, il apprit qu'ilz croyoient en Jesus-Christ Filz unique de Dieu, et fay soient bien à toutes sortes de personnes , avec ferme espérance d'en recevoir de Dieu mesme une ample recompence. Ilelasî Theotime, le pauvre Pacome, quoyque de bon naturel , dormoit pour lors dans la couche de son infidélité ; et voylà que tout à coup Dieu se treuve à la porte de son cœur, et par le bon exemple de ces clirestiens, comme par une douce voix , il l'appelle , l'esveille , et luy donne le premier sentiment de la chaleur vitale de son amour. Car à peine eut-il ouï parler, comme je viens de dire, •de l'aymable loy du Sauveur que , tout remply d'une nouvelle lumière et consolation intérieure, se retirant à part, et ayant quelque tems pensé en soy-mesme, il haussa les mains au ciel , et avec un profond soupir il se print à dire : « Seigneur Dieu , qui avés fait le ciel et la terre , si vous daignés jetter vos yeux sur ma bassesse et sur ma peine, et me donner connoissance de vostre divinité , je vous prometz de vous servir et d'obeïr toute ma vie à vos commandemens. » Depuis cette prière et promesse , l'amour du vray bien et de la pieté prit un tel accroissement en luy qu'il ne cessoit point <ie pratiquer mille et mille exercices de vertu .

Il m'est ad vis, certes, que je voy en cet exemple un rossignol qui , se resveillant à la prime aube , commence à se secouer, s'estendre, desployer ses plumes, voleter de branche -en branche dans son buisson, et petit à petit gazouiller son délicieux ramage. Car n'avés-vous pas pris garde comme le

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bon exemple de ces charitables chrestiens excita et resveilîa en sursaut le bienheureux Pacome? Certes, cet estonnement d'admiration qu'il en eut ne fut autre chose que son resveil, auquel Dieu le toucha, comme le soleil touche la terre , avec un rayon de sa clair té , qui le remplit d'un grand sentiment de playsir spirituel. C'est pourquoy Pacome se secoue des divertissemens , pour avec plus d'attention et de facilité recueillir et savourer la grâce receuë , se retirant à part pour y penser ; puis il estend son cœur et ses mains au ciel , où l'inspiration l'attire; et commençant à desployer les aisles de ses affections , voletant entre la deffiance de soy-mesme et la confiance en Dieu, il entonne d'un air humblement amoureux le cantique de sa conversion, par lequel il tesmoigne d'abord que desja il connoist un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre ; mays il connoist aussi qu'il ne le connoist pas encor assés pour le bien servir , et partant il supplie qu'une plus grande connoissance luy soit donnée , afïin qu'il puisse par icelle parvenir au parfait service de sa divine Majesté.

Cependant voyés, je vous prie, Theotime, comme Dieu va doucement , renforçant peu à peu la grâce de son inspiration dedans les cœurs qui consentent , les tirant après soy comme de degré en degré sur cette eschelle de Jacob. Mays quelz sont ses attraitz? Le premier, par lequel il nous prévient et re veille , se fait par luy en nous et sans nous ; tous les autres se font aussi par luy et en nous , mays non pas sans nous, (c Tirés-moy, » ditl'Espouse sacrée*, c'est à dire, commencés le premier, car je ne sçaurois m'esveiller de moy-mesme , je ne sçaurois me mouvoir si vousnem'esmouvés; mays quand vous m'aurés esmeuë , alors , ô le cher espoux de mon ame ! nous courrons nous deux : vous courrés devant moy en me tirant tous-jours plus avant , et moy je vous suivray à la course, consentant à vos attraitz. Mays que personne n'estime que vous m'allies tirant après vous comme une esclave forcée,

i Cant. Cant. I, 3.

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