‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 253 sur 312 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Bu sentiment de l'amour divin qui se reçoit jpar la foy.

Quand Dieu nous donne la foy, il entre en nostre ame et parle à nostre esprit, non point par manière de discours, mays par manière d'inspiration, proposant si aggreablement ce qu'il faut croire à l'entendement que la volonté en reçoit une grande complaysance , et telle qu'elle incite l'entendement à consentir et acquiescer à la vérité sans doute ni deffiance quelconque. Et voicy la merveille : car Dieu fait la proposition des mystères de la foy à nostre ame pariny des obscurités et ténèbres , en telle sorte que nous ne voyons pas les vérités, ains seulement nous les entrevoyons; comme il arrive quelquefois que , la terre estant couverte de brouillars , nous ne pouvons voir le soleil , ains nous voyons seulement un peu plus de clarté du costé où il est , de façon que , par manière de dire , nous le voyons sans le voir, par ce que d'un costé nous ne le voyons pas tant que nous puissions bonnement dire que nous le voyons , et d'autre part nous ne le voyons pas si peu que nous puissions dire que nous ne le voyons point ; et c'est ce que nous appelions entrevoir. Et neantmoins cette obscure clarté de la foy estant entrée dans nostre esprit, non par force de discours , ni par apparence d'argumens , ains par la seule suavité de sa présence , elle se fait croire et obeïr à l'entendement avec tant

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i*authorité que la certitude qu'elle nous donne de la vérité surmonte toutes les autres certitudes du monde, et assujettit tellement tout l'esprit et tous les discours d'iceluy qu'ilz n'ont point de crédit en comparayson.

Mon Dieu ! Theotime , pourrois-je bien dire cecy? La foy €st la grande amie de nostre esprit , et peut bien parler aux îsciences humaines , qui se vantent d'estre plus évidentes et claires qu'elle , comme l'Espouse sacrée parloit aux autres bergères : «Je suis brune, mays belle *. )) 0 discours humains! ô sciences acquises ! je suis brune ; car je suis entre les obsculilés des simples révélations , qui sont sans aucune évidence apparente, et me font paroi s Ire noire, me rendant presque mesconnoissable ; mays je suis pourtant belle en moy-mesme, à cause de mon infinie certitude ; et si les yeux des mortelz me pouvoient voir telle que je suis par nature, ilz metreuve- Toient toute belle. Mays ne faut-il pas qu'en effet je sois infiniment aymable, puisque les sombres ténèbres et lesespais brouillars, entre lesquelz je suis, non pas veuë, mays seulement entreveuë , ne me peuvent empcscher d'estre si aggi^eableque, l'esprit me chérissant surtout, fendant la presse de toutes autres connoissances , il me fait faire place , et me reçoit comme sa reyne dans le throsne le plus relevé qui soit en son palais, d'où je donne la loy à toute science, et assujettis tout discours et tout sentiment humain? Ouy vrayement, Theotime , tout ainsy que les chefz de l'armée d'Israël se despouillans de leurs vestcmens les mirent ensemble, et en firent comme un throsne royal , sur lequel ilz assirent Jehu, erians : « Jehu est roy * ! )) de mesme , à l'arrivée de la foy, l'esprit se despouille de tous discours et argumens , et les sousmettant à la foy, il la fait asseoir sur iceux, la reconnoîssant comme reyne , et crie avec une grande joye : Vive la foy! Les discours et argumens pieux , les miracles et autres advantages de la religion chrestienne la rendent,

tCant. Cant. I, 4. — « IV Rcg. IX, 13.

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