LIVRE II, CHAPITRE XIV
certes , extrêmement croyable et connoissable; mays la seule îoy la rend creuè et reconneuë , faysant aymer la beauté de sa vérité , et croire la vérité de sa beauté , par la suavité qu'elle respand en la volonté , et la certitude qu'elle donne à l'entendement. Les Juifs virent les miracles et ouïrent les merveilles de nostre Seigneur ; mays estans indisposés à recevoir la foy, c'est à dire, leur volonté n'estant pas susceptible de la douceur et suavité de la foy, à cause de l'aigreur et malice dont ilz estoient remplis , ilz demeurèrent en leur infidélité. Ilz voyoient la force de l'argument, mays ilz ne savouroient pas la suavité de la conclusion , et pour cela ilz n'acquiesçoient pas à sa vérité ; et neantmoins l'acte de la foy consiste en cet acquiescement de nostre esprit , lequel ayant receu l'aggreable lumière de la vérité , il y adhère par manière d'une douce, mays puissante et solide asseurance et certitude qu'il prend en l'authorité de la révélation qui luy en est faite.
Yous avez ouï dire, Theotime, qu'es conciles généraux il se fait des grandes disputes et recherches de la vérité par discours , raysons et argumens de théologie ; mais la chose estant debatue, les Pères, c'est a dire les evesques , et spécialement le pape, qui est le chef des evesques, concluent, résolvent et déterminent ; et la détermination estant prononcée , chacun s'y arreste et y acquiesce pleinement , non point en considération des raysons alléguées en la dispute et recherche précédente , mais en vertu de l'authorité du saint Esprit, qui présidant invisihlement es conciles, a jugé, déterminé et conclu par la bouche de ses serviteurs qu'il a establis pasteurs du christianisme. L'enqueste donc et la dispute se fait au parvis des prestres, entre les docteurs ; mais la resolution et l'acquiescement se fait au sanctuaire , où le saint Esprit , qui anime le corps de l'Eglise , parle par les bouches 43es chefs d'icelle, selon que nostre Seigneur l'a promis. Ainsy Taustruche produit ses œufz sur le sablon de Lybie,
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mais le soleil seul en fait esclorre le poussin ; et les docteurs, par leurs recherches et discours, proposent la vérité , mais les seuls rayons du Soleil de justice en donnent la certitude et acquiescement. Or en fin , Theotime , cette asseurance que Tesprit humain prend es choses révélées et mystères de la foy commence par un sentiment amoureux de complaysance, que la volonté reçoit de la beauté et suavité de la vérité proposée ; de sorte que la foy comprend un commencement d'amour que nostre cœur ressent envers les choses divines.